El Cañi, un panorama qui se mérite!

Le lundi matin, le ciel est couvert lorsque nous émergeons de la tente. Cela nous fait hésiter, mais nous décidons rapidement de conserver le programme de la journée, et de compter sur notre chance pour la météo. Nous allons à la réserve naturelle El Cañi, mais nous n’avons pas eu le courage de prendre le premier bus, qui partait à 7h. Aussi fait-il déjà assez chaud lorsque le véhicule nous dépose à l’entrée de la réserve, vers 10h30. Mais la bonne nouvelle, c’est que les nuages se sont dissipés! Nous prenons connaissance du parcours, affiché à l’entrée du parc: ça grimpe, mais le panorama s’annonce exceptionnel tout en haut, au point de vue, situé à 1520m d’altitude. La première partie de la randonnée n’est pas désagréable, mais un peu ennuyeuse: 1km sur une route gravillonnée, longeant des prés, avant d’atteindre la cahute du gardien. Ensuite, la montée est extrêmement ardue (parfois plus de 10%), avec de grandes lignes droites et seulement quelques virages, mais pas les habituelles épingles qui permettent d’atténuer la pente. Malgré l’ombre bienfaisante des arbres, nous souffrons vite de la chaleur. La carte fournie à l’entrée du parc est très bien faite, avec des repères réguliers et des explications sur la faune et la flore; cela nous donne de bons prétextes pour nous arrêter et souffler!

La réserve, privée, est gérée par une association locale de guides (contrairement aux parcs nationaux qui sont gérés par la Conaf, appartenant au ministère de l’agriculture). Les terres ont été rachetées dans les années 90 par une fondation privée, alors qu’un projet d’exploitation forestière menaçait ce bel environnement. En effet, le gouvernement chilien aurait mené pendant des années des campagnes de colonisation dans le sud du pays, basé sur le principe suivant : celui qui défriche un terrain en devient propriétaire. Ainsi, de grandes sociétés ont pu exploiter les forêts et fortement influencer le paysage de la région des décennies durant. L’objectif d’El Cañi est de lutter contre la déforestation découlant de cette politique et de préserver le patrimoine naturel et les espèces endémiques. Ainsi, la forêt d’altitude qui a pu être sauvée, abrite des araucarias de plusieurs centaines d’années. Un peu moins haut, on retrouve une forêt relativement ancienne (70 à 100 ans), comportant des coihue et des hêtres lenga, tandis que la forêt qui s’étend depuis la plaine est plus récente (20 à 50 ans). Au cours de notre ascension nous notons ces différences dans la végétation, qui devient de plus en plus dense. L’arrivée dans la forêt d’araucarias est spectaculaire: ces arbres ressemblent à des sapins classiques lorsqu’ils sont petits, avec des branches garnies d’épines triangulaires, poussant comme des tubes depuis le tronc. En grandissant, ils perdent les branches les plus basses et arborent une silhouette plus proche des pins parasols, mais en plus impressionnants. Certains troncs que nous avons vus mesuraient plusieurs mètres de diamètre!

La difficulté du sentier s’atténue après 2h de marche, très intenses. Nous passons d’un chemin circulant entre des arbres plantés sur le bas-côté, à des paysages de forêt plus dense, puis à des zones marécageuses. La laguna Las Totoras, un lac asséché autrefois pour les besoins des agriculteurs, marque la fin de la montée abrupte. Il nous faut 1h supplémentaire, dans un cadre splendide et extrêmement calme, pour atteindre la laguna Negra, un lac situé à 1300m d’altitude. Là, une petite plage de sable noir semble nous inviter à un moment de détente, à l’ombre des grands arbres, avec le chant des oiseaux en fond sonore. Mais nous poursuivons nos efforts pour gravir la dernière pente très raide, permettant d’accéder à un point de vue à 360° sur la région. L’ascension est éprouvante (nous n’avons plus de forces!), mais vaut le détour. La vue est sublime, sur les volcans Villarica, Ketrupillan, Lanín au Sud et Sollipulli au Nord-Est. A l’Ouest, Pucón et le lac Villarica donnent l’impression d’un port en bord de mer. Nous apercevons également, au Nord, le lac Caburgua, une partie du Parque Nacional Huerquehue, ainsi que le volcan Llaima, au loin.

Nous savourons cette vue en même temps que notre déjeuner, tous deux bien mérités. Nous redescendons ensuite vers la Laguna Negra, d’où part un sentier donnant sur d’autres lacs. La végétation est dense et il serait facile de se perdre si le sentier n’était pas entretenu ! Durant cette balade, nous avons la chance de voir (et d’entendre) quelques beaux spécimens d’oiseaux, dont un couple de Carpintero (grand pic-vert à tête rouge), un Picaflor (colibri) et des Pato anteojillo (canards dont le bec devient bleu pour la parade nuptiale). Il est 17h lorsque nous terminons la boucle et le prochain bus est à 19h30 : il va falloir descendre vite ! Nous photographions encore quelques Bandurria (genre d’ibis) et oies Canquén, peu farouches, puis nous nous dépêchons de reprendre le sentier. Nous nous prenons même à courir dans la portion la plus abrupte! (Et finalement ça fait moins mal qu’en marchant*). Nous avons juste le temps de nous enregistrer à la sortie du parc, avant de rejoindre l’abribus de l’autre côté de la route, juste au moment où le bus arrive. Il est 19h20, timing parfait!

*ndla: ça fait moins mal qu’en marchant… sur le moment! Nous avons bien regretté cet effort physique les jours suivants…

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