Les 4 saisons en randonnéee

Le lundi 6 mars, nous avons prévu de partir pour une boucle de 3-4 jours sur les sentiers de la zone Nord du parc Los Glaciares. Les durées de randonnée prévues et la faible difficulté devraient nous permettre de prendre notre temps, même en portant les gros sacs. D’ailleurs, nous ne quittons le camping qu’en fin de matinée, puisque l’objectif de la journée ne se situe qu’à 3h de marche. Le programme est le suivant :

  • Jour 1 : se rendre au Campamento de Agostini, y laisser les sacs et monter au mirador Maestri (vue sur le Cerro Torre). Nuit au camping Agostini. 15km
  • Jour 2 : randonner vers le Campamento Poincenot en prenant le sentier des Lagunas Madre et Hija. Si le temps le permet, laisser les sacs au camping pour monter au point de vue Laguna de Los Tres (vue sur le Fitz Roy), sinon marcher jusqu’au point de vue Piedras Blancas (vue sur le glacier du même nom). Nuit au camping Poincenot. 15km
  • Jour 3 : en fonction de la veille, monter (ou pas) à la Laguna de Los Tres, ou au mirador de Piedras Blancas. Récupérer les sacs au camping Poicenot et se rendre à la Laguna Capri. Nuit au camping Capri. 10km
  • Jour 4 : retour dans la matinée à El Chaltén pour prendre le bus retour vers El Calafate à 11h30. 7km

En faisant le parcours dans ce sens, nous n’avons pas à porter les sacs dans les montées vers les miradors et nous pouvons partir plus tard des campements. Comme toutes ces balades sont assez courtes depuis le centre de visiteurs, il y a beaucoup de randonneurs à la journée et partir escalader les miradors dans l’après-midi nous évite la foule. L’autre avantage de ce circuit est la succession des campings gratuits qui nous permet de rester dans la nature et complètement déconnectés pendant 4 jours. L’inconvénient est que nous serons très probablement pressés de rentrer prendre une bonne douche après tout ce temps sans eau chaude !

Nous prenons donc le chemin du campamento de Agostini vers les 11h ; il fait bon, la météo est clémente et nous sommes confiants sur la vue à l’arrivée. Le chemin monte d’abord de façon assez abrupte pour gagner le haut du plateau, sur lequel sont tracés tous les sentiers autour d’El Chaltén. Une fois la difficulté franchie, nous marchons d’un bon pas vers les reliefs qui se dressent à l’horizon. La vue est très dégagée et offre de beaux paysages tout au long du parcours; le pic caractéristique du Cerro Torre est d’ailleurs assez rapidement visible. Mais les sacs pèsent assez lourd (nous avons à manger pour 4 jours, et l’humidité ambiante rajoute quelques kilos), et les premières douleurs se font ressentir alors que nous entrons dans la forêt qui précède la Laguna Torre. Nous parvenons au campement vers 14h, étonnés d’être si fatigués après seulement 3h de marche. Peut-être les nuits au frais commencent-elles à fragiliser l’organisme ? L’air s’est bien rafraîchit et le fait de nous arrêter nous refroidit encore plus. Nous installons la tente et préparons un repas chaud pour reprendre des forces. Le déjeuner fait l’effet escompté et nous sommes refaits lorsque nous entamons l’ascension vers le mirador Maestri. Le chemin débute à l’orée du bois qui abrite le campement, au Sud-Est de la Laguna Torre, et contourne celle-ci pour mener à un point de vue sur le glaciar Grande. Cette immense étendue de glace, dont nous n’apercevons qu’une petite partie, s’étend entre les Cerro Torre et Cerro Fitz Roy. D’ailleurs nous bénéficions tout au long de la montée d’une belle vue sur le Cerro Torre, qui culmine à 3102m, et le Cerro Solo, plus petite montagne surplombant le lac. Les nuages hauts qui menaçaient depuis la mi-journée se sont regroupés et voilent petit à petit les sommets élevés, et la vue est partielle lorsque nous atteignons le mirador. Celui-ci donne surtout sur le glacier et le lac en contrebas, que nous observons un moment. Des morceaux de glace flottent dans l’eau grisâtre, semblables à des cygnes figés. Régulièrement, la montagne gronde, probablement de petites avalanches mais nous n’arrivons pas à les saisir. En regardant avec attention, nous voyons finalement des amas de neige tomber en haut du glacier, puis seulement quelques secondes après, nous percevons le bruit sourd qui s’accompagne : la montagne en face de nous est si imposante que nous n’avions pas l’impression qu’elle était si loin ! Nous redescendons au campement pour nous réchauffer avec un bon chocolat chaud. Même à l’abri des arbres, la température chute en fin de journée et il nous faut trouver le courage de chercher l’eau à la rivière – glaciale – pour préparer la soupe ! La nuit sera fraîche, mais il n’y a pas de vent, c’est déjà ça !

Pour le deuxième jour de trek, il était prévu un temps pluvieux en matinée et quelques éclaircies par la suite. Après de petites averses le matin, le temps se dégage finalement plus tôt que prévu, ce qui nous permet de ranger la tente au sec et de prendre tranquillement le chemin du campement Poincenot vers 11h. Il nous faut pour cela revenir sur nos pas et retraverser la jolie forêt, dans laquelle nous prenons la bifurcation vers les Lagunas Madre (mère) et Hija (fille). On nous avait prévenus : dans ce sens, ça monte un peu! Il nous faut effectivement franchir une petite colline pour accéder à l’autre partie du plateau, celle donnant sur le Cerro Fitz Roy, puis nous débouchons sur un paysage de prairie marécageuse, dont les flaques et étangs reflètent le ciel mitigé. Tant qu’il ne pleut pas, nous sommes heureux ! Il ne fait pas chaud, mais les conditions de randonnée sont loin d’être mauvaises, d’autant que nous profitons toujours des magnifiques paysages. Pris par la faim avant l’arrivée, nous faisons une pause déjeuner au niveau de la Laguna Hija, avant de reprendre notre chemin pour atteindre le campement vers 15h. Une fois encore, les emplacements de tente sont situés en sous-bois, à proximité d’une rivière, ce qui a l’avantage de fournir un abri naturel, mais l’inconvénient de conserver l’humidité. Comme la veille, nous mettons en place la tente, avant de repartir pour une courte randonnée. Le ciel étant assez couvert, et bien que nous voyions la pointe du Cerro Fitz Roy émerger des nuages, nous ne montons pas au mirador Laguna de Los Tres, censé donner un superbe panorama sur le célèbre sommet : nous espérons le voir totalement dégagé le lendemain. Nous marchons donc jusqu’au point de vue sur le glaciar Piedras Blancas, surmontant un lac du même nom. En observant tous ces glaciers, nous avons toujours du mal à nous faire à l’idée que nous ne sommes qu’à faible altitude. L’air ne nous paraît pas si froid au regard de la quantité de glace présente, en revanche, l’humidité se fait bien ressentir. De retour au camping, nous prenons un dîner chaud sous le couvert des arbres, tandis que la pluie commence à tomber en même temps que la nuit.

Et c’est au son de grosses gouttes de pluie que nous nous réveillons le lendemain! Les averses plus ou moins fortes n’ont pas cessé de se succéder depuis la veille et cela ne semble pas vouloir s’arrêter. Nous bricolons un peu pour préparer le petit-déjeuner à l’abri du petit auvent qui couvre l’entrée de la tente. Cela réchauffe légèrement l’air à l’intérieur, mais le taux d’humidité est au plus haut et notre confort au plus bas… Heureusement, Franck s’était obstiné à transporter de gros livres depuis plusieurs semaines et la lecture nous aide à passer le temps. La pluie s’arrête en milieu d’après-midi et nous tentons une sortie pour nous dégourdir les jambes. Les nuages sont très bas, masquant les reliefs à partir de 100m au dessus de nos têtes. Très loin, au Nord, un coin de ciel bleu fait une apparition timide, et, optimistes, nous nous motivons à gravir les 400m de dénivelé qui nous séparent de la Laguna de Los Tres. Peine perdue: à mesure que nous montons, le brouillard nous enveloppe; il fait froid, mais l’effort demandé pour gravir les marches de pierre qui jalonnent la pente abrupte nous maintient au chaud. L’eau ruisselle tout au long du sentier, le rendant glissant et maintenant un niveau d’humidité constant à nos pieds. A quelques mètres du sommet, la végétation de bruyère fait place au dénuement de la roche brute et le vent fait son apparition. Le brouillard est si dense qu’il est difficile de ne pas se perdre de vue et les balises n’étant plus visibles, nous hésitons plusieurs fois sur le chemin à suivre. Nous atteignons un endroit marqué comme belvédère, duquel nous devrions normalement voir le Fitz Roy surplombant la Laguna de Los Tres, mais un mur de brume se dresse devant nous. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, ni de s’éterniser ici, d’autant qu’à l’arrêt, nous commençons à ressentir le froid. C’est sous une bruine glaciale que nous redescendons jusqu’au camping, où il s’est aussi remis à pleuvoir. Devant la tente, nous rencontrons quelques Français, avec qui nous échangeons un peu, avant de préparer notre fameux chocolat chaud pour regagner quelques points de température! La soirée sera moins pluvieuse, mais l’immobilité, l’humidité ambiante et la fraîcheur de l’air nous ont éreintés et le retour dans les sacs de couchage est bienvenu.

Lorsque nous nous levons, aux aurores, le jeudi matin, la pluie ne s’est pas arrêtée. Comme nous n’avons pas marché jusqu’au camping Capri, il nous faut quitter le camp Poincenot plus tôt pour espérer atteindre à temps notre bus. Plier la tente sous la pluie n’est pas une partie de plaisir. Le sol est extrêmement boueux et le bas des toiles, éclaboussé, est très sale. Impossible de tout ranger correctement: nous mettons les toiles dans un grand sac, que Franck portera à la main jusqu’à la gare routière. Alors que nous sortons du sous-bois, emmitouflés dans nos vestes imperméables, nous remarquons que les reliefs alentours sont enneigés. Ce qui était de la pluie à notre niveau, s’est transformé en neige à peine 100m plus haut! Heureusement, dormir en forêt et cuisiner sous le auvent ont contribué à maintenir une température supérieure à 5°C dans notre tente, et nous n’avons pas trop souffert du froid! Le chemin retour vers El Chaltén se fait au radar: tout étant dans la brume autour de nous, il est difficile de profiter du paysage. Nous passons à proximité d’étangs, traversons des bosquets d’arbustes et tentons de distinguer, parfois, lorsqu’un nuage se retire, les sommets bien enneigés qui sont maintenant derrière nous. Les conditions n’étant pas des plus agréables, nous marchons vite et atteignons la fin du sentier en 2h30. Nous devons encore traverser la ville du Nord au Sud, et profitons de passer devant une boulangerie pour nous faire plaisir avec quelques bons croissants. Arrivés à la gare routière une bonne heure avant le départ du bus, nous sommes soulagés de constater qu’il y a le chauffage et de la place pour s’asseoir. De quoi faire sécher nos affaires et nous réchauffer car nous sommes frigorifiés! Dehors, la pluie s’est arrêtée et le soleil fait de timides apparitions. Le vent commence à chasser les nuages et il se dit que demain sera une journée exceptionnelle. Dommage, nous n’en profiterons pas, mais nous aurons tout de même expérimenté les 4 saisons sur nos 4 jours de trek!

Les bus argentins étant – semble-t-il – moins ponctuels que les chiliens, nous attendons un moment sous le hall venteux avant de pouvoir embarquer. Il nous faut ensuite peu de temps pour sombrer dans le sommeil, avant d’émerger difficilement à l’approche d’El Calafate. Là, n’ayant pas pu obtenir de correspondance dans la journée pour Puerto Natales, nous retournons au camping que nous avions quitté quelques jours plus tôt. Ici aussi, la pluie semble s’être manifestée: le sol est détrempé et un grand nombre de feuillages sont tombés. Nous parvenons tout de même à nettoyer et faire sécher nos toiles de tente, avant de trouver un emplacement relativement sec. La douche chaude nous redonne vie et nos affaires commencent à sécher. Nous n’aurions pas parié être aussi bien installés à 16h, lorsque nous avons quitté le camping sous la pluie ce matin! Le ciel se dégage et nous parvenons à trouver un pressing qui lavera nos vêtements en moins de 5h: s’habiller propre et sentir bon, c’est une renaissance! Et ce n’est pas terminé! Comme nous serons dans le bus pour l’anniversaire de Franck, nous avons décidé d’anticiper un peu et de célébrer autour d’un bon repas. La parilla (restaurant de grillades) du camping étant réputée, nous y allons de bon cœur et optons pour une formule à volonté. Non seulement cela fait du bien de manger assis, à table, avec des assiettes et des couverts, mais notre bonheur est décuplé à l’arrivée de l’énorme quantité de viande grillée – dont la spécialité locale, l’agneau de Patagonie! Il en faut peu pour être heureux, après quelques jours de randonnée! Nos estomacs n’étant plus habitués à tant de nourriture, nous devrons nous avouer vaincus assez rapidement, mais cette soirée nous aura complètement refaits!

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