Sur la route australe

Profitant de la journée « off » de dimanche pour préparer la suite du voyage, nous nous sommes rendus compte de la flambée des prix en Argentine : inflation galopante oblige, tout a été triplé depuis l’édition de notre guide ! Pour tenir le budget, nous devons donc complètement revoir notre itinéraire et nous sacrifions la journée de lundi (la seule ensoleillée, en plus!) pour squatter à nouveau le café à Castro et planifier un maximum de choses. Ce n’est pas la façon de voyager que nous préférons, mais nous craignons qu’en attendant le dernier moment, les prix continuent de grimper ! Après une journée complète à surfer sur les différents sites de réservation de bus, avion et logement, et à jongler entre les prix en euros, dollars, pesos chiliens, argentins et réais brésiliens, nous avons l’esprit confus et il faudra tout reposer à plat une fois rentrés au camping. Mais pas question de se coucher tard : le lendemain matin, nous prenons le bus pour Punta Arenas, au sud de la Patagonie. Deux jours de trajet sont nécessaires depuis Castro, car la géographie déchiquetée du Sud du Chili ne permet pas la construction d’une route traversant toute la Patagonie. Et de fait, la Carretera Austral, dont l’objectif original était de rallier Puerto Montt au grand Sud du pays, s’arrête au beau milieu de nulle part ! Deux options sont alors envisageable pour qui veut descendre vers la Patagonie du Sud et la Terre de Feu: les routes maritimes, par bateau, ou terrestres, en passant par l’Argentine. La solution ferry étant hors de prix en haute saison, nous avons opté pour le bus, plus long, mais tellement plus économique !

Nous nous levons donc aux aurores, mardi matin, pour ranger la tente et gagner à pied la gare routière, située au centre-ville de Castro. Notre bus est déjà là, puisqu’il s’agit de la gare de départ, et nous quittons la ville à 7h pétantes. Le personnel, très accueillant, nous informe que nous aurons des en-cas pendant le voyage: chouette! Les sièges, moelleux, larges et inclinables à 160°, ainsi que le chauffage nous bercent doucement et il ne nous faut pas longtemps pour sombrer dans un sommeil réparateur. Lorsque nous atteignons Puerto Montt, 3h plus tard, nous avons l’impression d’avoir rattrapé la trop courte nuit de la veille. Nous circulons sur la Ruta 5 – aussi appelée Panamericana – et remontons à travers la région des lacs jusqu’à Osorno, où nous bifurquons vers la frontière Argentine. Les paysages ne cessent d’évoluer au fur et à mesure du trajet et nous ne voyons pas le temps passer. D’autant qu’à bord, nous profitons de prestations très confortables: bons films, en-cas, café ou thé… Les toilettes embarquées permettent d’éviter les arrêts fréquents et le bus file à vitesse constante à travers la campagne chilienne. Nous atteignons la zone de no man’s land séparant l’Argentine et le Chili en début d’après-midi: il faut d’abord descendre du bus pour faire tamponner nos passeports avec le cachet de sortie du Chili, puis remonter dans le bus, parcourir une quinzaine de kilomètres, et redescendre pour obtenir le tampon d’entrée en Argentine. Les contrôles, assez légers dans ce sens, se passent de manière fluide, preuve que la machine est bien rodée par les entreprises de transport.

Passée la frontière, les paysages sont très différents, notamment une fois la barrière des Andes franchie. La pluie dont bénéficient les forêts chiliennes est arrêtée par la chaîne montagneuse, ce qui donne des paysages étrangement désertiques. Nous passons ainsi plusieurs heures dans des plaines rocailleuses, émaillées de quelques buissons secs. Le soleil se couche derrière les montagnes, et nous profitons du spectacle bien au chaud, à l’intérieur du bus. Un arrêt est prévu en fin de soirée, dans un restaurant routier où les passagers peuvent dîner s’ils le souhaitent. Nous nous jetons sur des empanadas au délicieux goût de pot-au-feu, avant que le bus ne reprenne sa route. Une fois la nuit tombée, des couvertures et oreillers sont distribués; tout ce confort nous change des nuits en tente et il est facile de se laisser glisser vers le sommeil. Le lendemain, au réveil, la vue est sublime: le ciel prend des teintes orangées tandis que nous longeons des lacs entourés de reliefs. Des guanacos (animaux cousins du lama), font leur apparition: d’abord un, puis deux, trois, et des troupeaux entiers se promènent dans la plaine. Ils tentent de passer au dessus des clôtures sensées les empêcher de traverser la route de façon impromptue. Même s’ils sont agiles, nous verrons à plusieurs reprises les dépouilles d’animaux ayant échoué, empalées sur les barrières. La deuxième journée de voyage s’écoule assez rapidement, entre les films en espagnol qui nous permettent de travailler notre vocabulaire, et les paysages plus impressionnants les uns que les autres qui se succèdent.

Nous repassons la frontière vers le Chili en milieu de journée. Dans ce sens, la sécurité est renforcée et le bus fait l’objet de contrôles avec chiens. Tous les passagers et leurs bagages sont inspectés par les labradors de la douane, avant de pouvoir remonter dans le bus. Enfin… pas tous: certains ne semblent pas en règle et devront rester sur place! Nous n’avons pas compris ce qui n’allait pas, mais le bus repart sans eux et cela ne semble pas perturber les autres passagers! Nous atteignons Punta Arenas deux heures plus tôt que prévu, vers 17h. Nous devons encore prendre une correspondance vers Puerto Natales, notre véritable destination, au départ de laquelle le fabuleux Parque Nacional Torres del Paine est plus accessible. Nous parvenons à avancer nos billets, initialement prévus à 21h, ce qui nous permet d’arriver de jour à notre auberge de jeunesse. Celle-ci est plutôt sommaire, et même sale, pour un prix élevé, mais c’est la haute saison et le choix est très limité. Nous nous contenterons de cela, sachant qu’à partir du lendemain, nous commençons un trek de cinq jours avec nuits en tente!

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