Córdoba, entre nature et culture

Le lundi, nous fuyons la grisaille de la ville à bord d’une voiture de location: direction le Parque Nacional Quebrada del Condorito, un canyon où il est possible d’observer des condors de plus près que dans les Andes. Récupérer la voiture est déjà une expédition en soi, puisqu’il faut prendre un taxi jusqu’à l’aéroport, où se trouve la plupart des agences. Franck au volant, nous prenons ensuite la route vers la petite bourgade de Villa Carlos Paz, après laquelle débute la Ruta de Altas Cumbres (route des hauts sommets). La police est très présente sur le trajet et nous nous faisons arrêter à plusieurs reprises pour des contrôles. Passés les premiers villages, la route monte en lacets depuis la plaine et rapidement, nous traversons la chape de nuages qui obscurcissait le ciel. Il fait bon se retrouver au soleil et au milieu de la nature! Après presque 2h de trajet, un panneau à la sortie d’un virage indique l’entrée du parc. Un chemin caillouteux nous conduit à la cabane des gardes du parc, où nous obtenons une carte et des informations. Selon eux, la randonnée aller-retour jusqu’au canyon dure environ 6h! Nous n’avions pas prévu cela: il est midi et nous n’avons rien mangé depuis le matin, pensant que la balade ne durerait que 2h. Faire demi-tour pour se ravitailler nous prendrait trop de temps, aussi nous décidons de tenter quand même la marche, en espérant que les temps indiqués dans notre guide sont plus proches de la réalité.

La randonnée s’avère en fait assez facile: étant au sommet d’une montagne, nous n’avons pas vraiment à grimper et il suffit de suivre les légers changements de relief du paysage. Le ciel est bleu et le soleil cogne assez fort, il fait vite chaud, mais cela nous fait du bien après la grisaille des derniers jours. Nous longeons une rivière dans un paysage verdoyant, tandis que quelques condors font leur apparition au-dessus de nos têtes. Il est effectivement plus facile de les voir ici et de reconnaître la collerette blanche autour du cou qui les caractérise. Nous avalons les 6 kilomètres jusqu’au canyon en un peu plus d’une heure. Malgré les nuages qui s’amassent entre les parois, nous décidons de descendre jusqu’au point de vue, censé nous permettre de voir les oiseaux au plus près. Le canyon, avec ses 800m de haut, est en effet un lieu de reproduction pour ces oiseaux volants parmi les plus grands du monde (jusqu’à 3m d’envergure) qui nichent sur les parois abruptes. Les petits, lorsqu’ils auront plusieurs mois, s’élanceront depuis ces murs naturels pour leur premier vol. Malheureusement, nous ne verrons pas ce beau spectacle, la vue étant totalement bouchée par d’épais nuages, poussés par le vent. Nous restons quelques instants, à écouter le bruit des cascades qui s’écoulent le long des falaises, et tentant d’apercevoir le vol majestueux d’un condor en contrebas, mais c’est peine perdue. Le retour est un peu plus long, puisqu’il faut remonter du point de vue, mais reste très agréable dès que l’on regagne la zone ensoleillée. Le vent se lève doucement et les nuages commencent à s’élever alors nous retournons au parking: finalement, nous avons eu de la chance de pouvoir randonner sous un beau ciel bleu!

Nous reprenons la Ruta de Altas Cumbres pour descendre de l’autre côté de la montagne, jusqu’au village de Mina Clavero. Les vues sur les vallées en contrebas sont à couper le souffle. Les reliefs montagneux de basse altitude qui entourent la ville de Córdoba sont nommées Sierras. De nombreuses rivières s’écoulent de ces reliefs jusque dans les vallées, où se trouvent de jolis villages qui se transforment en véritables stations balnéaires l’été. Mina Clavero est réputée pour son cadre verdoyant et ses bassins naturels tout au long du rivage, où il fait bon se rafraîchir. Lorsque nous atteignons la petite ville, cependant, nous n’avons pas le cœur à nous baigner! Non seulement il fait trop frais, mais surtout nous mourrons de faim. Nous avons marché vite, mais le trajet en voiture par la route sinueuse était assez long et il est déjà 16h. La ville est déserte, même l’avenue principale, bordée de bars et restaurants, que l’on imagine bondés en haute saison, est complètement vide. Nous approchons les quelques commerces qui semblent ouverts: ceux-ci n’ont rien à servir à manger. Un peu désespérés, nous trouvons finalement de quoi reprendre des forces dans une chocolaterie artisanale: après tout, c’est l’heure du goûter! Les propriétaires sont en train de préparer la saison de Pâques et nous nous laissons tenter par le chocolat aux saveurs locales: dulce de leche, noix, cacahuètes… tout est bon! Tout de même un peu déçus par l’ambiance de ville fantôme qui règne ici, nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour. Il semble avoir plu toute la journée à Córdoba, et les berges du Río Suquía sont inondées par endroit. Nous sommes épuisés lorsque nous rentrons à l’auberge, après avoir rendu la voiture de location. C’est notre dernière nuit dans ce logement miteux, nous dormirons mieux les prochains jours!

Le lendemain, pour notre dernier jour dans la région, nous avons prévu de visiter le quartier Jésuite du centre historique. Nous gagnons donc le point de rendez-vous de la visite guidée en anglais, au niveau du collège Jésuite, pour nous enregistrer. Là, nous sommes chaleureusement accueillis, et comme nous sommes les seuls inscrits, la visite pourra se faire en français! La guide, Guadalupe, parle un français impeccable et sa passion pour les lieux rend le circuit très intéressant. L’ordre Jésuite, fondé en Europe au XVIè siècle, est à l’origine des missions évangéliques censées éduquer les peuples du Nouveau Monde. Les missions de Córdoba ainsi que celles du Nord-Est de l’Argentine ont fortement influencé le développement économique et culturel de ces régions. Córdoba, alors capitale de la province jésuitique du « Paraguay » (cette région incluait des territoires de l’Argentine, du Brésil, de la Bolivie, de l’Uruguay et du Chili)est devenu un centre culturel et universitaire important grâce à l’ordre. Les jeunes Jésuites étaient formés dans une chapelle domestique et ensuite envoyés dans les missions du « Paraguay » pour répandre la pensée. Le complexe de Córdoba était autosuffisant, s’appuyant sur des Estancias, situées à quelques kilomètres, pour ses besoins logistiques et financiers. Aujourd’hui, certaines d’entre elles sont classées, avec la manzana de Córdoba, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous visitons avec notre guide une grande partie de ce quartier jésuite: l’église du XVIIè siècle, la bibliothèque, le hall de soutenance de l’université. Nous apprenons notamment que les Jésuites ont été chassés d’Amérique du Sud par les gouvernements à la fin du XVIIIè siècle, car leur influence dérangeait, mais aussi qu’il y a eu une rupture avec l’église catholique à cette période. Les choses se sont arrangées, depuis lors, puisque le Pape actuel est Jésuite! La bibliothèque est particulièrement impressionnante: de nombreux ouvrages anciens et volumineux, en toutes langues, sont alignés sur des étagères (sous verre). Nous passons presque 2h avec notre guide, avec laquelle nous discutons de culture, de politique et du rôle de l’université (et plus généralement de l’enseignement) vis-à-vis des populations: une rencontre vraiment enrichissante! A la fin de cet échange, nous nous rendons à la chapelle domestique, qu’il nous a été conseillé de visiter pour se rendre compte de l’architecture d’origine. En effet, l’église que nous avons vue lors du tour guidé a été dépouillée d’une grande partie de ses ornements suite à l’expulsion des Jésuites en 1767. Elle a ensuite été restaurée au XXè siècle, mais comporte de ce fait de nombreux éléments qui ne sont pas d’origine. La chapelle, en revanche, a conservé son architecture originelle: l’autel en bois, monumental, est la pièce maîtresse de la pièce, dont les murs blancs le mettent en valeur. Le plafond, également en bois, est en arc de cercle et richement décoré. Tous ces éléments ont été réalisés dans les missions du Nord-Est, par les Guaranis, qui avaient alors créé un art particulier à la région, avant d’être acheminés en pièce détachées par bateau. Le résultat est impressionnant quand on sait que plus de 1000km séparaient les missions et que seules les mesures étaient effectuées à Córdoba! Après cette demi-journée culturelle, il est temps pour nous de prendre le bus. Un long trajet nous attend pour nous rendre, justement, au pays Guarani: nous allons voir les chutes d’Iguazu!

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