Mendoza et ses environs

Arrivés lundi midi à Mendoza, nous ne disposons que de deux jours sur place pour visiter la ville et surtout la région viticole qui l’entoure. En effet, la province est la principale zone de production de vins du pays et compte quelques domaines qui valent le détour, même pour les amateurs de vin Français. Nous débutons notre séjour par une visite à l’office de tourisme, après nous être installés dans une auberge de jeunesse en plein centre-ville. Devant la quantité de sites remarquables que le bureau d’informations nous donne, nous commençons à regretter de ne pas avoir prévu plus de temps dans la région. Nous n’avons pris contact que tardivement avec les domaines viticoles, aussi nous n’avons pas pu obtenir de réservation pour une visite. Mais nous décidons tout de même d’organiser un petit circuit dans quelques caves (bodegas) à Luján de Cuyo, à réaliser le mercredi, lorsque nous aurons une voiture de location. Mais d’abord, nous comptons visiter les si nombreux sites d’intérêt de la ville, et notamment le parc de San Martín, qui semble immense.

Le mardi matin, nous nous équipons donc pour une longue journée de marche à pied. La ville est assez récente et possède peu de cachet, l’ancienne cité historique datant de 1561 ayant été détruite lors du tremblement de terre de 1861. Tout a été reconstruit un peu plus au Sud-Ouest et les ruines des anciens bâtiments constituent une zone appelée aujourd’hui Área Fundacional. Pour autant, il n’est pas désagréable de parcourir les rues animées, surtout en fin de journée, et de savourer une bonne glace à la terrasse d’un café. La ville nouvelle est organisée autour d’une place principale, la Plaza Independencia, et de quatre autres places, plus petites, le tout formant le motif du chiffre 5 d’un dé. L’Avenida Sarmiento est une rue piétonne agréable, bordée de restaurants et bars où quelques fontaines et bacs à fleurs sont ornés de mosaïques sur le thème du vin. Elle relie l’Avenida San Martín, principale artère de la ville, et où se situe notre auberge de jeunesse. Notre itinéraire débute donc un peu au Nord de la Plaza San Martín, qui est malheureusement en travaux. Tant pis, nous continuons vers la Plaza España, magnifique avec ses mosaïques: bancs, pots de fleurs, fontaines, et même le sol sont décorés de multiples petits carreaux colorés. Une grande fresque sur le thème de la colonisation Espagnole en constitue l’oeuvre principale. Plus au Sud, nous visitons le Centro Civico, qui regroupe la mairie, le tribunal, la maison du gouvernement (casa del Gobierno) et un monument rendant hommage au drapeau de l’armée des Andes (Memorial de la Bandera). A la mairie, nous hésitons un peu avant de prendre l’ascenseur qui permet d’atteindre la Terraza Mirador, au 7ème étage. Personne ne semblant réagir au fait que 3 inconnus entrent dans un bâtiment public pour prendre l’ascenseur, nous parvenons sans difficultés au sommet, où une terrasse panoramique permet d’admirer la ville, la vallée et les Andes: superbe!

Nous avons moins de chance avec le Memorial de la Bandera, fermé à notre passage, et dont nous ne pourrons pas comprendre le symbole. Le monument est situé sous une place où est censée brûler une flamme (éteinte en ce moment) et où une fontaine doit sûrement être monumentale lorsqu’elle contient de l’eau… Les seules explications dont nous disposons, inscrites sur deux grands cubes vitrés (probablement illuminés le soir), indiquent que l’armée des Andes (Ejercitos del Andes) a été constituée par le Général de San Martín dans la région de Mendoza, dans le but de mener la guerre d’indépendance du Chili, après ses succès en Argentine. Nous contournons la Casa del Gobierno et le centre de congrès pour atteindre l’Enoteca, un petit musée sur le vin, occupant les locaux de l’ancienne école agronome. Dommage pour nous, les visites en anglais ne sont pas disponibles en semaine… mais la femme de l’accueil nous laisse entrer gratuitement pour parcourir les allées librement. Le bâtiment a été bien rénové et est plutôt joli, bien qu’un peu creux sans les explications… A l’extérieur, des ceps de chaque cépage cultivé dans la région poussent sur des treilles. Nous continuons la balade en traversant un quartier résidentiel assez cosy pour rejoindre l’Avenue Arístides Villanueva. Bordée de bars et restaurants, c’est le rendez-vous des Mendocitos en soirée, mais à midi, la traversée n’est pas franchement intéressante. Lorsque nous atteignons la limite du parc, nous ne sommes pas sûrs de nous: il y a bien une bande de pelouse, mais des routes semblent quadriller le secteur. En fait, le parc de San Martín n’est pas l' »océan de verdure » attendu et dessiné sur la carte touristique en notre possession. Il semblerait même plutôt que les espaces verts ne soient là que pour combler un vide entre deux routes, tellement leur entretien est approximatif. Nous tentons un raccourci en marchant dans les mauvaises herbes jusqu’au lac qui s’étire en longueur sur le côté Est du parc. A cet endroit, en face du Club Mendoza de Regatas, une promenade agréable avec bancs a été aménagée. Nous y faisons un rapide pique-nique avant de repartir en direction de l’Ouest.

Nous voulons monter au sommet du Cerro de la Gloria, colline à ne pas manquer, sur laquelle se trouve un monument en l’honneur de l’armée des Andes. Mais le « parc » est gigantesque et surtout les routes qui le traversent sont très passantes et les Argentins assez dangereux au volant! Le trajet est fort désagréable et nous commençons à trouver le temps long, alors que nous longeons les infrastructures sportives de la ville, en travaux et entourées de grillages peu avenants. Le zoo a été fermé et nous avons du mal à trouver le sentier piéton qui monte au Cerro. Découragés, assoifés et accablés par le temps lourd, nous décidons de gravir une petite colline juste à côté du Cerro de la Gloria. De là-haut, le chemin d’accès est facilement visible et nous sommes contents de ne pas l’avoir trouvé car il a l’air assez long! Le Teatro Griego Frank Romero Day, où se déroule habituellement un spectacle pour les festivités de la Vendimia, la fête des vendanges, début mars, est aussi visible depuis notre promontoire. En revanche, nous ne pouvons pas apercevoir, à travers les arbres qui recouvrent le sommet du Cerro de la Gloria, la statue de bronze de 14 tonnes inaugurée en 1914 en hommage aux soldats de l’indépendance. Nous redescendons en direction du centre-ville et traversons une zone entourée de barbelés, identifiée comme faisant partie du parc sur notre carte. Décidément, cet espace soi-disant vert n’est pas pour nous. Les statues et le grand portail forgé à l’entrée du parc ne nous ferons pas changer d’avis: cela ne nous a pas plu! Nous nous consolons avec une bonne glace sur l’avenue Sarmiento, chez un chocolatier où nous commençons à prendre nos habitudes! Nous parvenons ensuite à nous motiver pour repartir de l’autre côté de la ville, vers le musée de l’Área Fundacional, où nous espérons trouver un vrai parc et des explications sur l’histoire de Mendoza. Mais non, toujours pas de chance: l’espace vert consiste en un grand trottoir herbeux et toute la zone est en travaux: impossible de visiter! Nous rentrons bredouilles à l’auberge de jeunesse, déçus que l’office de tourisme n’ait mentionné aucun des travaux de rénovation en cours, nous évitant ainsi de parcourir des kilomètres inutilement.

Le lendemain, nous ne sommes pas découragés pour autant, bien au contraire: nous plaçons beaucoup d’espoirs dans cette journée au programme chargé. Le matin, nous partons récupérer la voiture de location très tôt, car nous planifions de monter jusqu’à la frontière avec le Chili. Ensuite, nous devrions redescendre à Mendoza en début d’après-midi et visiter quelques domaines viticoles. Ayant réalisé les formalités auprès de l’agence de location la veille, nous pouvons quitter la ville assez tôt et nous engager sur la Ruta 7, qui descend vers le Sud avant de bifurquer vers l’Ouest et la frontière argentino-chilienne. Il pleut et le ciel est très gris; autour de nous, les paysages sont surprenants. En effet, la région est plutôt aride et l’eau qui coule dans les rues et les fontaines de Mendoza est acheminée par un système d’irrigation déjà utilisé par les Incas avant l’arrivée des Espagnols. Ce système permet notamment de cultiver des vignes dans une région quasi-désertique, c’est pourquoi nous sommes un peu déboussolés par le paysage! Dans nos esprits, les vignes sont associées à un environnement assez verdoyant, bucolique et vallonné (nous avons en tête la route des vins d’Alsace, pas moins!), mais ici, le raisin pousse sur un sol plat et rocailleux. La végétation alentours est constituée de buissons secs et épineux, caractéristiques des prairies arides, et les industries de la ville de Mendoza et de sa banlieue, et leurs rejets de fumée dense, ne peuvent pas se cacher derrière une colline. Mais heureusement, au fur et à mesure que nous approchons des Andes, la vallée se fait moins peuplée et plus verdoyante: le Río Mendoza a creusé ici des canyons et s’écoule avec force grâce aux récentes averses. A Potrerillos, son flot marron , chargé d’alluvions, se mêle dans un magnifique dégradé avec le bleu turquoise du lac. La route passe par la localité d’Uspallata, entourée de montagnes aux roches colorées, avant de continuer vers la station de ski de Los Penitentes, où les quelques remonte-pentes paraissent incongrus dans un paysage aussi isolé. Les paysages rappellent tellement l’Himalaya qu’une partie du film Sept ans au Tibet aurait été tournée ici!

Nous arrivons à notre première halte vers les 11h: le pont de l’Inca (Puente del Inca), situé à 2270m d’altitude, est une formation rocheuse naturelle qui attire les touristes venus en minibus depuis Mendoza. Nous nous joignons aux quelques lève-tôt qui admirent cette curiosité géologique, formée par les dépôts de minéraux d’une source chaude chargée de souffre. Le cadre est splendide: au milieu des montagnes, l’ocre du pont est rehaussé par la couleur brique de l’établissement thermal en ruines, abandonné après que l’on ait constaté que la dérivation des eaux pour l’usage des thermes fragilisait le site. Nous reprenons notre route en direction de la frontière avec le Chili et bifurquons sur un chemin de graviers, quelques kilomètres avant le tunnel qui remplace la route en lacets que nous empruntons et qui mène au col et à l’ancien poste frontière. Autour de nous, les sommets font plus de 4000m d’altitude, et un peu plus loin, au delà de notre champ de vision, se dresse l’Aconcagua. Plus haut sommet d’Amérique du Sud, avec ses 6962m, il appartient au Parque Provincial Aconcagua. A mesure que nous prenons de l’altitude, la température chute et le vent se lève. Lorsque nous atteignons le col, à quelques 3000m d’altitudes, il fait 0°C et le vent est glacial. La sensation de se retrouver à cheval sur une frontière au sommet d’une montagne est grisante et nous fêtons cela avec un chocolat chaud et des sopaipillas (tortillas de farine de blé frite), côté chilien, avant d’admirer la vue sur la vallée côté argentin! Une statue de Cristo Redentor, symbole de paix érigé en 1904, domine le site, tandis que les nuages filent à vive allure, poussés par les rafales de vent.

Nous redescendons en direction des vignobles, en prenant le temps de faire quelques clichés, pour atteindre Luján de Cuyo, à 20km au Sud de Mendoza en milieu d’après-midi. Nous tentons de trouver une place dans une visite guidée de la cave Norton, domaine important de la région, mais pas de chance: un bus privé a réservé l’horaire de 16h30 et nous arrivons trop tard pour le tour de 15h. Après, il n’y a plus rien: assez bizarrement, alors que les commerces ouvrent tardivement dans la région, nous n’avons trouvé aucune cave qui accepte les visiteurs après 17h! Nous parvenons tout de même à entrer dans la boutique et à obtenir une dégustation de quelques vins. N’étant pas spécialistes des crus argentins, Thibaut et Franck ont un peu de mal à se décider sur les bouteilles à goûter. Le cépage phare de l’Argentine est le Malbec, qui donne des vins assez tanniques, notamment avec les méthodes de production et d’élevage utilisées par les grands producteurs comme Norton. La majorité de la production argentine étant destinée au marché local, les Bodegas ont privilégié la constance dans leur production et ne proposent pas aujourd’hui de vins de garde comme on en trouve en France. Des vins et les vignes assez jeunes, cela n’est pas vraiment dans les goûts des garçons*, et nous repartons les mains vides et les verres encore pleins, en direction d’une autre Bodega réputée: Catena Zapata. Le domaine est magnifique, mais à l’entrée, le gardien nous indique gentiment qu’il n’est pas possible de visiter sans réservation. Le prochain créneau disponible est en avril! Nous avons tout de même le droit de faire quelques photos avant de repartir en direction de Maípu, un village accolé à Mendoza. Là, nous espérons que la Casa de Visitante du grand groupe Familia Zuccardi pourra nous accueillir. Mais non: ici aussi tout ferme à 17h! Tant pis, nous aurons tout de même vu les vignobles et constaté (avec fierté et un tout petit peu de chauvinisme) que nous préférons l’ambiance bucolique de la route des vins de France! Nous terminons la soirée dans une parrilla du centre-ville, où nous sommes déçus par la qualité de la viande et du service… Difficile, aussi, d’apprécier un restaurant moyen après avoir goûté à la meilleure parrilla de Buenos Aires! Entre l’émerveillement des Andes le matin et les quelques déceptions viticoles de l’après-midi, nous pouvons conclure que la région de Mendoza nous laissera un goût mi-figue.. mi-raisin!

*N’étant absolument pas spécialiste du vin, je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je vous invite à lire cet article très intéressant de Guénaël Revel, auteur spécialisé, sur le vignoble argentin. Pour information, Thibaut et Franck ont goûté le Norton – Lote 112 – Malbec 2012 – La Colonia, cité dans son article.

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