Quatre jours avec les Porteños

Jeudi matin, une mission nous attend : récupérer Thibaut à l’aéroport ! Notre ami nous rejoint pour 3 semaines et nous avons hâte de le retrouver. Nous avons téléchargé une application qui calcule le meilleur itinéraire de transports en commun à travers la ville, car nous n’avons pas trouvé de plan du réseau de bus, trop complexe ! Celle-ci fait apparaître deux options : prendre le même trajet que deux jours auparavant, direct mais qui dure 2h au minimum, ou tenter un parcours avec correspondances pour gagner 1h. Nous optons pour le second choix et partons attendre le premier bus à deux rues de l’hôtel. En moins de 10 min, nous avons déjà atteint la première correspondance : efficace ! Mais à partir de là, les choses se corsent : alors que nous nous apprêtons à monter dans le bus indiqué par l’application, le chauffeur nous explique qu’il ne va pas à l’endroit voulu et qu’il faut prendre le véhicule suivant. Comment ça, il ne va pas là où c’est écrit sur la devanture du bus ?! Pas sûrs d’avoir compris, nous prenons le prochain bus: celui-ci va bien à l’endroit indiqué sur son panneau ! Mais, pour payer le bon montant, il faut indiquer l’arrêt où nous souhaitons descendre. Et à ce moment-là, le chauffeur nous explique que ce n’est pas la bonne ligne ! Nous ne comprenons vraiment rien, et la situation se complique lorsque nous tentons d’obtenir des informations sur l’itinéraire à suivre si nous voulons nous rendre à l’aéroport… Nous comprendrons plus tard que nous étions dans le bon véhicule et qu’il ne fallait pas chercher à expliquer où nous voulions aller; les chauffeurs ne connaissent pas les correspondances du réseau (qui est vraiment très compliqué). Mais pour l’heure, nous sommes dépités, et restons bêtes sur le bord de la route, incapables d’expliquer en espagnol ce que nous souhaitons faire, et avec une application qui ne fonctionne pas sans connexion internet ! Après maintes péripéties, nous parvenons finalement à l’aéroport vers les 11h: Thibaut nous attend déjà depuis 30 min! A vouloir gagner du temps, nous aurons donc perdu 1h et nos nerfs ! Notre ami nous indique qu’il a passé très vite les contrôles de douane, et nous attend devant la porte n°37. Nous cherchons… La numérotation des portes s’arrête à 27… « Thibaut, comment s’appelle l’aéroport où tu te trouves ? -Jorge Newberry ». Oups ! Nous avons oublié qu’il y a deux aéroports internationaux à Buenos Aires et avons foncé à Ezeiza, à 35km de la ville, alors que notre ami nous attend à tout juste 10km de l’hôtel ! Décidément, ce début de journée est vraiment compliqué ! Nous n’avons pas le choix, si nous voulons écourter l’attente du pauvre Thibaut, il nous faut prendre un taxi ! En 40 min, nous sommes au bon terminal et nous le retrouvons ! Heureusement, même fatigué, il préfère prendre les choses avec le sourire et, lorsque nous montons ensemble dans le bus retour, nous sommes cette fois sûrs de l’itinéraire !

L’après-midi, nous avons prévu de nous rendre dans le quartier populaire de La Boca. Il s’agit de l’ancien port de la ville, où les immigrés italiens, français et espagnols étaient installés au XIXè siècle. Notre guide papier ainsi que l’office de tourisme recommandent de ne pas sortir de la zone touristique du Caminito et de la Bombonera, stade de l’équipe de football de Boca Junior, pour des raisons de sécurité: rassurant! A peine descendus du bus, alors que Franck prend en photo une église du quartier, un policier de passage s’arrête à notre niveau pour nous conseiller de ne pas sortir l’appareil photo ailleurs que dans les zones touristiques. Toute cette pression, alors que le quartier nous semble très calme ! Certes, les immeubles ne sont pas dans leur meilleur état, les gens dans la rue ne semblent pas rouler sur l’or, mais nous ne nous sentons pas en insécurité. Nous écoutons tout de même les conseils et gagnons la rue touristique d’El Caminito, qui se résume à un alignement de quelques maisons colorées, dont les boutiques au rez-de-chaussée débordent de bibelots et souvenirs en tout genre. Des restaurants avec rabatteurs affichent des prix dignes des quartiers les plus chics, tandis que des danseurs de tango font une démonstration contre quelques pièces. L’ambiance n’est pas désagréable mais sent l’attrape-touristes à plein nez, et nous avons l’impression d’être parqués dans cette zone de 2 rues au-delà desquelles il est fortement déconseillé de circuler ! La particularité du quartier qui en a fait la renommée, les façades, colorées avec le surplus de peinture des bateaux de pêche, n’est plus visible que dans cette zone touristique, où la mise en scène est même un peu forcée. Nous marchons en direction du stade de La Boca, où la rue est aux couleurs de l’équipe locale, jaune et bleu, avant de prendre la direction de San Telmo, un autre quartier ancien, connu pour son marché d’antiquaires et son ambiance bohème. Certes, nous restons sur une rue principale et passante, mais nous ne nous sentons tellement pas menacés que nous soupçonnons la municipalité d’entretenir la crainte de la petite délinquance pour confiner les visiteurs dans la rue à touristes d’El Caminito… Le quartier de San Telmo est vide en semaine, et nous nous contentons de prendre un verre sur la Plaza Dorrego en regardant un couple danser le tango. Comme Thibaut ne se sent pas très dépaysé dans cette ville à l’architecture si Européenne, nous l’emmenons à Puerto Madero pour lui montrer les ressemblances avec Strasbourg! En soirée, il est agréable de se promener sur les quais et nous choisissons un bar avec écran TV pour passer la soirée devant un match de football. Ce soir, l’Argentine joue sa place en coupe du monde contre le Chili! Les Porteños qui ne sont pas au stade (le match se joue à Buenos Aires même), passent leur soirée devant un écran! Le jeu n’est pas fantastique, mais au final, l’Argentine est qualifiée et les gens autour de nous sont contents! Nous rentrons à pied en traversant le centre-ville, profitant de l’éclairage nocturne des bâtiments. Sans les patrouilles de police, omniprésentes, nous aurions l’impression d’être à Paris un soir d’été!

Le lendemain, un programme plus chargé nous attend: visiter tout le quartier centre et ses monuments historiques et civiques. Nous quittons l’hôtel vers 10h pour commencer notre balade à pied au niveau du Congrès. En chemin, nous croisons un groupe de personnes avec drapeaux et trompettes: une manifestation semble se préparer! Les grilles sont fermées autour du bâtiment et des statues qui occupent la place du congrès, de laquelle part l’Avenida de Mayo, courant jusqu’à la place principale du centre, à 1,5km de là: la Plaza de Mayo. Le Congrès, inspiré du Capitole de Washington, est monumental et abrite les institutions législatives, mais il est fermé aux visites pour aujourd’hui. Aussi, nous continuons notre chemin vers la faculté de médecine, plus au Nord. En face, un bâtiment en pierres colorées attire l’œil: il s’agit du palais de l’eau courante, autrefois destiné à stocker et distribuer l’eau dans la ville. Nous essuyons une averse avant de poursuivre en direction de la Plaza Lavalle, alors en pleine rénovation, et autour de laquelle se dressent le Théâtre Cervantes, le Théâtre Colón, l’Escuela Présidente Roca et la Cour Suprême de justice (Palacio de Justicia), siège du pouvoir judiciaire. Un grand nombre de monuments et de places sont en travaux dans toute la ville, donnant l’impression que le budget vient juste d’être débloqué! Nous traversons l’Avenida 9 de Julio, une route très large (jusqu’à 16 voies par endroit!) qui coupe la ville du Nord au Sud et au milieu de laquelle se dresse un obélisque haut de 67m et édifié en 1936. Dans l’Avenida Córdoba, où nous sommes censés acheter des billets de ferry pour aller en Uruguay le lendemain, toutes les boutiques sont fermées. Nous commençons à soupçonner la manifestation qui se prépare: à chaque coin de rue, des groupes équipés de drapeaux colorés, de pancartes et de petits orchestres se mettent en marche pour rejoindre la Plaza de Mayo. Après avoir fait un tour à la Plaza San Martín, qui abrite un petit parc et la Torre de los Ingleses (reproduction miniature de Big Ben), nous nous rendons au terminal de la compagnie Buquebus pour acheter nos billets de ferry. Devant les prix prohibitifs (100€/personne pour un aller-retour sur 1/2 journée!!!), nous changeons les plans: demain ce sera Buenos Aires! Nous profitons de la pause déjeuner pour nous renseigner sur l’événement en cours: nous sommes le 24 mars, jour de la Memoria, qui commémore le coup d’Etat de 1976, date d’entrée dans la dictature militaire. Sous ce régime, plus de 30000 personnes ont disparu et cette date est l’occasion de leur rendre hommage. C’est un genre de fête nationale et un jour férié pour le pays, il est donc normal que toute la ville soit en train de manifester dans la rue! Le rassemblement atteint son apogée dans l’après-midi, à la Plaza de Mayo, que nous avions prévu de visiter: il va falloir revoir le parcours! Nous visitons les Galerías Pacifico, un grand centre commercial dont la coupole centrale est décorée de peintures et qui abrite un centre culturel, avant de descendre le long de l’Avenida Florida, LA rue marchande de Buenos Aires. Ensuite, à l’approche du secteur Plaza de Mayo, nous tentons d’esquiver les manifestants, mais les rues sont bondées. La circulation est coupée sur de nombreuses artères et partout les gens rejoignent un cortège, mais tout se fait dans la bonne humeur et en famille, même avec des enfants en bas âge! L’ambiance qui règne sur la place est impressionnante, une scène a été dressée et les rues alentours sont noires de monde; nous ne nous approchons pas trop car je (Nadia) ne suis pas à l’aise avec la foule. Il nous faudra près de 2h pour revenir à pied vers l’hôtel; nous prenons place sur un banc du parc Place du 1er mai et observons la vie des habitants du quartier pendant un moment, profitant du calme après la tempête! Il a fait bien chaud l’après-midi et nous avons marché plus de 15km: nous sommes épuisés! Nous terminons la soirée dans un bar au concept intéressant: pas de service, chacun se sert en boissons et nourritures dans de grands frigidaires et étagères, avant de passer à la caisse et de s’installer comme dans un bar classique, mais pour un prix imbattable!

Le samedi matin, le réveil est un peu difficile: entre la tentative avortée d’aller en Uruguay et le programme compromis de la veille, nous traînons un peu les pieds avant de nous rendre à l’agence de location de vélos. Il est presque midi lorsque nous récupérons les bicycles, ce qui nous permet de négocier un peu le tarif. Munis d’une carte des pistes cyclables de la ville, nous partons à la découverte des quartiers Nord-Ouest: Recoleta, Palermo et même le quartier chinois! Il n’y a pas vraiment de règles de circulations (le casque n’est pas obligatoire), mais les pistes sont plutôt bien balisées et séparées de la route par un petit terre-plein, qui rassure lorsque l’on n’aime pas rouler en ville! Il faut faire attention aux intersections car les Argentins ne sont pas très polis au volant et ne laissent jamais la priorité aux piétons ou aux vélos, mais heureusement, le weekend, la circulation est beaucoup moins dense dans la capitale. Le temps est idéal – il ferait même un peu trop chaud – et nous traçons en direction des parcs qui séparent le quartier Nord de la côté océane. En face du musée des beaux arts, sur la place des Nations Unies, la sculpture géante en forme de fleur, Floralis Genérica, est impressionnante avec ses pétales de 16m de haut! La piste cyclable longe l’Avenida del Libertador, avant de s’arrêter brusquement au niveau d’un passage à niveau. Mais c’est là que nous nous arrêtons: une rue plus loin se trouve le quartier chinois, où les Porteños se pressent le weekend, pour un restaurant asiatique ou pour l’ambiance décontractée des rues bordées de boutiques. Nous trouvons un petit restaurant pour la pause déjeuner, avant de reprendre les vélos pour revenir dans les parcs de Palermo pour l’après-midi. Nous sommes un peu déçus de constater que le Planetarium est fermé, mais nous nous consolons en visitant la jolie roseraie du Parque 3 de Febrero. L’après-midi passe très agréablement, que nous marchions à travers les parcs paysagers, que nous les traversions à vélo, ou que nous nous posions sur un banc pour observer le ballet des Porteños se promenant en rollers, à vélo ou à pied. Nous continuons la balade en nous dirigeant vers Palermo Viejo et la Plaza Serrano, occupée par un petit marché d’art ce samedi. Une pause rafraîchissante dans l’un des nombreux bars du quartier nous donne l’énergie nécessaire pour retourner à Congreso et ramener les vélos avant la fermeture de la boutique de location. Le soir, nous nous rendons dans une Parrilla réputée pour sa simplicité et la qualité de la viande servie. Très bon choix: il n’y a que des locaux et nous passons une excellente soirée! Le petit kilomètre à parcourir pour rentrer à l’hôtel n’est pas de trop pour digérer avant d’aller se coucher.

Le dimanche 26 mars, la ville est beaucoup plus calme que les jours précédents. Nous laissons les sacs à l’hôtel et entreprenons de visiter les secteurs manqués lors des manifestations du 24 mars. Un peu fatigués des efforts de la veille (environ 40km à vélo et presque 10km à pied!), nous commençons par prendre le métro (Subte) pour gagner la Plaza de Mayo. La ligne A est la plus ancienne de la ville (1913) et jusqu’en 2003, les wagons d’origine y circulaient encore. Aujourd’hui, nous profitons de trains climatisés, modernes et très propres, comparés à ce que l’on voit en France. Il faut dire que le réseau Subte reste très limité et n’est pas aussi fréquenté que celui de Paris; les stations sont d’ailleurs toutes petites, mais joliment décorées de carrelages. En 15 min nous sommes sur la place principale de la ville, entourée d’édifices historiques. La Casa Rosada, notamment, siège de la Présidence, ne peut pas se manquer du fait de sa couleur rose, visible de loin. Le centre de la place, en travaux (encore…), accueille en temps normal la Pirámide de Mayo, un obélisque qui commémore l’indépendance de l’Argentine face à l’Espagne. En face, le Cabildo, ancien conseil municipal, abrite aujourd’hui un musée. Nous visitons la très belle Catedral Metropolitana, où nous assistons à un hommage militaire au Général José de San Martín, figure importante dans tout le pays puisqu’il a mené les campagnes pour l’indépendance contre l’Espagne. Son mausolée se situe dans l’église et une flamme éternelle brûle en son honneur sur la façade extérieure. Nous prenons ensuite la direction du Sud, où la rue Defensa, qui descend jusqu’à San Telmo, est rendue piétonne le dimanche pour accueillir un marché d’artisanat et d’antiquaires. Les stands sont très variés, et malgré l’inégalité du sol de la rue pavée, un peu casse-pattes, la promenade est sympathique. Midi approche et nos estomacs commencent à se manifester, aussi, nous marchons jusqu’à Puerto Madero pour prendre un en-cas et nous désaltérer dans un bar. L’air est lourd, le ciel chargé de nuages, et nous avons du mal à nous motiver pour continuer la balade à pied. En milieu d’après-midi, nous entreprenons de nous rendre à la réserve naturelle pour couper un peu de l’atmosphère urbaine. Le parc est bondé de Porteños venus avec leurs enfants, débordant d’énergie, et nous passons un moment assis sur un banc, à les observer jouer. Nous repassons ensuite à l’hôtel pour récupérer les sacs, avant de prendre un bus pour gagner la gare routière à Retiro. Le terminal est gigantesque et il nous faut bien 30 min pour trouver le bon guichet, afin de retirer les billets à destination de Mendoza, achetés un mois auparavant. Mais ici, les entreprises n’impriment pas les tickets achetés en ligne et nous devons tenter notre chance dans un locutorio (genre de cybercafé), où nous nous trompons sur la traduction des prix et payons une fortune en imprimant tous nos tickets de bus en avance! Bon, au moins c’est fait! Nous embarquons à 20h30 dans un véhicule un peu vieillot et moins confortable que les bus chiliens. Nous allons dans l’arrière pays argentin et notre expérience en tant que Porteños s’arrête ce soir: à nous les grands espaces et la nature!

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