Jodhpur, Indian Blue

Vendredi dernier, nous quittions la paisible ville d’Udaipur pour regagner la partie centrale du Rajasthan, et plus précisément la cité bleue – Jodhpur. Après 7h de trajet en bus, ponctué de très (trop) nombreux arrêts, nous atteignions la gare routière vers 15h. Heureusement, la guest house que nous avions réservée n’était qu’à 5 min de marche! L’accueil extrêmement chaleureux des propriétaires et la chambre spacieuse et confortable nous ont de suite fait apprécier ce lieu.La Durag Niwas Guest House est en effet une maison d’hôtes fort agréable: des terrasses carrelées de mosaïque, où il fait bon prendre les repas, s’étagent autour une cour intérieure abritant des perruches en cage. Quelques canapés douillets et colorés, placés dans des alcôves, invitent à la détente. Abritant les locaux de l’association Sambhali Trust, la guest house loge également les bénévoles, ce qui créé de l’animation aux heures de repas. Après des semaines sans croiser d’autres européens que les touristes de voyages organisés, nous apprécions discuter avec les hôtes. Le lendemain matin, le check-in se transforme en cérémonie d’accueil avec colliers de bienvenue et bindi.

La journée étant bien entamée, nous décidons de commencer notre séjour à Jodhpur par la visite du palais Umaid Bhawan. Sur le chemin, nous constatons que les rues sont désertes, la circulation étant arrêtée par des militaires. Quelques minutes plus tard, nous comprenons, en voyant le défilé de véhicules de police et d’officiels, qu’une personnalité politique est en ville: Vasundhara Raje, la ministre en chef du Rajasthan. A peine le convoi passé, la circulation reprend son flot, accompagné de son habituel concert de klaxons. Nous gagnons le palais par une route sinueuse, en pente douce mais en plein soleil; il est midi et il doit bien faire 30°C. Au sommet de la colline, l’édifice se dresse au milieu de jardins aménagés, devant lesquels un parking permet aux rickshaws et taxis d’acheminer les touristes indiens sans effort. C’est le weekend et ils sont nombreux, ce qui rend la visite un brin ennuyeuse. Construit durant la Seconde Guerre Mondiale, le palais est encore en partie habité par la famille royale. Une autre partie abrite un musée, assez petit, que nous visiterons rapidement, tandis que le dernier tiers a été transformé en hôtel de luxe, non accessible aux visiteurs. Le Maharaja Umaid Singh aurait fait construire ce bâtiment pour donner du travail à plus de 3000 ouvriers, pendant une période de forte sécheresse. Le musée donne des explications sur le contexte de construction du palais, mais aussi sur la décoration des salles, photos à l’appui. Une collection de voitures anciennes, pour les sorties de la famille royale, est visible mais gâchée par une vitrine infranchissable. Nous redescendons vers le centre-ville en passant par la cour de justice et les Umaid Gardens, finalement peu intéressants. Des meetings politiques sont en cours en différents endroits de la ville, ce qui nous donne à voir des attroupements de population et des alignements de quantités indécentes de jeeps officielles aux abords de ces lieux. Nous regagnons la guest house en fin de journée, en n’ayant vu que des bâtiments de grès rose, matériau constituant le sol de la région; mais où est donc la ville bleue?

Le dimanche matin, nous nous préparons pour une grande journée de marche: nous allons au fort de Mehrangarh, situé à 4 km de notre logement. Nous passons devant la tour de l’horloge, puis par la vieille ville et restons sur notre faim en ne découvrant que quelques maisons peintes en bleu. De même, le point de vue donnant sur le bassin du Gulab Sagar ne révèle qu’un point d’eau boueux, entouré de ruelles salles. Nous avons néanmoins une bonne surprise en tombant par hasard sur un ancien bassin, redécouvert récemment par la ville, et très bien rénové. Des marches en grès rose permettent de descendre sur presque 20m et d’admirer les jolies sculptures mises au jour. Nous montons ensuite au fort, érigé logiquement au sommet d’une colline surplombant la ville. Les petites rues étroites laissent vite place à une voie plus large et pavée de grès rose. Le soleil monte doucement (comme nous) au dessus de la cité; 30 min d’efforts seront nécessaires pour atteindre le pied des remparts, taillés directement dans la roche. En voyant cette imposante citadelle rosâtre, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser au Haut-Koenigsbourg!

La visite du fort de Mehrangarh, accompagnée d’un audioguide, est très intéressante. Depuis les remparts, nous apercevons les plus anciens quartiers de la ville, et – finalement! – une myriade de maisons bleues. Cette couleur, normalement réservée aux brahmanes, a été adoptée par les habitants pour ses tonalités rafraîchissantes et sa capacité présumée à repousser les insectes. Le panorama n’a plus rien à voir avec les clichés de carte postale montrant une ville complètement azure, mais la vue reste superbe. Nous prendrons 2h pour faire le tour des magnifiques salles, admirer les expositions et écouter les explications. Le Maharaja actuel, surnommé affectueusement « Bapji » par la population, a fondé un organisme de préservation du fort peu de temps après la partition de l’Inde. Grâce à cela, l’édifice, construit en 1459 par Rao Jodha, est dans un excellent état et offre l’une des meilleures prestations touristiques du Rajasthan. Nous bravons ensuite la chaleur du soleil de midi pour nous rendre au Jaswant Thada, le cénotaphe dédié au Maharaja Jaswan Singh II. Le monument, en marbre blanc finement ciselé, est surnommé le « Taj du Rajasthan ». C’est la sortie dominicale pour les Indiens, qui affluent au mémorial, comme au fort, et n’hésitent pas à nous demander de prendre des photos avec eux. Il semblerait qu’obtenir un selfie avec un touriste est le must pour les jeunes, mais aussi pour les familles indiennes!

La chaleur est écrasante lorsque nous quittons les jardins ombragés et aérés du cénotaphe, en début d’après-midi. Nous trouvons tout de même le courage de gravir quelques dizaines de marche menant à un temple isolé. L’endroit n’est pas très intéressant mais donne un beau point de vue sur la ville, le fort et le mémorial. Nous redescendons rapidement à la recherche d’ombre et trouvons notre bonheur au Rao Jodha Desert Rock Parc. Cette attraction assez récente a pour objectif de préserver les abords du fort, tout en reconstituant la flore désertique. En effet, la région de Jodhpur, le Marwar – « pays de la mort » – porte bien son nom, puisqu’elle est située aux portes du désert. Après avoir acheté les tickets d’entrée, nous nous promenons à l’ombre d’un canal construit dans la roche volcanique, dans le but d’acheminer les eaux de pluie vers un bassin en contrebas du fort. Nous ne croisons personne (les Indiens n’aiment pas marcher!) et profitons de vues exceptionnelles sur le fort. Nous quittons le parc par une porte dérobée (et constatons donc qu’il y avait un accès gratuit…), qui mène directement au labyrinthe de ruelles bleutées du quartier de Navchokiya, repéré lorsque nous étions sur les remparts. Il fait bon se perdre entre les minuscules boutiques débordant sur la rue, les temples cachés et les jolis havelis, mais nous avons mal aux jambes et coupons court à nos déambulations. Un lassi « makhania », délicieuse spécialité de Jodhpur, au safran, nous donne les forces nécessaires pour rentrer.

Nous profitons du dernier jour à Jodhpur pour nous remettre de la quinzaine de kilomètres parcourus la veille (il faut croire que le trek au Népal est déjà loin!). Ayant été surclassés dans une chambre plus spacieuse par Govind, le sympathique propriétaire, nous savourons le confort de la guest house et de l’accès direct à la terrasse. Après un échec mémorable pour obtenir du cash dans une agence Thomas Cook*, nous nous consolons dans un restaurant insolite. Situé derrière une façade austère donnant sur une grande avenue, le lieu abrite plusieurs petites salles, répartis autour d’une jolie cour de graviers blancs, au centre de laquelle trône un immense arbre. L’ombre et le calme sont agréables, ce qui compense la cuisine médiocre… la gastronomie française commence sérieusement à nous manquer! Dans l’après-midi, nous visitons la boutique où sont vendus les produits manufacturés par les femmes de l’organisation Sambhali et résistons à l’envie de dévaliser le magasin (Nadia plus que Franck, bien évidemment). De retour à la guest house, Mukta, la gérante, nous attend pour un cours de cuisine particulier, durant lequel nous apprenons à confectionner des currys de légumes (voir les recettes).

*Ce sont les seules agences qui acceptent de verser de l’argent liquide à un taux fixe, contre une carte bancaire. Du moment que la machine fonctionne… et que l’agence n’a pas déménagé durant le weekend…

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