Balade le long du Gange

Pour notre deuxième jour à Varanasi, nous voulions visiter les Ghats, ces fameuses avancées sur l’eau, qui permettent aux Indiens d’interagir avec leur fleuve sacré. Nous prenons la direction du Nord, vers la mosquée d’Aurangzeb, située en arrière des Ghats. En début de matinée, les rues sont plus calmes et apparemment le dimanche est consacré au nettoyage: nous remarquons quelques personnes regroupant les déchets dans les rues. Les Ghats du Nord sont principalement dédiés à la lessive. Nous sommes impressionnés par la quantité de vêtements et draps colorés qui sèchent sur des fils tendus ou même au sol. Les hommes, à demi immergés dans le Gange, s’occupent du lavage en battant le linge contre des pierres, tandis que les femmes l’étendent pour le faire sécher. Nous nous promenons tranquillement jusqu’aux Ghats les plus hauts, observant les scènes de vie; des enfants jouent au criquet ou au cerf-volant. A cet endroit, pas de rabatteurs, l’atmosphère est sereine. Nous réalisons à ce moment que nous avons pris notre hôtel dans le quartier le plus animé du secteur. Pas étonnant que nous ayons été un peu bousculés! Nous redescendons le long du Gange pour atteindre Manikarnika Ghat, dédié à la crémation. Des bûchers sont allumés, les photographies ne sont pas autorisées. Un Hindou nous indique que plus de 200 crémations sont réalisées ici chaque jour. En effet, Varanasi étant une ville sacrée, être incinéré ici permettrait d’avoir un meilleur Karma, voire de mettre fin au cycle des renaissances. De nombreux pèlerins font donc le déplacement pour se laver de leurs pêchers ou pour la crémations de leurs proches.

Les rues en arrière du Ghat sont dédiées à la préparation des corps, au rasage des proches et surtout à la pesée du bois. Il faut entre 160 et 200 kg pour le bûcher, le prix variant en fonction des essences de bois choisies par la famille. Le rituel funéraire qui accompagne la crémation est sensé consoler la famille, mais aussi le défunt. Cela débute avec la préparation du corps, par un massage d’huiles, afin d’ouvrir les chakras et de faciliter un meilleur Karma. Il est enveloppé dans un linceul blanc (couleur de la mort) et couvert de couronnes d’œillets ou d’autres éléments purificateurs. Il est ensuite porté sur un plateau de bambou par des hors castes jusqu’au Gange, où il est plongé, avant d’être placé en bordure du fleuve pour la crémation. En fonction de sa relation avec le défunt, un membre de la famille doit se raser (le fils pour le père, la fille pour la mère, la femme pour le mari, etc.), puis la famille achète le bois qui devra maintenir le foyer pendant 2 à 3h. Une fois le bûcher allumé, la famille tournera autour 5 fois. Les femmes n’assistent en général pas à la crémation – les larmes rendent le départ difficile pour le défunt. Autrefois elles se jetaient dans les flammes à la mort de leur mari, mais heureusement cette pratique, la Sati, est interdite depuis le XIXème siècle! Lorsqu’il ne reste que des cendres, un membre de la famille prélève de l’eau du Gange et la jette sur le tas de cendres par dessus sont épaule gauche pour clore toute relation avec le défunt. Les cendres sont ensuite versées dans le fleuve sacré. La famille fera un tour en bateau et assistera au Aarti du soir avant de rentrer chez elle.

Nous apprenons également que tous les Hindous ne sont pas incinérés: certaines personnes n’ont pas besoin d’être purifiées par le feu. Les enfants, animaux (parce qu’ils représentent des divinités), femmes enceintes, Sadhus (hommes saints) et personnes mortes d’une morsure de cobra (ce serpent est l’emblème de Shiva, son venin est donc purificateur) sont considérés comme déjà purs et leurs funérailles consistent en l’immersion de leur corps dans le Gange. L’ambiance du Marnikanika Ghat est vraiment particulière: le deuil des familles côtoie le business du bois, la curiosité des touristes (certains prennent des photos) et l’animalité des vaches. Mal à l’aise, nous passons par les rues arrières pour gagner le Ghat suivant. Nous arrivons au niveau de Dashashwamedh, le Ghat le plus animé et le plus pittoresque, où se trouvent des marchands de légumes, de fleurs et la plupart des rabatteurs. C’est aussi ici qu’a lieu, tous les soirs, le rituel du Ganga Aarti (Aarti dédié à la déesse Ganga), qui consiste en des chants et danses avec du feu. A ce moment-là, la zone est envahie de pèlerins Hindous, de Sadhus et de vendeurs proposant bougies flottantes, œillets, massages ou même bénédictions.

Nous tentons ensuite d’atteindre le Temple d’Or, dédié à Shiva et donc très important dans cette ville. Nous tombons par hasard sur « Babelou » qui nous oriente vers l’entrée. Le temple est situé dans le labyrinthe de ruelles de la vieille ville, et lorsque nous trouvons l’accès, nous nous rendons compte que nous ne parviendrons pas à le visiter. Des dizaines d’Indiens se pressent devant le portique de sécurité et la zone est sous surveillance renforcée; il faudrait attendre un bon moment dans la bousculade pour parvenir jusqu’à l’entrée, sans certitude d’être acceptés (les non Hindous ne sont normalement pas autorisés). Nous tentons de contourner, mais aucune rue ne permet d’apercevoir un seul morceau du monument, dont la coupole serait constituée de 800 kg d’or. Cela explique la présence militaire… Nous continuons vers les Ghats de la vieille ville; certains sont dédiés à la lessive, d’autre à la toilette des hommes, à la toilette des femmes et même au lavage des buffles. Des bateaux bordent la rive sur tout le long et nous entendons « Hello! Boat? » tous les 10 m… c’est la façon locale de saluer les touristes! Nous passons la pause déjeuner sur le toit terrasse de la Brown Bread Bakery, la vraie – le sport local est l’imitation d’enseignes et nous nous étions faits avoir la veille!

Les Ghats du Sud sont beaucoup plus calmes, mais aussi moins praticables. En période de mousson, l’eau monte jusqu’aux escaliers et recouvre donc la partie « promenade ». La mousson de cette année a dû être forte car de nombreux Ghats sont encore recouverts de 30 à 50 cm d’alluvions, que les locaux s’efforcent d’enlever au jet d’eau. Nous atteignons l’Assi Ghat en milieu d’après-midi. C’est l’un des principaux et des plus grands Ghats, mais à cette heure-ci il y a peu d’animation et il fait bon y faire une pause en observant les familles indiennes faire des photos. La brume s’est un peu levée et nous apercevons les Ghats du Nord, vers lesquels nous remonterons pour la soirée. Nous profiterons du toit terrasse d’un restaurant pour observer la ville au coucher du soleil, puis l’agitation de Dashashwamedh Ghat à l’heure du Ganga Aarti. Il semblerait que le choc culturel soit passé…

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