Le Salar d’Atacama

Lorsque nous décidons de descendre vers San Pedro de Atacama, mercredi matin, l’aube n’a pas encore pointé le bout de son nez. Nous avons eu froid et surtout mal aux jambes, ne trouvant pas de position adéquate pour dormir dans la petite voiture de location. A 5h, n’en tenant plus, nous prenons la route qui redescend vers San Pedro, dans l’espoir de pouvoir y prendre le petit-déjeuner au chaud. Il faut conduire avec vigilance dans la nuit, la chaussée étant assez cahoteuse et les virages serrés. Nous croisons les nombreux bus et voitures qui montent à El Tatio pour y admirer le spectacle des geysers au lever du soleil. Nous passons dans le joli canyon de Guatín, mais difficile de profiter du spectacle dans le noir. Arrivés à San Pedro, nous longeons la rivière jusqu’à un panneau « interdiction de camper ». Cela veut sûrement dire qu’il y a un spot apprécié, et nous nous engageons sur le petit chemin, qui débouche sur une plage. Le soleil se lève, doucement, révélant le paysage en face de nous : des falaises orange, devant lesquelles s’étire le lit d’une rivière asséchée. Pas besoin d’aller plus loin, nous risquerions l’enlisement et de toute façon nous n’avons besoin que d’un peu de place pour poser le réchaud. La température est remontée de 0°C à 15°C et le petit-déjeuner joue son rôle de carburant : nous sommes prêts à repartir pour la journée, quitte à faire une sieste plus tard… Il est encore un peu tôt pour l’ouverture de l’office de tourisme, aussi nous en profitons pour nous promener dans la ville, qui s’éveille doucement. La lumière du jour levant donne des jeux d’ombre sympathiques dans les rues aux allures de western chilien. Le centre-ville est minuscule et nous en avons vite fait le tour. Les artères touristiques, comportant agences de voyage, bars et restaurants, se concentrent autour d’une jolie placette hébergeant l’office de tourisme, la petite église et le bureau de police. Un village d’artisanat est situé un peu plus loin, mais nous n’avons pas le temps d’y aller, l’office de tourisme venant juste d’ouvrir. Nous obtenons une carte (un peu évasive) de la région et surtout, les informations nous permettant d’organiser la suite de notre roadtrip. Ainsi, nous décidons de visiter des lagunas situées dans le Salar de Atacama et faisant partie de la réserve nationale Los Flamencos, gérée par la Conaf en association avec le peuple natif de la région : les Atacameños.

Nous prenons donc le chemin de la Laguna Cejar, située à quelques minutes au Sud de San Pedro, pour commencer la journée. Il s’agit d’un trou d’eau dans le désert de sel, dans lequel il est possible de se baigner et de flotter du fait de sa salinité élevée. A peine avons-nous pris la bifurcation vers le Salar, que le paysage change complètement : tout autour de nous est blanc, c’est incroyable ! Le sol est chargé de minéraux et principalement de sel (Franck a gouté, c’est du vrai !), qui forme une croute solide du fait de l’évaporation de l’eau. Nous ne nous attendions pas à de tels paysages et nous nous demandons alors comment s’est formée cette couche épaisse de minéraux dans un endroit aussi isolé et aride. Nous reprenons notre chemin pour gagner l’entrée de la laguna, où nous constatons que les prix sont les mêmes, que nous souhaitions nous baigner ou pas, mais nous n’avions pas prévu une telle activité. Nous décidons donc de bifurquer vers la Laguna Tebenquiche, à quelques kilomètres, où l’entrée est moins chère, puisqu’il n’est pas possible de s’y baigner. En route, nous remarquons deux trous d’eau, auprès desquels se sont garés deux voitures de touristes : il s’agit des Ojos de Salar (« yeux du désert de sel »), deux lagunas symétriques, dans lesquelles il est possible de s’immerger, bien que l’eau nous semble très froide. Le paysage alentours se reflète sur la surface lisse des deux plans d’eau et le contraste entre leur bleu intense et le désert blanc et rose, rehaussé par une petite touche de verdure, est magnifique. Cette découverte nous réjouit et nous estimons qu’il n’est plus nécessaire d’aller à la Laguna Tebenquiche, qui, vue de loin, ne devrait pas différer des autres étendues d’eau que nous avons prévu de visiter les prochaines heures.

La journée passe vite et nous quittons le salar vers midi, pour gagner le village Atacameños de Toconao. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre en montant à la Quebrada (« canyon ») de Jere, aussi nous sommes agréablement surpris de découvrir un site complètement aménagé comportant plusieurs points d’intérêt. Non seulement le cadre est splendide, mais il y a une reconstitution d’habitat traditionnel Lickanantay*, des grottes creusées dans la roche, des pétroglyphes, une carrière de Liparita et un secteur archéo-astronomique. Des tables de pique-nique, aménagés le long d’une rivière, à l’ombre des arbres, invitent à la détente et nous en profitons pour déjeuner et nous reposer quelques heures. Nous entreprenons ensuite de découvrir les pétroglyphes, cachés dans les roches ocre et rouge qui surplombent le canyon. Ce n’est pas évident, mais nous en trouvons quelques-uns et nous nous prenons vite au jeu, oubliant l’heure qui tourne. L’après-midi est bien entamé lorsque nous quittons le site et rejoignons la départementale qui mène à la partie Sud de la Reserva Nacional Los Flamencos. Après le village de Socaire, la route n’est plus que gravillonnée et monte en virages serrés dans les Andes, nous rapprochant de la frontière argentine. Comme la veille, les paysages se font plus verts à mesure que nous montons et nous apercevons des troupeaux entiers de vigognes. Les nuages, retenus par les reliefs andins, dispensent la pluie nécessaire à la vie et à la végétation dans cette zone. Notre objectif, les Lagunas Miscanti et Miñiques, sont situées à 4300m d’altitude et entourées de sommets dépassant les 5000m. L’arrivée en haut est spectaculaire : la route débouche d’un coup sur un grand lac d’un bleu profond, surmonté d’un cône enneigé, et entouré de pentes verdoyantes dans lesquelles courent quelques vigognes. Il s’agit de la Laguna Miscanti, dont la superficie atteint 15km². Un peu plus loin, la route conduit à la Laguna Miñiques, plus petite (1,5km²) et faisant figure de site de reproduction majeur pour les oiseaux protégés de la région. Nous n’arrivons pas à identifier les volatiles que nous voyons au bord de l’eau, mais nous jouons à prendre des photos avec les vigognes qui vont et viennent, curieuses mais farouches.

Nous redescendons en altitude pour reprendre la départementale qui remonte vers San Pedro, avant de bifurquer à nouveau vers le salar. Nous ne voulions pas aller à la Laguna Chaxa avant la fin de journée, pour augmenter nos chances d’apercevoir des flamands. Nous ne sommes plus en période migratoire et de ce fait, nous ne verrons que peu d’oiseaux, mais l’accueil par un guide local et les excellentes explications dispensées compensent notre déception. Sur le site, le sol rose et blanc est un mélange d’argile et de minéraux (principalement du sel) ; les panneaux explicatifs très qualitatifs, créés par les Atacameños, indiquent que la zone s’est constituée suite à un effondrement du plateau andin et que les minéraux y ont été accumulés pendant des millénaires, descendant des reliefs. Le Nord du salar est irrigué par des rivières, d’où les nombreux canyons, tandis que la partie Sud-Est contient de l’eau en souterrain, qui ruisselle depuis la Cordillère des Andes. Par endroits, le sol est imperméable et l’eau remonte en surface, créant les lagunas, ces trous d’eau au milieu du désert. En remontant à travers le sous-sol du salar, l’eau entraîne des minéraux, qui se retrouvent alors à la surface et y restent, lorsque l’eau s’évapore, créant cette fameuse croûte salée. La Laguna Chaxa est un ensemble de bassins, dont la teneur en sel permet le développement de micro-organismes, notamment des algues unicellulaires et de petites crevettes, servant de nourriture de base aux flamands. Leur fort taux de bêta-carotène est à l’origine de la couleur rose de ces oiseaux migrateurs, et leur apport important en protéines est essentiel pour le voyage retour vers le Nord. Après avoir observé à la loupe les petites crevettes, nous suivons le sentier balisé qui contourne les lacs. Trois espèces de flamands se retrouvent ici, en plus des autres oiseaux, migrateurs ou non: les flamands andins, chiliens et de James. Ces derniers sont les plus roses et les plus facilement reconnaissables, mais nous n’en voyons pas dans la réserve. En revanche, quelques flamands andins plus blancs, sont visibles, car ils ne migreraient plus vers le Nord. La lumière du soleil couchant est magnifique sur ces étendues d’eau salée. Au loin, le ciel est extrêmement sombre au-dessus de la petite ville de San Pedro et des éclairs zèbrent le ciel : nous aurons de la pluie en rentrant !

Finalement, le temps de faire le trajet retour, nous esquivons les averses. Nous avions prévu de chercher une place pour la nuit, à un emplacement indiqué comme camping sur le GPS. Suivant les indications de l’appareil, nous devons traverser le lit d’une rivière asséchée, avant de le longer pour rejoindre la destination. Mais la route est en travaux et rien ne nous semble adapté pour camper, aussi nous rebroussons chemin pour rejoindre le parking central de San Pedro, où nous avons vu des baroudeurs camper dans leur van. Mais les averses des heures précédentes ont fait leur effet, et ce qui était quelques minutes plus tôt une rivière asséchée s’est transformé en torrent peu profond mais puissant ! Sans 4×4, nous n’envisageons pas de traverser et nous devons revenir en arrière pour tenter de traverser plus loin. Malheureusement, le flot est encore plus fort au niveau de l’unique autre passage à gué, et un homme nous fait signe de ne pas tenter la traversée. Nous sommes bloqués sur un petit bout de plage ! Prenant notre mal en patience, nous envisageons de préparer le dîner en attendant que le niveau de l’eau redescende. Au bout d’une heure, voyant que la situation ne s’améliore pas, nous nous résignons à passer la nuit sur le sable, lorsqu’un 4×4 s’arrête à notre niveau : « il est interdit de camper ici ! », nous annonce une femme. Lorsque nous lui expliquons que nous nous sommes laissé piéger, elle nous dévoile un petit chemin de terre permettant de s’extirper de cette situation. Ouf ! Nous suivons ses indications (le chemin était vraiment bien caché !) et parvenons à regagner le centre de San Pedro. Cette fois, pas de prise de risque : nous nous garons sur le parking principal et installons notre camp de fortune dans le coffre de la voiture. Même si cette fois nous avons pris nos précautions avec le mal des montagnes, les trajets, les changements d’altitude et les émotions de la journée (!) nous ont épuisé et nous ne mettons pas longtemps à nous endormir.

*Le peuple Atacameños, natif de la région d’Atacama, est composé de différentes ethnies, notamment les Lickanantay.

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