Un, deux, trois… Soleil!

C’est après une bonne nuit de sommeil sur le parking de San Pedro de Atacama que nous nous réveillons jeudi matin. Les pluies de la veille ont laissé le ciel parsemé de nuages et le soleil ne s’est pas encore levé : il fait frais, pour ne pas dire froid. Nous prenons le chemin d’un point de vue donnant sur le Valle de la Luna, un peu plus haut sur la route de Calama, pour tenter de capter les premiers rayons solaires. Des vans ont passé la nuit sur le petit parking : c’est noté, nous aussi nous dormirons là ce soir ! Le point de vue est fantastique, la roche rouge, zébrée de sel blanc formant des collines aux formes étranges. Le soleil levant, bien qu’en partie masqué par les nuages, embrase les reliefs d’une chaude lueur orange. A l’Est, San Pedro et le salar sont sous les nuages, qui restent accrochés à la Cordillère des Andes. C’est là que nous allons aujourd’hui : nous avons décidé de monter en direction de la frontière argentine pour atteindre la partie la plus orientale du parc Los Flamencos. Là, l’office de tourisme nous a indiqué que les lagunas étaient magnifiques et leur accès gratuit. La route monte assez rapidement entre les sommets de plus de 5000m, et nous devons bien nous hydrater pour éviter les maux de tête. Après avoir vu passer, à notre gauche, le cône enneigé du volcan Licancabur (5916m), la brume s’estompe et nous laissons derrière nous l’épais nuage se dressant tel un mur, bloqué par une force invisible. Nous pouvons enfin profiter du soleil et du beau ciel bleu, qui surplombent le plateau, dont la végétation s’étale en touffes vert pâle de part et d’autre de la route. Nous passons encore quelques virages, gagnant en altitude, et croisons de gros camions-remorques chargés de voitures destinées à l’Argentine. A notre droite, une première laguna se profile, oasis multicolore au milieu des gris et rouges volcanique qui caractérisent les paysages autour de nous. Il n’est pas encore 10h et des flamands sont encore présents ; l’eau doit aussi être salée ici. Nous profitons du spectacle et captons quelques rayons solaires qui ne nous réchauffent pas assez : étant à 4300m d’altitude, la température a du mal à dépasser les 10°C ! Nous reprenons la route et roulons jusqu’au salar de Tara, abritant la laguna du même nom. Un belvédère permet d’admirer le paysage depuis la route, mais sans 4×4, impossible de continuer sur la piste ensablée qui descend jusqu’au point d’eau. Il nous faudra nous contenter de sortir les jumelles pour observer les oiseaux et vigognes qui viennent boire et se nourrir dans la laguna.

Nous profitons de ces vues magnifiques avant de rebrousser chemin vers San Pedro, que nous atteignons vers midi. Malheureusement, les nuages sont restés accrochés sur les premiers reliefs de la Cordillère et nous les retrouvons au niveau de la ville. Nous avions prévu de visiter la Pukará de Quitor et le village archéologique de Tulor, mais n’ayant pas envie de ruines aujourd’hui, nous changeons nos plans et décidons de suivre le soleil. Une éclaircie semble se préparer au Nord-Ouest, aussi nous prenons la direction du Valle de Arcoiris. Le trajet est un peu long et la chaussée bien accidentée à l’arrivée, mais la vallée est vraiment jolie. Ici, le vert est encore plus intense qu’ailleurs, la flore étant étant légèrement différente. Nous sommes un peu déçus de constater que la route qui permet d’entrer dans le canyon est vraiment très abîmée… Cependant, Franck se sent l’âme d’un pilote et surmonte les passages à gué (l’eau est assez basse et il n’y a pas de courant). C’est tout de même un peu sportif et nous sommes bien secoués dans la petite 208 ! Mais le paysage à l’arrivée vaut le déplacement : les roches qui constituent les parois du canyon sont multicolores : vert, rouge, rose, blanc, noir… c’est magnifique ! Comme il n’y a pas d’installation de pique-nique et que le ciel menaçant nous rappelle notre infortune de la veille (lorsque nous sommes restés bloqués sur la plage…), nous ne tardons pas à redescendre vers Yerbas Buenas. Il s’agit d’un site comportant une importante quantité de pétroglyphes, datant pour les plus anciens du 4ème siècle, et extrêmement bien conservés. Le gardien fait une drôle de tête, lorsqu’à peine les tickets d’entrée achetés, nous sortons notre matériel de pique-nique au lieu de commencer la visite ! C’est qu’il est déjà presque  15h et que le petit-déjeuner est loin ! Une fois l’estomac plein, nous sommes prêts à chasser les pétroglyphes. En fait, le fascicule fournit à l’entrée du site est plutôt bien fait et indique leur emplacement et leur signification, nous n’avons donc pas trop à chercher. La balade sur une petite formation rocheuse rouge est intéressante et nous prend plus d’une heure. La majorité des gravures représente le lama, très important pour les peuples de l’époque, car il permettait le transport en caravane, facilitant ainsi les échanges commerciaux et fournissait la matière première pour le textile. Aujourd’hui encore, sa laine est très utilisée dans la région, notamment pour l’artisanat.

Nous repartons en direction de San Pedro, dans l’idée de nous arrêter aux Tres Marias, des formations rocheuses depuis lesquelles nous espérons voir le Valle de la Luna. Mais la route la plus directe qui y conduit est impraticable; en fait l’entrée de ce côté a été fermée pour ne laisser qu’un seul accès. Nous avons le temps avant le coucher du soleil et prenons finalement cette direction. Au petit poste de garde, où nous devons nous acquitter du droit d’entrée, des panneaux explicatifs, encore une fois très bien faits, indiquent que nous nous trouvons dans la Cordillère de sel. Nous ne lisons pas tout, car les explications sont très détaillées et techniques, mais nous comprenons que cette chaîne de relief s’est formée il y a plusieurs millions d’années, lorsque l’activité sismique et volcanique de la région ont perturbé sa topographie. Le sol et les roches, couverts de minéraux, ont ensuite été enveloppés d’un manteau de matière volcanique, créant une accumulation de couches rose, blanc et sable. Le Valle de la Luna doit son nom à l’aspect lunaire de ses reliefs; il est tellement grand que nous pouvons prendre la voiture pour circuler le long de la route qui le traverse. Nous nous arrêtons dans un premier temps à la grotte de sel, où la modification du paysage sous l’action des éléments (pluie, vent, rivière) est vraiment flagrante. A l’accueil, on nous avait conseillé de prendre une lampe, ce que nous avons fait. Mais nous ne nous attendions pas à devoir ramper sous un plafond très bas, ni à nous contorsionner dans quelques passages délicats! C’est à la limite de la spéléologie tant il fait noir à certains moments! Mais l’exercice vaut le coup et nous découvrons d’énormes cristaux de sel, transparents, formés sous la pression et les hautes températures générées par mouvements terrestres qui ont modelé la région. Nous reprenons le chemin en direction des Tres Marias, passant du même coup au milieu de « l’amphithéâtre », zone de plat entourée de falaises roses et blanches, où les couches sédimentaires sont bien visibles.

Après les photos, nous suivons le flot de touristes qui monte à la dune principale, du haut de laquelle le coucher de soleil est censé être transcendant. Avec les nuages noirs qui ont refait leur apparition, nous n’avons pas beaucoup d’espoir d’être transportés par la magie, mais le contraste du ciel anthracite avec la roche rose est assez intéressant. Pour éviter d’altérer l’immense dune de sable, formée naturellement par l’érosion des roches environnantes, un chemin d’accès a été aménagé sur l’arrière. La plupart des bus d’agences de tourisme repartant vers 19h, nous ne sommes finalement pas si nombreux, au sommet, à observer le lent déclin de l’astre solaire. Ce dernier est encore visible jusqu’à 19h30, avant de sombrer derrière un épais nuage, nous offrant tout de même auparavant un bel extrait d’arc-en-ciel à travers les nuages de pluie qui arrosent San Pedro, à l’Est. La température redescend alors progressivement, incitant les derniers spectateurs à quitter leur poste d’observation et à prendre le chemin du retour. La nuit tombe très vite et il faut rouler doucement, car beaucoup de gens sont venus en vélo depuis San Pedro, mais n’ont pas pensé à s’équiper pour être visibles dans le noir! Comme nous l’avions noté le matin, nous allons passer la nuit au point de vue situé sur la route entre San Pedro et Calama: nous croyons que la météo sera plus clémente le lendemain et nous offrira un beau lever de soleil sur le Valle de la Luna. Il pleut fort sur la ville, presque pas sur le promontoire où nous sommes garés et depuis duquel nous observons les éclairs traversant le ciel, au loin. La nuit est très calme et nous nous réveillons juste pour le lever du soleil, le lendemain. Le spectacle est superbe, les rayons du soleil illuminant progressivement les reliefs les plus hauts, avant de descendre dans la vallée, sur le salar et sur la Cordillère de sel, qui prend des teintes orange intense. Nous préparons le petit-déjeuner sur notre belvédère, profitant de la vue et captant la chaleur naturelle dispensée par le soleil. Lorsque nous prenons la route pour retourner à Calama, l’astre jaune s’élève dans le ciel bleu et sans nuages du désert d’Atacama.

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