Jetlag latitudinal

Nous quittons El Calafate assez tôt le 11 mars au matin, après avoir rangé (avec satisfaction) la tente au sec. Notre bus est plein, pas très confortable par rapport aux précédents (cela reste 10 niveaux au-dessus du confort des transports indiens, mais on s’habitue vite au luxe…!), et nous avons les places devant les toilettes, autrement dit pas les mieux placées!… Nous partons à l’heure prévue (8h30), mais le trajet nous semble bien long. En regardant la carte, nous remarquons que nous avons fait un grand détour, ce qui ne nous fait atteindre le poste-frontière argentin que vers 13h, soit avec 1h de retard. Les formalités de sortie passées et tous les passagers de nouveau à bord, le bus repart et doit faire un léger détour pour atteindre le petit poste-frontière de Rio Don Guillermo, tenu par l’administration chilienne, toujours aussi exigeante avec les voyageurs entrant sur le territoire. Tous les trekkeurs et touristes qui n’ont pas fait attention aux restrictions d’importation des produits frais sont obligés de les jeter ou de les manger rapidement avant le contrôle des sacs! Tout article non déclaré équivaut à un risque d’amende, il vaut donc mieux bien vérifier ses affaires avant que le chien de la douane ne passe dans les rangs! Une fois repartis, la route n’est plus très longue jusqu’à Puerto Natales, où nous arrivons en début d’après-midi. Nous retournons directement à l’auberge de jeunesse où nous avons dormi après le trek du W, sûrs d’y trouver une place confortable. L’après-midi passe vite, Franck en profitant pour faire une sieste réparatrice et moi pour entretenir le blog. Le soir, un repas chaud à l’abri de la pièce commune, très conviviale, est vraiment appréciable et nous sommes ravis de retrouver ensuite les fameux lits douillets, garants d’une bonne nuit de sommeil! C’est que nous devons reprendre quelques forces pour les jours suivants: nous avons prévu de monter dans le Nord du Chili, ce qui devrait nous prendre environ 2 jours, malgré un vol Punta-ArenasSantiago qui nous permet de gagner déjà beaucoup de temps!

Le lendemain, nous sommes levés très tôt pour savourer le plaisir de prendre son temps au petit-déjeuner. Celui servi par l’auberge est copieux et délicieux, chose bien agréable après les mueslis à la popote des jours de camping! Nous rejoignons la gare routière pour attraper le bus de 8h30, qui nous déposera 3h plus tard à l’aéroport de Punta Arenas. Toutes les places sont occupées par des touristes étrangers, dont la plupart descendent au même endroit que nous: ça sent la fin de saison. A peine passées les portes du terminal, une file d’attente incroyablement longue s’est déjà formée! Elle fait presque la longueur entière du hall d’aéroport, qui n’est, certes, pas très grand. Nous avons acheté nos billets auprès de la compagnie lowcost Sky Airlines, dont 3 vols partent à des horaires rapprochés, ce qui explique la foule. Après une heure de queue pour s’enregistrer, suivie d’un passage éclair à la sécurité (visiblement les normes en Amérique du Sud ne sont pas aussi strictes qu’en Europe!), il nous reste plus d’1h30 d’attente dans le hall d’embarquement. Le notre est prévu à 13h25, mais nous ne verrons pas notre avion atterrir avant 13h45! Les hôtesses tentent de rattraper le retard en appelant à embarquer alors même que les passagers débarquant de l’avion ne sont pas encore tous sortis! Cela fait un beau chassé-croisé de personnes, mais finalement tout le monde trouve sa place et nous partons avec seulement une heure de retard. Dans l’avion, le magazine de la compagnie vante sa ponctualité (« cette année encore, nous sommes la compagnie lowcost la plus ponctuelle »), ce qui nous fait bien sourire! Le vol de 4h nous paraît interminable, d’autant que nous avons faim: tout est hors de prix depuis notre arrivée à l’aéroport et résister à l’odeur des en-cas commandés par les autres passagers est un supplice. De plus, nous n’avons pas pu obtenir des places en hublot, alors que nous voulions vraiment voir la Cordillère des Andes depuis le ciel. Heureusement, le passager à côté de nous ne prend pas toute la place et, lorsque les nuages le permettent, nous pouvons apercevoir des sommets enneigés et même quelques lacs d’altitude.

A l’arrivée à Santiago, nous devons être efficaces. Nous avions en effet prévu assez large pour l’horaire du bus que nous prenons le soir, mais avec le retard aérien, nous n’avons plus tant de marge. Nous récupérons rapidement nos bagages avant de sauter dans le premier bus reliant – heureusement directement – la bonne gare routière de Santiago. Il fait beaucoup plus chaud qu’en Patagonie et nous sommes un peu déboussolés d’être passés des paysages de steppe quasi-déserte à un environnement urbain très dense! Arrivés à la gare routière d’Alameda, nous parvenons à faire imprimer nos billets avant de nous précipiter dans un petit fast food local: il est déjà 19h et nous mourons de faim! Notre bus pour la ville de Calama, dans la région du Norte Grande, part à 21h30 et nous passons le temps d’attente dans le terminal de la gare routière. Nous avons pris la classe semi-cama* et nous avons en plus les meilleures places à nos yeux: à l’étage et tout devant, donc nous sommes assez confiants sur le confort du trajet. Il fait nuit lorsque nous quittons Santiago, nous profiterons du paysage demain. En attendant, le personnel du bus distribue les couvertures et les snacks du soir (une boisson et un en-cas sucrés, un peu léger…) et nous ne tardons pas à nous endormir… pour nous réveiller le lendemain matin dans une toute autre région! Le cadre a complètement changé: la route traverse de grandes étendues de sable, bordées de collines arides. Un énorme nuage bas, au loin, nous fait penser à une tempête de sable, mais il s’agit en fait d’une brume épaisse, coincée dans les reliefs, et le ciel brille à nouveau dès que nous l’avons traversée. Puis la route longe l’Océan Pacifique et des villages de pêcheur. Les paysages se font de plus en plus désertiques, probablement à cause du climat plus sec (nous sommes « descendus » d’une trentaine de degrés latitude depuis Punta Arenas!) et du vent salé. La pierre orange contraste avec le bleu marin et le ciel est gris foncé, menaçant. Nous faisons une pause petit-déjeuner bienvenue, les en-cas n’étant pas très nourrissants, avant de reprendre notre route, jusqu’à la prochaine halte, à Copiapó, vers 11h. Ensuite, le temps se fait long sur le trajet vers Antofagasta, la préfecture de la région II du Chili et 5ème plus grande ville du pays, que nous atteignons en début d’après-midi. Nous espérons y trouver un déjeuner digne de ce nom, mais la gare routière est étonnamment peu équipée pour une ville de cette taille. A part les completos et burgers bien gras, il n’y a rien de sain à se mettre sous la dent et il nous faudra une fois de plus patienter jusqu’au soir pour manger!

Nous reprenons la route pour Calama vers 15h et traversons de grandes étendues désertiques et poussiéreuses. Rien à perte de vue que du sable, de la roche et très peu de reliefs. Cependant, la route rectiligne monte sans que l’on s’en aperçoive, puisque nous passons du bord de mer à une altitude de 2500m environ. En cours de route, nous longeons d’énormes installations industrielles (une usine d’extraction de gaz?), immense complexe couleur sable semblant sortir de nulle part. Il n’y a même pas un village alentours et le seul accès se fait par la grande ligne droite sur laquelle nous roulons. Il nous aura fallu 3h pour rejoindre Calama depuis notre halte à Antofagasta, soit au total près de 21h de bus! La bourgade, qui compte environ 143000 habitants, nous semble à taille humaine et nous découvrons une multitude d’installations toutes neuves (stade, routes, malls) sur le trajet vers le camping. Il fait très chaud, bien que nous soyons en fin de journée, et les 6km à pied sont assez fastidieux. A l’arrivée, nous hésitons un peu devant l’aspect brocante-bric-à-brac du lieu: une vieille carcasse de voiture trône sur une placette décorée de pots en terre, cactées et galets peints; un drapeau du Chili flotte devant l’accueil, où un petit patio abrite une collection éclectique de vieilles machines à coudre, balances, poids, fers à cheval et autres objets insolites. La gérante nous accueille néanmoins très chaleureusement et une fois installés, nos doutes s’estompent: nous nous sentons comme chez nous! D’autant que nous avons tout le camping juste pour nous! Un peu déboussolés par le cumul des trajets, le changement de région (et donc de culture) et de températures, nous partons dîner. Les magasins restent ouverts tard, bien que nous soyons dimanche soir, et nous trouvons de quoi calmer notre faim assez facilement. Contents d’avoir trouvé une bonne base pour les prochains jours, avant de partir dans le désert d’Atacama, nous savourons la première nuit – depuis des semaines – où nous n’avons pas besoin de dormir calfeutrés dans nos sacs de couchage à cause du froid!

* La classe semi-cama signifie « demi-couchette »: les sièges sont inclinables à 150° et sont assez larges et confortables pour y dormir. La classe en dessous est « normale » (moins de place pour les jambes, sièges peu inclinables), et celle au-dessus est « couchette » (cama). Au Chili, à partir du semi-cama, un service de snacks est inclus dans le tarif pour les voyages longs. Il y a souvent un écran pour les films, mais nous n’avons pas eu de diffusions sur tous les trajets. Tous les bus sont équipés de toilettes, ce qui évite de s’arrêter régulièrement, les chauffeurs ayant le droit de rouler jusqu’à 5h d’affilée. Il existe des classes encore supérieures (deluxe), qui incluent d’autres services (repas complets, écrans, etc.).

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