De l’eau dans le désert

Mardi 14 mars, nous allons à l’aéroport de Calama récupérer une voiture de location que nous avions réservée quelques jours auparavant. Nous faisons le trajet à pied (7km), sous un soleil de plomb et chargés avec nos gros sacs, accompagnés par un chien qui nous a adoptés depuis le trajet aller du camping. Celui-ci nous suit partout depuis deux jours, bien que nous ayons essayé de le chasser plusieurs fois. Très maladroit, il arraché les câbles de tension de la tente à plusieurs reprises et s’est permis de dormir sous le auvent… Mais nous devons le laisser à la dernière grosse intersection avant l’aéroport et c’est vraiment triste de l’entendre chouiner, comme si nous avions été ses maîtres et que nous l’abandonnons. Nous arrivons un peu avant midi et l’agence de location nous fait bien patienter (« c’était à partir de midi! »). Mais finalement, les formalités vont vite et nous repartons vers 13h avec une Peugeot 208 blanche: c’est parti pour un road trip à travers le désert d’Atacama!

Nous commençons par nous ravitailler, car nous avons prévu de « camper » dans la voiture. Dix-huit litres d’eau pour 3 jours ne seront pas de trop pour s’hydrater entre la chaleur et l’altitude et pour la préparation des repas. Nous prenons ensuite la route vers le Nord-Est pour explorer la partie septentrionale du désert d’Atacama. Nous irons plus tard à San Pedro de Atacama, ville pratique pour rayonner dans la région et seule station service à moins de 100km des sites à visiter. Mais d’abord, nous souhaitons voir les geysers d’El Tatio, proches de la frontière bolivienne. La route qui y mène est d’abord poussiéreuse et faite de grandes lignes droites. Au loin, nous apercevons le nuage de fumée de la mine à ciel ouvert de Chuquicamata, restée pendant longtemps le plus grand producteur de cuivre au monde. Les habitants de la ville minière associée ont été déplacés à Calama en 2007 à cause de problèmes de pollution et de présence de cuivre sous la ville. Nous pensions y faire un tour pour avoir un aperçu de ville fantôme, mais la quantité de fumée dégagée nous en dissuade!

Nous continuons donc notre chemin vers le minuscule village de Chiu Chiu, endormi à l’heure où nous arrivons (il fait trop chaud!). La petite église, la plus vieille du pays, date de 1540! Construite en adobe et en bois de cactus, elle semble vraiment fragile, malgré ses épais murs. Une nonne nous guette depuis la porte du couvent en face et quelques hommes discutent à l’ombre de la jolie petite place. A part ça, il n’y a pas grand chose à voir, et nous repartons en direction de Lasana, un autre charmant village dont la particularité est sa Pukará (ruines de fort précolombien). L’arrivée au village par un canyon accidenté donne un beau spectacle de verdure au milieu du désert. L’accès aux ruines est payant, mais nous avons déjà un bon aperçu de leur ampleur en longeant le mur d’enceinte. Il y a également des peintures rupestres à observer dans le secteur, mais nous avons encore du chemin vers El Tatio et nous ne nous attardons pas. Nous prenons tout de même le temps de faire un léger détour à la Laguna Inca Coya. Il s’agit d’un impressionnant trou d’eau, parfaitement rond, en plein milieu du désert. Selon une légende Inca, l’épouse de l’empereur s’y serait jetée après que celui-ci l’ait délaissée, et son corps jamais retrouvé, les plongeurs expliquant que le trou serait sans fond. Des touristes courageux s’y baignent mais l’eau est assez sombre – le trou ferait près de 80m de profondeur – et semble froide!

Nous remontons en voiture pour nous engager sur la route sinueuse menant au village de Caspana, situé dans un canyon verdoyant. Le contraste entre la pierre rouge-orange et la végétation est toujours surprenant. La bourgade semble, comme toutes les autres visitées cet après-midi, éteinte. Peut être est-ce la chaleur, ou le fait que les bus des tours-opérateurs ne passent que le matin? En tout cas, le cadre est très joli, mais nous ne pouvons pas rester, car nous avons encore du chemin et notre véhicule n’est pas des plus adaptés sur les routes cahoteuses de la région! Une enfilade de virages conduit au plateau volcanique d’El Tatio. Au cours de la montée, le paysage change complètement : les reliefs accidentés des canyons laissent place à de grandes étendues planes et rocheuses sur lesquelles poussent des touffes de végétation. Nous sommes dans la Cordillère, tout près de la frontière bolivienne. Sur les pentes, nous croisons des vigognes; ces animaux cousins du lama ont la grâce d’une biche mais traversent sans prendre garde! A l’approche de l’arrivée, la température est considérablement descendue : non seulement parce que le ciel s’est voilé de nuages noirs, mais surtout du fait que nous ayons pris près de 1500m d’altitude depuis Calama! Oubliant d’ailleurs les recommandations contre le mal des montagnes, nous ne buvons pas suffisamment, ce qui nous vaudra des maux de tête jusqu’au lendemain. Selon notre guide papier, la route n’est pas praticable sans 4×4; un peu entêtés, nous tentons quand même, en avançant doucement, et ça passe plutôt bien! Il faut bien sûr être vigilants, car la chaussée n’est pas bitumée et il y a de gros trous et quelques roches qui dépassent par endroits.

Nous atteignons la cahute des gardiens vers 18h et lisons : « horaires : 6h-12h ». Oh non! Nous n’avons pas envie de redescendre! Heureusement, un homme nous fait signe d’entrer et une femme nous indique que, malgré l’heure tardive, nous pouvons visiter si nous restons au maximum une heure. Devant notre hésitation, elle propose le tarif étudiants : d’accord pour une heure! Nous suivons le chemin menant aux zones de parking et c’est tout heureux que nous découvrons nos premiers geysers! Il ne fait que 6°C et le vent est très froid, mais le sol est chaud!! Le sentier piéton est d’ailleurs bien balisé, pour éviter de se brûler les pieds en marchant par inadvertance dans un trou d’eau (à cette altitude l’eau bout à 85 degrés). Situé à 4320m au dessus du niveau de la mer, El Tatio est le plus haut champ de geysers du monde et le plus grand de l’hémisphère sud, avec 80 jets recensés. L’eau expulsée ne monte pas très haut (75 cm en moyenne); ce qui attire les foules est surtout le spectacle de la vapeur dégagée. Ce phénomène n’est visible que lorsque le delta de température avec l’air est important, soit le matin, c’est pourquoi des bus entiers de touristes débarquent à l’aube. Nous nous étions dits qu’il ferait froid le soir aussi et effectivement, les vapeurs sont bien visibles (bien que rabattues au sol par le vent) et nous pouvons profiter du spectacle complètement seuls! L’odeur dégagée par les vapeurs chargées de soufre et de sulfure n’est pas des plus agréables et nous prenons vite froid, malgré l’eau qui bout dans un glouglou sonore continuel autour de nous. Nous allons encore voir les piscines naturelles dans lesquelles il est possible de se baigner, avant de vite reprendre la voiture et le chemin du retour. La nuit ne va pas tarder à tomber et nous voulons dormir plus bas, pour éviter les problèmes liés au mal des montagnes. Le coucher de soleil est magnifique, alors que nous redescendons, prenant garde aux pièges de la chaussée déformée. Nous nous arrêtons au petit village de Machuca, où nous préparons, totalement frigorifiés, un bon plat de pâtes pour reprendre des forces. Nous admirons le magnifique ciel étoilé avant de nous installer du mieux possible à l’intérieur de la voiture pour y dormir. Nous ne le savons pas encore à ce moment-là, mais la nuit sera très courte, la température passant dans le négatif et la pleine lune éclairant tel un projecteur à travers les vitres du véhicule… Finalement, nos à priori sur le désert seront vite tombés: non seulement il y a de l’eau, mais en plus ce n’est pas plat et il peut faire très froid!

 

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