Journée de rêve sur le Rio Preguiças

Nous quittons São Luis mardi 2 mai en début de journée. Nous avons dû marcher jusqu’à la gare routière du centre-ville pour attraper un bus en direction du terminal Rodoviário, construit à l’extérieur de la ville et de là, nous sommes montés dans un autre bus pour la petite commune de Barreirinhas, située à quelques 250km plus à l’Est, toujours dans le Maranhão. Et nous voilà partis pour 5h de trajet, ponctués de nombreux arrêts dans l’arrière pays, les passagers montant et descendant un peu au milieu de nulle part. Nous avons du mal à rester éveillés et nous ne voyons même pas passer les heures! Arrivés à Barreirinhas en milieu d’après-midi, nous sommes accueillis dès la descente du véhicule par des rabatteurs tentant de nous vendre leurs pousadas ou circuits touristiques. Il faut dire que nous sommes dans la dernière ville avant le parc naturel Lençóis Maranhenses et le tourisme en est la source de revenu principal. Indécis, nous finissons par suivre Jonathan, un gérant d’agence qui nous propose un logement à un bon rapport qualité-prix pour la nuit. Evidemment, nous devons refuser à maintes reprises ses tentatives pour nous vendre un circuit, mais l’avantage c’est que nous n’avons pas à chercher pour réserver un bateau. En effet, nous souhaitons nous rendre le lendemain dans un petit village, à l’embouchure du fleuve, et l’un des moyens les plus agréables est de prendre part à une « croisière ». Le rendez-vous est donc pris et nous profitons des dernières heures de la journée pour faire quelques provisions et un tour rapide de la petite ville. Une promenade agréable est aménagée le long du fleuve, où les bateaux d’un côté, les bars de l’autre, attendent les visiteurs. Nous rentrons juste avant une grosse averse et passons la soirée seuls dans la pousada: apparemment c’est encore la basse saison par ici.

Le mercredi matin, nous nous levons tôt pour prendre le petit-déjeuner, avant d’être récupérés par un 4×4 qui nous achemine jusqu’au bord du fleuve. Il n’y a pas beaucoup de chemin et nous aurions pu le faire à pied, mais tous les participants aux circuits organisés sont ainsi récupérés à leur logement, probablement pour éviter de se rendre compte que toutes les agences mènent au même bateau! Nous patientons jusqu’à 9h avant de pouvoir embarquer, avec quelques Brésiliens, à bord d’un petit bateau à moteur. Notre pilote fonce alors pour récupérer les derniers passagers, dans une pousada au bord de l’eau, avant de foncer dans l’autre sens pour régler des affaires de change à la station service pour bateaux. Nous sommes surpris par la vitesse de l’embarcation: les paysages défilent à toute allure et nous sommes bien décoiffés! Mais le petit vent est agréable car le soleil tape déjà assez fort et cela ne nous empêche pas de profiter de la beauté de la nature environnante. En bordure de fleuve, la végétation est dense et nous découvrons de nombreuses variétés de palmiers: outre les bien connus cocotiers et bananiers, le pilote nous montre des carnaúba (dont la cire est utilisée en cosmétique ou même dans l’agroalimentaire) et des açaï, dont nous avons consommé le fruit sous forme de crème glacée à Rio. Nous fonçons à une vitesse grisante sur le Rio Preguiças, avant de ralentir régulièrement, pour laisser passer un bateau, éviter des pêcheurs ou encore approcher la végétation. Lorsque nous arrivons à Vassoura, la surprise est de taille: jusqu’à présent, les eaux foncées du fleuve étaient bordées de verdure, mais une grande dune de sable blanc, semblant sortir de nulle part, se dresse maintenant devant nous. C’est comme si le désert avait traversé la forêt pour atteindre le rivage.

Nous nous arrêtons pour faire une pause dans un petit commerce, avec toit en chaume et hamacs suspendus, servant des rafraîchissements. Des petits singes accueillent les voyageurs à la descente du bateau. A l’arrière de la cabane se dressent de grandes dunes sur lesquelles nous nous empressons de grimper, pour découvrir nos premières lagunes. C’est ce qui fait tout l’attrait de cette région et notamment du proche parc Lençóis Maranhenses: en saison des pluies, les creux entre les dunes se remplissent d’eau, créant des lagunes. Le bleu cristallin contrastant avec le sable blanc donne de magnifiques paysages. La première étendue d’eau que nous rencontrons, proche du fleuve, est constamment alimentée et la végétation s’y est un peu développé, elle n’est donc pas vraiment limpide. Mais en marchant un peu plus loin, nous découvrons, au milieu d’immenses étendues de sable, de belles lagunes turquoise. Vue la faible profondeur, l’eau est à température idéale: difficile de résister à la tentation de se baigner! Nous n’avons que 30min pour profiter du paysage exceptionnel et du temps magnifique, mais tous les passagers du bateau étant au même endroit, nous pourrons grappiller un peu de temps supplémentaire pour vraiment savourer ce moment. Nous repartons en fin de matinée pour un court trajet vers Mandacaru, un minuscule village dont l’intérêt principal est son phare. Comme tous les touristes, nous montons au sommet du monument pour admirer la splendide vue alentours. Nous nous rendons alors compte que toute la zone est très marécageuse et que la saison des pluies ne doit pas être facile à vivre par ici. En redescendant, nous re-croisons un couple de Français, rencontrés la veille dans le bus pour Barreirinhas: eux aussi sont en tour du monde et apparemment nous avons le même programme pour les prochains jours! Comme nous ne sommes pas dans le même bateau, il nous faut les quitter pour continuer la balade.

Le pilote nous dépose sur l’autre rive pour le déjeuner, à Caburé, où de petits restaurants au toit de chaume attendent sans stress les passagers. Tout est arrangé entre les tours organisés et ces affaires familiales et nous n’aimons pas trop le fait de ne pas avoir le choix (pas de concurrence = pas de prix compétitif), mais cela fait marcher l’économie locale, alors… pourquoi pas? Nous passons commande, avant de nous rendre sur la plage le temps de la préparation du repas. A cet endroit, une fine bande de sable sépare le fleuve des eaux agitées de l’océan. Quelques restaurants familiaux, tous proposant les mêmes plats et tous attendant un bateau, sont alignés côté Rio Preguiças. De l’autre côté, l’océan se déchaîne en gros rouleaux venant s’écraser sur la plage, créant un contraste saisissant avec les eaux calmes du fleuve. Ayant encore en tête la dangerosité des plages Cariocas, nous n’osons pas trop nous baigner; de plus le soleil est maintenant au zénith et la chaleur est accablante. Nous préférons attendre notre repas à l’ombre et celui-ci ne tarde pas à arriver! Il s’agit d’un plat de poisson, accompagné du traditionnel riz, haricots noirs et farofa (farine de manioc revenue), ainsi que d’une vinaigrette qui ressemble en fait plus à du rougail. C’est excellent et très copieux! De quoi nous donner envie de faire une petite sieste dans les hamacs, accrochés juste à côté, bercés par la douce brise océane. Qu’il est bon de se détendre et de profiter d’un beau ciel bleu après les intempéries des derniers jours!

En début d’après-midi, vient l’heure pour nous de quitter le groupe: nous ne continuons pas le circuit (qui est en réalité terminé et dont il ne reste que le retour à Barreirinhas), notre pilote-guide nous dépose un peu plus loin, à Atins. Autrefois minuscule village de pêcheur, ce hameau s’est développé il y a quelques années lorsque son potentiel pour la pratique du kitesurf a été dévoilé. Les adeptes viennent du monde entier en saison pour profiter du vent fort et des conditions spécifiques qui règnent ici. Nous débarquons sur une petite plage et peinons à marcher sur le sable et sous le soleil de plomb pour rejoindre les premières habitations. Les ruelles, en terre battue et sable, sont bordées d’un nombre étonnant de pousadas, mais la plupart semblent fermées. Nous consultons les tarifs de quelques établissements ouverts: beaucoup trop cher pour nous! Nous étions pourtant sûrs de pouvoir négocier les prix, étant en basse saison, mais les gérants préfèrent un logement vide plutôt que de s’embêter avec 2 clients sans le sous! La traversée du village est un calvaire, la chaleur est insoutenable et nos sacs à dos nous pèsent. De plus, les pluies récentes ont laissé de grandes mares au milieu du chemin, qu’il faut traverser en espérant ne pas s’enfoncer de trop. Nous tentons un coup de poker en frappant à la porte d’une pousada semblant bien trop chère pour nous, mais c’est gagné: la personne à la réception accepte de baisser le prix et nous montre la chambre, qui est en fait un chalé (bungalow). Celui-ci est construit en dur, avec un toit bien solide (important dans une région pluvieuse!) et situé au calme, au fond d’un beau jardin tropical fleuri. C’est presque trop luxueux pour nous! Une jolie terrasse avec hamac et vue sur l’océan, au loin, délimite la partie avant du bungalow. Bien qu’une grande moustiquaire au dessus du lit vienne nous rappeler que nous sommes dans une zone marécageuse, nous sentons que nous allons vraiment apprécier ce lieu! Nous mesurons notre chance, le soir, lorsqu’un violent orage se déclenche. Nous qui avions prévu de camper, nous avons bien fait de changer d’avis pour un vrai toit! La journée a été longue, mais magnifique pour arriver jusque-là et nous avons hâte de découvrir le parc naturel des Lençóis!

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