Chiloé, into the… rain!

C’est sous une pluie battante que nous nous réveillons jeudi matin, jour de départ pour Castro, la capitale de l’archipel. Autant le camping, au soleil, c’est sympathique, autant sous la pluie, c’est franchement déprimant ! Après nous être battus pour replier la tente sans mettre de la boue à l’intérieur, il nous prend des envies de raclette au coin du feu… Profitant d’une pseudo-accalmie en fin de matinée, nous quittons le camping, frigorifiés, pour rejoindre la gare routière. Le bus tarde à venir et l’attente se fait longue sous le préau venteux… Aussi c’est un soulagement lorsque nous montons à bord en constatant qu’il y a le chauffage ! Une heure de route plus tard, nous arrivons – presque secs ! – à Castro, où nous sommes abordés à la sortie de la gare routière par un homme voulant nous vendre son « camping ». Devant notre air dubitatif, il insiste : « vous devriez vous dépêcher de trouver un logement, car avec le festival ce weekend, tout sera plein d’ici ce soir ! ». Mouais… Cela ne coûte rien d’aller voir. En fait de camping, il s’agit d’un jardin dans lequel s’entassent les tentes de jeunes « junkies »* venus faire la fête. Écoutant notre instinct, nous fuyons vers l’office de tourisme qui nous indique de vraies adresses où planter la tente, situées à 4km du centre. Tant pis pour la proximité, nous préférons le calme, et nous prenons le premier bus qui dessert Nercón, le quartier concerné. Là, nous trouvons un camping où chaque emplacement dispose d’une table de pique-nique, couverte par un petit préau, et de l’électricité. Le gérant est très gentil et les communs sont propres, que demander de plus ? Du beau temps ? Une éclaircie nous permet justement de nous installer au sec.

Nous tentons ensuite une sortie pour visiter l’église du quartier, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, mais il y a un enterrement : il faudra repasser un autre jour ! N’ayant pas très envie de passer le reste de la journée sous la tente, nous prenons la route de Castro, dans l’intention de flâner. Au bout de quelques centaines de mètres, nous tombons sur des bosquets pleins de mûres sauvages, en bordure de route. N’ayant pas de récipient pour les récupérer, nous élaborons un plan d’actions : aller en ville, acheter n’importe quoi pour avoir un sachet, et revenir à pied pour cueillir tous ces jolis fruits ! Le trajet dure tout de même une heure jusqu’au centre, mais nous en profitons pour récupérer des informations sur le parc national, au bureau de la Conaf, avant de mettre en œuvre notre plan d’actions. Au retour, la légère bruine, qui durait depuis notre arrivée, laisse place à de grosses gouttes de pluie. Nous n’oublions pas de nous arrêter pour cueillir notre dessert gratuit (les branches sont pleines de grosses mûres, à croire qu’ici personne n’en mange !), et nous arrivons au camping complètement trempés. Malgré une bonne douche chaude suivie d’une soupe (popote oblige !), nous avons bien du mal à nous réchauffer et nous sommes contents de retrouver nos sacs de couchage en duvet !

Le lendemain matin, nous sommes décidés à nous rendre au Parque Nacional Chiloé, dont l’accès principal se fait par la ville de Cucao, en bordure du Pacifique. Notre guide touristique prévient : « lorsqu’il n’y a ni brume, ni pluie, c’est qu’il bruine ou qu’il crachine » sur Chiloé. Mais février étant le mois le moins pluvieux de l’année, nous espérons un temps clément pour cette journée. Malheureusement, les premières gouttes commencent à tomber juste lorsque nous quittons le camping, et il ne cessera pas de pleuvoir de la journée. Dans le minibus qui effectue la cinquantaine de kilomètres jusqu’au parc, le plafond, mal isolé, laisse perler quelques gouttes, et les fenêtres ne ferment pas ; l’air frais et humide qui règne dans le véhicule présage l’ambiance de notre journée. Exposé aux tempêtes du Pacifique, le parc national abrite de belles forêts pluviales. Il n’y a pas de point de vue sur des volcans majestueux, mais la végétation dense et luxuriante donne tout de même de beaux paysages. Malgré la pluie, nous essayons de profiter de la balade, qui consiste à suivre des sentiers aménagés en partie sur pilotis (ouh la gadoue !), et formant de petites boucles, chacune avec un thème. Nous suivons ainsi le sentier El Tepual, expliquant la formation d’un écosystème dû au climat particulier de la zone : le Tepu. Il consiste en un entrelacs très dense d’arbres, dont les troncs biscornus et recouverts de mousse retiennent les feuilles mortes, créant un sol surélevé, avec les conditions idéales d’humidité pour permettre la pousse d’une végétation luxuriante. A part la température, la forêt que nous traversons correspond en effet à l’idée que nous nous faisons de l’Amazonie. Trempés jusqu’aux os, nous parvenons à prendre notre déjeuner, heureusement encore tiède, presque à l’abri, mais le redémarrage est d’autant plus difficile.

La deuxième randonnée, proche de la côte Pacifique, s’effectue sous une pluie battante et un vent violent. Pressés d’en finir, nous lisons en diagonale les explications sur la formation et le rôle de la forêt qui s’établit au sommet des dunes. Sur le littoral, soumis aux conditions extrêmes, il y a peu de végétation, seulement quelques plantes éparses. Mais celles-ci sont suffisantes pour créer une petite barrière protectrice et permettre à d’autres espèces de se développer en arrière-plan. Cette première phase de forêt de dune est plutôt basse et principalement constituée de buissons, qui eux-mêmes forment une protection contre le vent du Pacifique. La dégradation des feuilles va enrichir le sol et former un substrat permettant l’implantation d’autres espèces, encore plus en retrait sur la dune. Ce phénomène, appelé succession, conduit petit à petit à la création d’une forêt dense, sur le sommet des dunes, qui permet de stabiliser le sable et de protéger l’arrière-pays contre le vent et les grandes marées hautes. Ne pouvant pas profiter pleinement du point de vue sur l’océan (trop de rafales de vent et de pluie pour garder les yeux ouverts !), nous prenons le chemin du retour. Après une heure d’attente sous un préau, avec un nombre incroyable de campeurs (qui sentent, comme nous, le chien mouillé…), nous montons dans le bus et constatons avec bonheur qu’il est hermétique ! Complètement épuisés par le froid, le vent et l’humidité, nous ne sortirons pas de la tente avant le lendemain matin. Réveillés dans la nuit par le bruit de fortes rafales de vent et des pluies abondantes, nous nous félicitons de la qualité de notre matériel, qui nous permet de rester bien au chaud et au sec !

Le samedi, la tempête s’est calmée lorsque nous nous levons. Nous avons programmé une journée à la ville ! Le festival Costumbrista, qui a lieu ce weekend, doit donner lieu à des manifestations musicales et des foires artisanales. De plus, cela fait quelques jours que nous sommes déconnectés, et nous avons besoin d’Internet pour organiser la suite de notre voyage. Nous quittons donc le camping en fin de matinée, (en n’oubliant pas, cette fois, le sac pour les mûres !) et nous rendons au centre de Castro sous un ciel nuageux mais sec ! Nous avons en tête de déjeuner dans un restaurant au rapport qualité-prix imbattable : entrée-plat-dessert-café et wifi pour moins de 3€, selon notre guide ! Mais manque de chance : non seulement l’enseigne a été remplacée par un autre restaurant, mais celui-ci est en plus fermé. Finalement, l’affaire ne devait pas être viable… Cherchant une solution de secours (il nous faut du wifi !), nous nous tournons vers un café, à proximité de la place principale. Confirmant la réputation de gentillesse des Chiliens, le personnel nous laissera « squatter » le lieu et le wifi presque 3h, alors que nous ne consommons pas grand-chose. Dehors, la pluie tombe dru, et nous attendons l’accalmie avant de nous résigner à la déconnexion. Nous profitons même d’éclaircies, dans l’après-midi, qui nous permettent de visiter tranquillement l’église de Castro, dont le bardage extérieur en tôle jaune lui donne des allures de papier-mâché, mais aussi de nous promener sur le bord de mer. A proximité du port et du marché de pêche, des phoques, malins, font le spectacle dans l’eau pour obtenir les restes de poisson. Nous sommes un peu déçus de constater qu’il n’y a pas d’animation particulière en centre-ville pour le festival, la plupart des activités étant concentrées à la périphérie, à 30min en bus. Tant pis pour la musique, nous terminons la balade en passant devant les palafitos, ces maisons sur pilotis typiques de la région, avant de prendre le chemin du retour, heureux d’avoir eu une journée au sec. La pluie n’étant jamais bien loin, elle reviendra avec des rafales de vent et coups de tonnerre pendant la nuit… Ce retour en force du mauvais temps nous donne une bonne excuse pour une journée off, le dimanche. Cette fois, pas question d’attraper froid en se promenant sous la pluie !

*Oh oui, que cette appellation est vieux-jeu ! Mais nous assumons complètement : ces jeunes sont souvent drogués (marijuana légale ici) et profitent des grandes vacances pour errer de campings sauvages en terrains vagues et écouter de la musique jusqu’à l’aube, sans aucun respect de l’environnement, ni du voisinage. Reconnaissables à leur look « campeur-rockeur » (tatouages, piercings et cheveux colorés assortis d’un sac de randonnée), ils dorment le jour et vivent la nuit. Bref, un truc que nous ne comprenons pas dans le contexte de paysages magnifiques qu’offrent la région des lacs et la Patagonie !

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2 réflexions sur “Chiloé, into the… rain!

  1. Pipo dit :

    Juste une petite précision, le terme Junkie est défini dans le Robert comme une addiction aux drogues dures, et la marijuana n’est absolument pas legale au Chili ni même dépénalisée, la tolérance en pratique y est plus importante qu’en France !
    Bisous et bonne route à vous!

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