Randonnées au pied du volcan

La ville de Puerto Varas, située au bord du lac Llanquihue, offre un bon point de chute pour visiter la région des lacs (Los Lagos). En 1h30 de minibus maximum, le Parque Nacional Vicente Pérez Rosales, le plus ancien du Chili, est facilement accessible et offre de magnifiques points de vue sur les volcans de la région. Nous commençons notre exploration par une petite randonnée sans difficulté partant d’Ensenada. Ce village, situé entre les lacs Llanquihue et Lago Todos Los Santos, est idéal pour sa vue simultanée sur les volcans Osorno, au Nord, et Calbuco, au Sud. Ce dernier a connu une grosse éruption, totalement inattendue, en avril 2015, provoquant la fermeture de la Reserva Nacional Llanquihue où il se trouve. N’étant pas rouverte depuis, nous nous contenterons de photos prises de loin. L’Osorno, en revanche, est bien accessible puisque des pistes de ski et remontées mécaniques se trouvent sur ses pentes. En été, la neige ne persiste qu’au sommet, dans les glaciers. Même si sa dernière éruption date de 1869, il est toujours en activité, et aussi étroitement surveillé que l’est maintenant le Calbuco. Mais pas d’inquiétude pour nous, les volcans, ça ne nous fait pas peur!

Nous prenons le bus vers Ensenada le jeudi matin, au coin d’une rue, repéré la veille (ici pas de station pour les bus locaux!). Le trajet dure à peu près 1h, longeant l’immense Lago Llanquihue. De l’autre côté du lac, les nuages se dissipent progressivement, révélant peu à peu le cône parfait du volcan Osorno. Nous nous laissons déposer à une intersection – Ensenada est en fait plus un lieu-dit qu’un village – et nous marchons sur la route qui monte vers le volcan. Un panneau indique vers où fuir en cas d’éruption du Calbuco: il faut monter en direction de l’Osorno! De l’autre côté du panneau, c’est l’inverse qui est indiqué: si le volcan Osorno venait à exploser, il faudrait fuir vers le Calbuco… Nous, dans tous les cas, nous serions plutôt allés vers le lac! Nous faisons un détour par une petite baie (avec magnifique vue sur le volcan) avant d’atteindre rapidement l’entrée de la réserve et le bureau de la Conaf. Première bonne nouvelle: le parc est gratuit ici. Nous débutons par un court sentier aménagé pour les personnes handicapées (deuxième bonne surprise), qui conduit à la Laguna Verde: un petit plan d’eau qui prend une teinte vert fluo du fait de micro-organismes. Nous enchaînons sur un autre sentier, juste à côté (Los Piyellos), qui constitue un bon échauffement pour le reste de la journée. Encore tout courbaturés, nous avons un peu de mal à encaisser les petits dénivelés, d’autant que le sentier est fait de sable. Nous nous rendrons compte plus tard qu’il s’agit plus probablement de cendres. Les volcans alentours étant explosifs, ils ne génèrent pas de coulée de lave fluide, mais plutôt des nuées ardentes, couvrant le paysage d’un tapis de sable gris.

Nous prenons ensuite la direction de notre randonnée (El Solitario). Il faut d’abord marcher 5km, avec un dénivelé léger mais constant, sur la route montant au volcan. Ce n’est pas la partie la plus agréable, d’autant qu’il n’y a pas de bas-côté praticable et que les voitures arrivent assez vite. Mais un petit bosquet de mûres nous permet de nous remettre en jambe et nous atteignons le départ de la randonnée avant midi. Le panneau indique 6km, 3h. Cela paraît beaucoup, mais le sentier, en sable (ou cendre), n’est pas facile! Il doit nous permettre de rejoindre la route en contrebas, menant aux Saltos de Petrohue, des chutes qui constituent l’attraction la plus prisée du coin. Nous espérons y trouver un bus pour le retour. En attendant, nous profitons de l’ombre de la forêt, bien dense au début du chemin. Après les premiers kilomètres et un enchaînement de buttes de sable, la vue se dégage. Le volcan Osorno se dresse sur notre gauche, surplombant la forêt, tandis que devant, une grande coulée volcanique semble avoir rasé la végétation. Au loin, s’élève un mur végétal d’où s’écoulent les Saltos de Petrohue. La traversée de la coulée est impressionnante: presque plus aucune végétation alentours et une vue sublime sur le cône volcanique. Le sol est constitué d’un agglomérat de cendres et de roches de tailles diverses. Lorsque nous parvenons à une tranchée de plusieurs mètres de profondeur, nous comprenons pourquoi le gardien de la Conaf avait tant insisté sur le fait de suivre le fléchage. Le paysage est creusé comme s’il s’était écoulé une rivière, emportant tout sur son passage. L’instabilité et la friabilité du sol est alors évidente. Nous descendons avec difficulté dans le lit de cette rivière asséchée*, avant de remonter tout aussi difficilement de l’autre côté. Là, nous retrouvons le sentier de sable, ainsi que la végétation qui se densifie progressivement pour redevenir une forêt. Une intersection un peu étrange nous donne ensuite quelques difficultés, mais après quelques 500m sur l’un des sentiers, nous croisons un couple, à bout de souffle, en sens inverse. Ils ont marché 30min avant d’arriver à une impasse; nous faisons donc tous demi-tour pour prendre le seul chemin logique restant. Lorsque nous atteignons la route, nous avons l’impression de déboucher au milieu de nulle part. Mais un bus passe au bout de quelques minutes, nous permettant de rentrer rapidement nous reposer à Puerto Varas.

Le lendemain, le soleil brille dès le début de journée et nous décidons de retourner au Parque Nacional Vicente Pérez Rosales pour une autre randonnée, cette fois depuis Petrohue. Nous avons été prévenu que le sentier est, là-aussi, composé de sable, mais nous préférons profiter de la météo parfaite pour la balade « Los Alerces« , qui borde le Lago Todos los Santos. Dans un premier temps, nous reprenons le minibus qui conduit à Ensenada, mais continuons jusqu’à Petrohue. Là, la vue sur le lac dominée par le volcan Osorno dégagé de tout nuage, est magnifique. Les abords du plan d’eau sont bien aménagés: restaurants, places de pique-nique, camping et une jolie plage, qui sera bondée l’après-midi. Le lac, situé sur une ancienne route commerciale vers l’Argentine, peut se traverser en « catamaran » (il s’agit d’un ferry un peu luxueux), mais les prix sont prohibitifs. Nous gagnons le bureau de la Conaf pour nous inscrire, comme à l’accoutumée, sur le registre des randonneurs, avant de chercher le début du sentier. Trois chemins commencent au même endroit: le Paso Desolación, le Rincón del Osorno et Los Alerces, mais seul le premier est indiqué. C’est celui que suivent la plupart des randonneurs car il mène à un point de vue proche du sommet du volcan.

Nous nous engageons sur le chemin, qui débute à l’ombre de la forêt, avant de rapidement monter sur un plateau dégagé. Les vues sur le volcan, à notre gauche, et le lac, à notre droite, sont spectaculaires, et encore embellies par un ciel totalement bleu. Nous ne savons plus où donner de la tête! Après plus d’une heure de marche dans le sable et en plein soleil, nous commençons cependant à fatiguer. Nous nous faisons doubler par des Chiliennes en pleine forme, baskets, mini-short et portant une grosse bouteille de soda: de quoi nous décourager alors que nous avons tout l’attirail du parfait randonneur! Nous parvenons à une coulée volcanique, comme la veille, mais beaucoup plus stable. Juste après, le sentier se scinde en deux, ce qui nous permet d’être seuls sur le sentier délaissé Los Alerces. Les alerces sont des conifères poussant en altitude et emblématiques de la région, pouvant vivre jusqu’à 3000 ans. Longtemps utilisés pour la construction des habitations, leur exploitation est aujourd’hui interdite puisqu’ils sont classés « monument national ». Bien que le sentier porte ce nom, il ne donne pas l’occasion de voir ces arbres qui poussent à partir de 1400m d’altitude (nous sommes à peine à 500m). Il offre cependant de très beaux points de vue sur le lac, avec en arrière plan les Andes, le volcan Tronador (3491m), situé à la frontière argentine, et le volcan Puntiagudo, reconnaissable à son sommet pointu formé par l’érosion des glaciers.

Nous suivons le chemin qui descend vers le bord du lac, pour atteindre une petite plage isolée et déserte, qui nous offre un cadre parfait pour la pause déjeuner. Nous hésitons à aller nous baigner mais nous sommes rapidement dérangés par des taons énormes. Malgré les talents de chasseur de Franck, nous sommes obligés de quitter les lieux assez rapidement (il serait dommage de tuer tous les taons de la région…). Nous choisissons de ne pas suivre la boucle qui rejoint le sentier initial au niveau de la coulée volcanique, mais de continuer sur la plage qui borde le lac. L’eau est un peu fraîche pour se baigner, mais suffisamment chaude pour y marcher; par contre, la roche volcanique n’est pas le terrain le plus agréable pour randonner pieds nus! Nous terminons notre balade en milieu d’après-midi et prenons le premier bus que nous trouvons au départ de Petrohue. Sur le trajet, un grand nombre de personnes monte dans le véhicule et l’atmosphère est étouffante. Mais nous n’aurons pas le temps d’en souffrir, car nous nous endormons au bout de 10min de route! Finalement, 15km dans le sable, ça use plus que prévu!

*Il s’agit en fait des restes d’une coulée de boue ayant eu lieu en janvier et due à de fortes pluies. Cela explique pourquoi l’un des sentiers donnait sur une impasse par la suite.

Publicités

5 réflexions sur “Randonnées au pied du volcan

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s