Belém, porte d’entrée sur l’Amazone

Nous avons pris un bus de nuit pour effectuer le trajet entre São Luis et Belém et arriver le matin du 8 mai à la gare routière. Nous n’avons pas beaucoup dormi à cause de la climatisation trop forte et à la sortie du bus nous sommes contents de constater qu’il fait bien chaud. Un peu trop même: il n’est que 8h et déjà l’air, chargé d’humidité, est étouffant. Toujours en compagnie de Jennipher et Cédric, le couple de Français (Martiniquais) rencontrés à Atins, nous prenons les transports en commun pour gagner le centre et nos hôtels respectifs, en espérant pouvoir faire un check-in anticipé. L’animation s’éveille doucement dans les rues que nous traversons à pied à l’approche de notre logement. Celui-ci, situé dans une maison coloniale pleine de charme, dans le centre historique, ne pourra malheureusement pas nous laisser prendre la chambre avant l’après-midi. Il faudra patienter pour la douche! Nous profitons tout de même du petit-déjeuner dans le restaurant du rez-de-chaussée et pouvons laisser nos sacs le temps de se balader aux alentours. Nous retrouvons Jennipher et Cédric au marché ver-o-peso, situé en bord de fleuve. Les allées sont organisées selon le type de marchandise: biens manufacturés, poissons séchés, fruits et légumes, noix et farines, etc. Une halle couverte, de l’autre côte de la rue, accueille les stands de viandes et poissons frais. Nous découvrons toutes sortes de fruits inconnus – ou jusqu’alors ignorés (graviola ou corossol, sapotier, mangoustan, bacuri*, etc.). Franck s’aventure à goûter de l’açaï « pur » (comme c’est très amer, il faut en fait rajouter une bonne portion de sucre). En effet, ce fruit, issu d’un palmier de la région du Pará, est réputé se conserver difficilement. Il est donc souvent mélangé à du sucre, de la banane (pour le goût) et des substances industrielles (pour la conservation), avant d’être congelé et vendu sous forme de sorbet. Mais au marché de Belém, les baies sont toutes fraîches et nous assistons même à l’extraction artisanale du jus. Nous n’allons pas jusqu’à manger la spécialité locale, le poisson frit accompagné d’açaï, mais nous goûtons à beaucoup d’autres fruits que les commerçants nous font découvrir avec plaisir.

Nous partons ensuite acheter nos tickets pour une croisière sur l’Amazone. Nous avons en effet pour projet de remonter le fleuve sur un bateau local jusqu’à Manaus, grande ville industrielle au cœur de la forêt. Nous hésitons entre le confort très sommaire d’une camarote (petite cabine avec lits superposés) et le folklore des hamacs suspendus sur le pont. La première option nous permettrait de garder nos sacs en sécurité pendant les 5 jours de navigation, mais le prix est élevé. L’option hamacs nous fait envie pour le côté authentique et le prix attractif, mais nous ne savons pas dans quelles conditions nous allons voyager (promiscuité, bruit). L’avantage d’être à 4 c’est que nous avons plus de choix et nous en profitons pour prendre les 2 options et nous partager les coûts: nous alternerons entre la cabine et les hamacs et nous pourrons garder les sacs en sécurité. L’embarquement doit se faire mercredi en fin d’après-midi, pour un départ à 18h. La chaleur devenant insupportable à mesure que la journée avance, nous nous séparons de nos nouveaux amis pour prendre possession de notre chambre d’hôtel. Après une bonne douche, nous sommes rattrapés par le sommeil et nous ne nous réveillons qu’à 18h, à l’appel de nos estomacs. Saison des pluies oblige, un gros orage s’est déclenché et il nous faut attendre un moment avant de pouvoir sortir manger au marché. Le quartier n’est pas très fréquentable le soir; nous ne nous attardons pas dans les rues sombres et rentrons directement après un dîner des plus rapides. Malgré la sieste d’après-midi, il ne nous faut pas longtemps pour sombrer à nouveau dans le sommeil.

Mardi matin, nous entreprenons la visite des monuments qui constituent le centre historique de Belém. Capitale de l’Etat du Pará, la ville a été fondée en 1616 par les Portugais, sur l’Amazone, à quelques kilomètres de la côte et s’est développée grâce au commerce des ressources de la forêt (caoutchouc, cacao, fourrures…). Les bâtiments coloniaux du centre historique témoignent de l’âge d’or de la ville, au XIXè siècle, mais leur décrépitude indique également des années plus difficiles suite au déclin de la production de caoutchouc. Nous commençons par entrer dans la Catédral da Sé, une grande et belle église immaculée située juste en face de notre hôtel. L’intérieur est décoré avec plus de sobriété que ce que nous avons pu voir à Rio et le plafond, très haut, donne le vertige. Nous visitons ensuite un musée situé dans la toute première église de Belém et dont les sculptures en bois d’origine défient le temps et l’atmosphère extrêmement humide qui règne ici. L’ancien palais épiscopal, accolé, constitue la deuxième partie du musée et semble avoir été récemment rénové et transformé en centre culturel. Nous continuons ensuite notre balade par le fort, situé à quelques pas de là. Construit en 1616, il servait à protéger le port contre les incursions françaises et hollandaises en amont du fleuve. La chaleur est déjà insoutenable, bien que la matinée ne soit pas terminée, et nous clôturons notre balade par le beau musée de l’Etat du Pará, ancienne résidence des gouverneurs, avant de rentrer à l’hôtel.

Dans l’après-midi, nous retrouvons Jennipher et Cédric dans une rue commerçante pour acheter ensemble nos hamacs et bénéficier ainsi d’un bon prix. Il pleut averse lorsque nous sortons, cela devient une habitude! Le phénomène est en fait assez ponctuel: vers 16h, tous les jours, de gros nuages s’accumulent avant d’éclater en orage au-dessus de nos têtes, il suffit de le savoir… Nous rejoignons la Estação das Docas, un centre culturel créé dans d’anciens entrepôts. Le lieu abrite un petit musée, des restaurants et surtout un glacier réputé qui proposer un nombre incroyable de parfums différents! C’est l’occasion de goûter de nouvelles saveurs amazoniennes. Nous passons la soirée à l’abri du centre, avant de dîner dans un restaurant au kilo, sur la mezzanine. Une fête de famille a lieu et nous sommes entourés de gens en habits de soirée et d’enfants qui courent partout. Une scène mobile, en hauteur, accueille un groupe de musicien, l’ambiance est vraiment sympathique et la soirée passe vite! Il faut ensuite retraverser la zone mal famée du marché pour rentrer à l’hôtel, étrange contraste avec le centre culturel juste à côté.

Le lendemain, c’est le jour du départ! Nous profitons d’une bonne grasse matinée avant de nous rendre au marché pour faire le plein de fruits: il n’y aura pas vraiment de produits frais sur le bateau. Nous achetons également des noix du Brésil, appelées ici « noix du Pará » et dont la coque est en fait assez difficile à enlever: armés de leur grand couteau, les marchands ont le coup de main, mais cela prend du temps. Nous comprenons pourquoi le prix est assez élevé! Nous prenons ensuite la direction du lieu d’embarquement et traversons à pied un quartier vraiment louche, jonché de déchets. Une averse et 5km plus tard, nous parvenons à ce qui nous semble d’abord être un terrain vague, mais qui s’avère être effectivement notre point de départ. Le bateau amarré au quai est en revanche plus petit que ce à quoi nous nous attendions: 230 places au lieu des 700 annoncées. Il est 15h (nous sommes bien en avance) et déjà le pont est envahi de hamacs! Les personnes habituées savent qu’il faut venir assez tôt pour avoir les meilleures places: loin des moteurs et des toilettes! Malheureusement nous n’avons avec nous que le ticket cabine, Jennipher et Cédric n’étant pas encore arrivés, et nous ne pouvons pas bloquer un emplacement. Les conditions sur le bateau semblent correspondre au pire scénario auquel nous nous étions préparés: il y a beaucoup de monde, peu de toilettes, le pont supérieur n’est pas couvert (et il pleut)… Et par dessus tout cela, une cargaison odorante d’oignons – au moins 15 tonnes! – est en cours de chargement!

Nous prenons possession de notre cabine en attendant l’arrivée de nos amis: 4m², juste de quoi faire rentrer nos quatre sacs, deux lits superposés et une forte odeur de renfermé. Lorsque Jennipher et Cédric arrivent, nous avons l’impression qu’il n’y a plus une place disponible. En fait si: les hamacs doivent être accrochés à des barres au plafond, disposés en quinconce et plus ou moins collés les uns aux autres. Au sol, les voyageurs ont entreposé leurs bagages, glacières et autres paquets, rendant difficile la circulation. Nous trouvons deux places côte à côte, puis montons prendre l’air sur le pont supérieur. Les sirènes graves du bateau sonnent le départ à l’heure prévue, en même temps que le repas est servi dans la cale. La cuisine est en effet située juste à côté du moteur et le bruit est assourdissant; pourtant, certaines personnes restent manger juste à côté! Nous passons à côté des rangées d’oignons, munis de nos barquettes de repas, pour remonter manger sur le pont supérieur: au moins le repas est bon. C’est un peu dur moralement (surtout pour Nadia…) mais nous n’avons pas le choix: c’est parti pour 5 jours de croisière!

*Plus d’informations sur les fruits d’Amazonie par ici.

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