Rencontre avec les Moais

Jeudi matin, grande première depuis le début du voyage : nous nous réveillons sous la pluie ! Nous avions prévu une grande randonnée vers les sites de la côte Nord et sur le volcan Maunga Terevaka, uniquement accessibles à pied, mais la pluie ne semble pas devoir s’arrêter et nous décidons de changer le programme. Nous louons donc un scooter pour explorer la côte Sud-Est, où une route longe le littoral jusqu’aux plages du Nord. Malgré le fait que nous soyons mieux équipés contre le mauvais temps que la plupart des touristes, nous sommes trempés jusqu’aux os dès les premiers kilomètres ! Mais la fine bruine combinée au vent ne gâche pas notre plaisir : grâce au mauvais temps, les paysages sont exceptionnels! Le ciel nuageux et plein de contraste fait ressortir les couleurs. La terre, rouge, tranche avec le vert éclatant de la végétation, tandis que la mer, plus agitée et d’un bleu profond, vient défier les côtes de lave noire de l’île. Une quantité phénoménale (vue la taille de l’île) de chevaux en liberté paissent paisiblement sans se soucier du crachin. Nous nous arrêtons d’abord au site de Ahu Akahanga, où 13 Moais sont au sol, face contre terre. Leur Pukao, sorte de couvre-chef réalisé en scories volcaniques rouges, a roulé pour certains jusqu’à la mer, suite à la mise à terre des statues. Ces blocs de pierre représenteraient la coiffe des Moais; ils mesurent entre 1 et 2 m de hauteur pour un diamètre de 2 ou 3m et pourraient peser jusqu’à 20 tonnes! A l’entrée du site, des anciennes fondations de village en pierre sont encore visibles. La pierre volcanique utilisée contraste avec la végétation alentours.

Nous reprenons la route en direction du volcan Rano Raraku, abritant la carrière de laquelle ont été extraites toutes les statues de l’île. La visite est impressionnante. Alors que les Moais transportés jusqu’à la côte mesurent en moyenne 4,5m, ceux de la carrière sont bien plus grands. A demi-enterrés, seule leur tête dépasse mais on sait aujourd’hui qu’il y a tout un corps, au moins aussi grand, sous terre. Les statues que nous admirons sur les flancs du volcan ne tournent pas le dos à la mer. L’explication officielle est qu’ils étaient en cours d’acheminement vers le rivage, mais auraient été abandonnés là. Cependant, le degré de finition plus avancé que les statues du littoral ainsi que le fait qu’ils soient à demi-enterrées, font dire à certains que ces Moais seraient bien plus anciens et auraient une autre signification. Peu importe la théorie, une chose est sûre: la carrière de Moais est le site le plus impressionnant de l’île, et le plus emprunt de mystère. Dans la roche, des ébauches sont encore visibles. Le peuple Rapa Nui, ambitieux, avait semble-t-il commencé à tailler une statue encore plus grande que toutes les précédentes: plus de 21m pour près de 200 tonnes! Difficile d’imaginer que ces géants de pierre aient été facilement acheminés jusqu’à l’océan, à plusieurs kilomètres de là! Les traditions ancestrales racontent que les Moais marchaient eux-même jusqu’à la côte, ce qui expliquerait les nombreux chemins partant du volcan. Au total, environ 900 statues sont répertoriées sur l’île, dont 400 juste dans la carrière de Rano Raraku. Nous suivons le sentier balisé qui longe le flanc du volcan, totalement émerveillés, avant de nous rendre au cratère, qui abrite un joli lac. Sur la pente intérieure, d’autres statues montrent le bout de leur front, mais l’accès est interdit… dommage.

La journée avançant, la pluie a cessé et le vent fort a permis à nos vêtements de sécher rapidement. Le soleil commence à se montrer timidement à travers les nuages lorsque nous reprenons la route vers le Nord. Nous nous arrêtons au site de Ahu Tongariki: la plus grande plateforme funéraire de l’île avec ses 220m de longueur. 15 Moais sont alignés, debout, avec en toile de fond l’océan et le volcan Poike. Les guerres tribales du XVIIè siècle, mais aussi un puissant tsunami en 1960 avaient complètement détruit le site et les statues ont été redressées dans les années 90 avec l’aide d’organismes privés. Les photos exposées du chantier titanesque de reconstitution* sont impressionnantes et nous rendent perplexes: s’il fallait des semaines avec des grues gigantesques pour soulever ces pierres pesant en moyenne 14 tonnes (et jusqu’à 80 tonnes), comment les ancêtres auraient-ils fait ne serait-ce que pour les extraire de la carrière? Quoiqu’il en soit, le lieu est magnifique et imposant. Nous reprenons le scooter et continuons la balade en longeant la côte, nous arrêtant de temps à autres pour des photos. Pétroglyphes, Moais, ou plages de rêve, les occasions ne sont pas rares et l’après-midi passe vite. Le soleil est complètement sorti lorsque nous atteignons la côte Nord et la plage d’Ovahe. Trop dangereuse pour la baignade, elle vaut néanmoins le détour pour les paysages alentours et pour son sable rose, mélange de corail et de terre rouge. Un peu plus loin, la plage d’Anakena offre un paysage de carte postale: sable blanc et cocotiers. Deux Ahu ont été restaurés. Selon la légende, c’est sur cette plage que le premier roi du peuple Rapa Nui aurait accosté.

En soirée, nous nous rendons au sommet du volcan Rano Kau pour essayer d’apercevoir le coucher de soleil. Mais les nuages sont trop épais et l’orage menace; nous nous empressons donc de redescendre pour tenter notre chance à l’Ahu Tahai. Cette fois, même si nous n’avons pas le coucher de soleil digne des plus belles cartes postales, le panorama est époustouflant et nous restons jusqu’à la tombée de la nuit. Nous rentrons ensuite au camping avant que la météo ne tourne de nouveau à l’orage. Nous ferons une nouvelle nuit sous la pluie, mais le lendemain, à l’aube, les averses ont cessé. Cela nous motive pour reprendre le scooter et nous rendre à nouveau à l’Ahu Tongariki, à l’autre bout de l’île, et où le lever de soleil est réputé magique. Mais pas de chance cette fois, nous ne verrons qu’une lueur rosâtre derrière les statues, tandis que le temps se découvre sur le Sud, au niveau du camping. Nous passons la journée à l’ombre, bien à l’abris dans la cuisine commune, échaudés par nos précédentes expériences avec le soleil du Pacifique! Nous sommes vendredi 27 janvier et c’est le premier jour du festival Tapati Rapa Nui, la plus grande manifestation célébrant les traditions polynésiennes dans le Pacifique. Durant 15 jours, des épreuves sportives auront lieu sur toute l’île, mettant en valeur les traditions ancestrales. Une reine et son champion seront élus à l’issue des festivités, dédiées cette année aux anciens de l’île, représentants de la communauté originelle. Nous nous rendons donc à la soirée d’ouverture du festival, qui commence à 22h et à laquelle assistent nombre de personnalités politiques locales. Entre les discours un peu longuets, nous assistons à un Haka dansé et sportif ainsi qu’à la présentation des deux couples reine/champion (Uka/Aito) en concurrence. Épuisés par notre escapade matinale, nous ne tiendrons pas jusqu’au bout, mais nous entendrons, depuis la tente, les clameurs et la musique jusque très tôt le matin. A ce moment, le ciel s’est dégagé et la voie lactée scintille au dessus de nos têtes… finale en beauté pour cette île magnifique.

*Il faut parler ici de reconstitution, car le site étant en très grande partie détruit dans les années 60, rien ne garantit aujourd’hui que les statues aient repris leur place initial. De plus, il semblerait que d’autres Moais aient été retrouvés à l’époque et aient servi à bâtir la plateforme de l’Ahu.

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