Ancud: le soleil, l’océan et les manchots!

Nous quittons Puerto Varas en milieu de matinée le lundi matin, pour prendre le bus vers l’Isla Grande de Chiloé, la deuxième plus grande île d’Amérique du Sud, faisant partie de la région X du Chili. Comme celle-ci n’est pas reliée au continent par un pont, la traversée en ferry est inclue dans le transport. Nous attendrons presque 1h avant de pouvoir embarquer, et traverser en moins de 20min la petite dizaine de kilomètres qui mènent à l’île. Il ne nous reste ensuite que 30min de route jusqu’à Ancud, première grande ville au Nord, où nous trouvons un camping sur les hauteurs. La vue est imprenable, notre tente étant plantée juste devant une falaise à pic surplombant la mer qui sépare l’île du continent. En plus, heureux coup de hasard, nous nous installons entre deux couples de Français, très sympathiques, aussi en voyage long court. Après avoir fait connaissance (et planifié le prochain apéro), nous allons en ville pour notre petit rituel de reconnaissance : office de tourisme / repérage des bus / courses pour les quelques jours sur place.

Le lendemain, nous profitons rapidement de la vue magnifique qu’offre notre emplacement au réveil, avant de prendre le bus pour la « Pinguiñera », le nom local donné au Monumento Natural Isoltes de Puñihuil. Mais en arrivant devant la gare centrale, la présence de militaires et pompiers dans la rue ne nous présage rien de bon. En effet, on nous indique qu’il y a une fuite de gaz dans le bâtiment. Heureusement, nous n’attendons que quelques minutes avant que la zone ne soit sécurisée et nous parvenons à prendre le premier bus, à 9h. Une brume s’est levée et recouvre les paysages alentours, leur donnant des airs d’arrière-pays breton. Malgré quelques coins de ciel bleu aperçus en cours de route, nous arrivons à l’extrémité Nord-Est sous les nuages, qui semblent bien accrochés aux rochers présents sur le littoral. Il fait brouillard et vent, mais nous ne perdons pas notre enthousiasme, bien déterminés à voir des manchots. Car c’est tout l’intérêt de ce lieu : à quelques mètres à peine de la côte, 3 îles accueillent des colonies de manchots. Classées « monument naturel », elles sont interdites d’accès et le seul moyen d’observer les animaux de près est d’embarquer sur un petit bateau. Le bus nous dépose sur la plage (oui, sur la plage ! La route s’arrête d’un côté et reprend de l’autre, il faut donc rouler sur le sable !), devant une agence à la stratégie touristique bien rodée. Vus les prix pratiqués, nous essayons de nous approcher des îles par la plage, puis via un point de vue situé en haut d’une falaise. Mais le sentier pour y accéder est payant, et cela ne semble pas valoir le coup, les manchots se calfeutrant de l’autre côté de leur îlot… Un peu déçus, nous retournons sur le sable et nous arrêtons devant une petite échoppe, déserte, qui nous propose un meilleur prix. Allez, nous nous laissons tenter : après tout on ne voit pas des manchots dans leur milieu naturel tous les jours ! A peine 15min plus tard, nous voyons arriver des hordes de touristes et le bateau fait le plein.

Le temps d’enfiler les gilets de sauvetage – aidés par l’aimable Eduardo, probablement le patron (qui, en passant nous fait bien penser à Jacky, avec sa moustache, son sourire franc et ses bottes en caoutchouc !) – nous embarquons par dizaine sur un chariot surélevé, permettant d’atteindre l’embarcation sans se mouiller. Enfin… les touristes sont au sec et Eduardo et ses collègues ont de l’eau jusqu’à la taille ! Le tour ne dure que 30min, mais est en fait très intéressant. Tandis que le capitaine Rahul pilote le navire, en faisant attention à ce que chaque côté du bateau ait une bonne vue sur les manchots, Eduardo dispense des informations avec un brin d’humour (tout étant en espagnol, nous n’avons pas compris toutes les blagues, mais les gens autour avaient l’air d’apprécier !). Selon les explications que nous pensons avoir compris, les Islotes de Puñihuil, constituent le seul endroit au monde où l’on trouve une cohabitation de deux espèces de manchots : ceux de Humboldt et ceux de Magellan. Cela serait dû à l’intersection, unique, de deux courants marins du Pacifique. Les manchots de Humboldt sont menacés d’extinction, mais nous en avons vu quelques-uns, reconnaissables à la couleur rose de leurs joues. La saison de reproduction s’étendant de septembre à mars, nous assistons à la fin du sevrage des petits manchots, qui quitteront le nid entre mars et avril, une fois capables de nager et de pêcher. En attendant, ils se reconnaissent facilement à la couleur brunâtre de leur duvet. Ces oiseaux viennent spécifiquement sur ces îles du Chili pour nidifier, où ils profitent des hauteurs pour creuser un petit nid, à 50cm sous le sol, à l’abri du vent. Sur terre, debout sur leurs pattes, ils ont l’air maladroit, mais sous l’eau ils sont très agiles, pouvant nager jusqu’à 240m de profondeur et rester 7min en apnée. Ils chassent en groupe pour se nourrir de poissons et pourraient aller jusqu’à 60km/h ! Tout ce petit monde migrera, l’automne austral venu, vers des régions plus chaudes, comme les côtes du Pérou ou du Brésil. En tout cas, cela nous plait beaucoup de voir ces manchots se dandiner ou sauter à l’eau, tout en sachant qu’il s’agit de leur milieu naturel. Le tour en bateau nous permet aussi de voir des oiseaux qui nichent sur les îlots, notamment des cormorans (l’île de Chiloé en compte 4 espèces), des carancas, les habituels mouettes, goélands et canards, et bien d’autres oiseaux dont nous n’avons pas compris le nom ! Après le tour, nous tentons de rééquilibrer notre budget en rentrant en stop. Pas habitués, il nous faut marcher 2km jusqu’à une intersection avant qu’un couple de Chiliens accepte de nous ramener à Ancud. En route, la conversation tourne vite court, étant, de fait, à court de vocabulaire !

Nous repassons par le camping après le déjeuner, pour récupérer nos maillots de bain : le temps s’est dégagé et le soleil est au rendez-vous ! Nous descendons sur une petite plage de sable noir, suffisamment à l’abri du vent frais, grâce auquel (ou à cause duquel ?) nous ne sentons pas le rayonnement UV. Un grand nombre de personnes jouent dans l’eau, alors, nous aussi nous tentons la baignade. Grosse erreur ! L’eau est TRES froide (pas plus de 15°C) et ça fait mal ! Nous aurions dû y penser, les manchots ne se baignent pas à 30°C ! Littéralement refroidis par l’expérience, nous préférons rester sur le sable, observant les courageux Chiliens qui barbotent comme s’ils étaient sur la Côte d’Azur ! Le soleil ne tarde pas à nous faire oublier la douleur de l’eau glacée, et nous sommes secs en moins d’une heure. Le soir venu, nous retrouvons les Français pour un apéritif convivial : ça fait du bien de parler dans sa langue et de partager nos expériences de voyage ! Le froid tombant avec la nuit, nous ne pouvons cependant pas rester des heures à discuter et il faut se résoudre à rentrer sous la tente. Cette fois, nous n’aurons pas froid : avec les coups de soleil pris à la plage, nous rayonnons comme des radiateurs !

Le mercredi, le programme est plutôt léger. Assommés par les coups de soleil de la veille et un sommeil perturbé par les voisins Chiliens (apparemment le froid de la nuit ne les rebute pas plus que celui de l’océan, et ils aiment discuter jusqu’à l’aube !), nous n’avons pas le cœur à vadrouiller. Le temps est très couvert et lourd, ce qui ne nous encourage pas plus ! Nous attendrons l’après-midi, pour nous motiver à visiter la ville. Nous passons par le Fuerte San Antonio, un petit fort dont il ne reste qu’un mur et des canons. Ici a eu lieu une bataille importante dans l’histoire de l’indépendance du Chili envers l’Espagne et une petite colonne commémorative rappelle le rôle de la marine Chilote dans cette victoire. Nous passons ensuite par le port, assez petit, avant de nous diriger vers le Centro de Visitantes Inmaculada Concepción, une association gérant les églises chilotes inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco. En effet, l’île de Chiloé est principalement connue pour ses églises de bois, à l’architecture très particulière, dont 14 (sur 150 environ) ont été classées au Patrimoine de l’Humanité. Le petit musée est très bien fait, exposant de belles maquettes des églises, ainsi que des éléments architecturaux issus de celles-ci et retirés suite à des restaurations. L’association fonctionne sur des dons, qui permettent d’entretenir et rénover toutes les églises de l’île. Nous retournons au camping pour une fin de journée tranquille, observant les oiseaux et les phoques depuis notre campement. Nous profitons encore de la jolie vue avant que le temps ne dégénère : à partir de demain, la météo prévoit de la pluie sur tout Chiloé !

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