Croisière sur l’Amazone

La première nuit sur le bateau s’est finalement bien passée: Franck et moi avons dormi dans les hamacs, Jennipher et Cédric dans la camarote. Il ne faut pas se mentir, il y a bien de la promiscuité et nous avons dormi littéralement contre nos voisins. Mais l’épaisseur de la toile de hamac constitue une bonne barrière psychologique et une fois la bonne position trouvée (observer les locaux est très utile pour comprendre comment s’allonger dans un hamac!), le sommeil vient tout seul. Vers 7h, le cuisinier passe annoncer le petit-déjeuner à l’aide d’une clochette: pour 5 réais, le plateau est plutôt complet: café, sandwich jambon-fromage, maïs au lait (c’est comme du riz au lait… mais avec du maïs!), gâteau de semoule et tranche de pastèque. Nous montons sur le pont supérieur pour déguster notre petit-déjeuner et profiter de la chaleur croissante du soleil levant. En fin de compte, ce n’est pas si terrible. Même les toilettes-douches nous paraissent plutôt propres! Ce n’est évidemment pas le confort et l’hygiène à l’européenne, mais ce n’est pas le pire que nous ayons vu pendant le voyage. Notre première journée est très productive: jeux de société et discussions animées! Nous investissons une table sur le pont supérieur, près du bar et y passons une grande partie de notre temps, qui s’écoule, il faut le dire, assez lentement… Au bar, il n’y a quasiment que des hommes, occupés à descendre des bouteilles de cachaça dès le petit matin. Les femmes et enfants restent pour la plupart sur le pont inférieur, au niveau des hamacs, et nous nous demandons comment il est possible de rester au même endroit toute la journée. Pour ce premier jour de croisière, le soleil se cache derrière d’épais nuages gris et il fait frais à l’heure de se coucher. Nous alternerons entre la cabine et les hamacs au cours du voyage, appréciant aussi bien de pouvoir dormir complètement à l’horizontal sur les couchettes que l’air frais reçu en dormant suspendu.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas tout à fait. Bien sûr, il y a toujours le même petit-déjeuner et quasiment la même chose à tous les repas: riz, haricots, spaghettis (oui, oui, avec le riz!) et poulet ou viande. Bien sûr, nous voyons toujours les mêmes têtes sur le pont supérieur, buvant bière et cachaça au son de la musique trop forte du bar. Et bien sûr, notre environnement direct est assez restreint: de la cale au pont supérieur, nous avons vite fait d’explorer tous les recoins du bateau! Mais contrairement à ce que nous pensions, les paysages sont extrêmement variés et il y a toujours de l’animation. En début de parcours, nous passons par des bras du fleuve assez étroits et devons naviguer plutôt lentement. Sur le bord, quelques maisons en bois sur pilotis se perdent dans la végétation; c’est vraiment isolé. Au passage de notre bateau, les habitants sautent dans leurs embarcations de fortune et nous rejoignent pour quémander quelques pièces, des vêtements, de la nourriture. Nous sommes ahuris devant le spectacle qui s’offre alors: les Brésiliens présents sur le bateau achètent des paquets de chips qu’ils lancent à l’eau pour prendre en photo les enfants venus les récupérer. Nous ne sommes pas très à l’aise, cela nous fait penser au zoo… Sans compter que cette nourriture n’est pas très saine et que les emballages finiront certainement dans le fleuve. Après la première nuit, nous arrivons dans une zone plus large: les maisons sont trop loin et nous allons trop vite pour être rattrapés à la rame, il n’y aura donc plus de scènes de ce genre. Nous effectuons de nombreuses escales en cours de route: Almeirim, Prainha, Monte Alegre. Elles ne durent pas longtemps, mais à chaque fois c’est le même numéro: des vendeurs ambulants montent à bord et proposent fruits, biscuits, plats préparés… De quoi varier les repas un peu monotones servis à bord! A certaines escales, les oignons sont déchargés sur le quai: nous espérons en être débarrassés, mais non! La marchandise de valeur est en fait cachée derrière les piles d’oignons et ceux-ci doivent être déplacés à chaque fois qu’il faut y accéder, mais ils continueront bien la route avec nous jusqu’au bout!

Santarém, que nous atteignons le samedi matin très tôt, l’escale est la plus longue. Une bonne partie des voyageurs descend et un nombre encore plus grand remonte à bord. Nos hamacs sont alors vraiment très serrés! A ce moment-là, je suis assez mal en point: probablement une indigestion. Combinée au roulis durant l’escale et à l’odeur des oignons, cela devient vraiment difficile et je passe la journée entre le hamac, les toilettes et la cabine. Cédric n’est pas en forme non plus, ce n’est pas la meilleure journée du voyage! Pourtant, la veille nous avons eu un très beau temps, mais justement, n’ayant pas trouvé beaucoup d’ombre, nous avons aussi certainement pris un bon coup de chaud. Nous ne profitons donc pas de l’escale à Santarém pour explorer la ville et le bateau repart peu après midi. Il n’y a ensuite plus que 3 escales avant Manaus: Óbidos, Parintins et Itacoatiara. Le dimanche est assez animé, les nouveaux passagers étant un peu plus agités. Le jour, le moindre coin d’ombre sur le pont supérieur est investi. Les femmes et enfants des hamacs restent toujours en bas, mais les personnes voyageant en suites profitent, elles, de l’air frais et du beau temps sans ségrégation. Le soir, la boisson coule à flots et les discussions sont animées jusque tard, certains se prennent même à danser. La musique, bien trop forte, ne s’arrête presque jamais. Uniquement lorsqu’il y a match! Eh oui, même au milieu de l’Amazone, le football est sacré: nous sommes au Brésil tout de même! A ce moment-là, l’écran plat est déballé avec soin et nettoyé, le préposé aux connectiques trifouille les câbles et règle l’antenne, tandis que le public s’installe sur les chaises en plastique, une bière à la main. De notre côté, nous passons le temps en enchaînant les parties de belote, dés et autres jeux, sous le regard curieux des autres passagers. Entre deux siestes en hamacs ou dans la camarote, nous observons le paysage, lisons ou écrivons. Jennipher et Cédric parviennent à communiquer avec les Brésiliens, mais pour nous c’est plus compliqué, ne parlant pas portugais. Certains sont pourtant très sympathiques et n’hésitent pas à nous proposer des biscuits ou des fruits.

Nous rencontrons également une jeune Française, Eugénie, en voyage au (très) long court, puis un Suisse, Peter. Celui-ci, monté à Santarém, est un véritable personnage, toujours prêt à raconter ses multiples anecdotes. Affublé comme un baroudeur de l’extrême, arc et flèches à la main, il se définit de lui-même comme « un homme à femmes »! C’est lui qui nous explique que le niveau de l’Amazone est exceptionnellement haut cette année. En effet, les maisons sur pilotis semblent juste flotter sur l’eau et les enclos à bétails sont inondés. Nous sommes d’ailleurs surpris qu’il y ait du bétail; globalement, les paysages que nous observons ne sont pas ceux que nous avions imaginés. Nous pensions trouver une jungle dense et oppressante autour du fleuve, mais c’est en fait l’eau qui domine. A certains endroits l’Amazone fait plus de 20km de large et il est difficile d’apercevoir l’autre rive! La forêt est inondée et laisse place, par endroits, à de vastes étendues de prairie marécageuse. Il y a beaucoup de courant eu milieu du fleuve et nous devons naviguer près des rives, ce qui nous permet d’admirer des oiseaux. Nous apercevons aussi à plusieurs reprises des dauphins roses, endémiques à la région, ainsi que quelques dauphins gris. C’est toujours une joie de voir ces animaux! Nous assistons également à quelques très beaux couchers de soleil et profitons de magnifiques nuits étoilées, notamment les derniers soirs de la croisière.

Le lundi 15 mai, dernier jour de croisière, passe très lentement. Nous avons quitté en retard le dernier port et notre arrivée à Manaus est annoncée pour 19h. C’est long! Beaucoup de passagers étant descendus sur les dernières escales, le bateau est maintenant presque vide. Restent cependant toutes les familles avec enfants qui étaient là depuis Belém. Certains petits sont vraiment très mignons et nous sommes étonnés de leur capacité à s’occuper avec rien. A l’approche de la fin de journée, chacun s’affaire à ranger ses bagages, plier son hamac et faire un dernier brin de toilettes. Les femmes, très coquettes, s’apprêtent comme si elles étaient de sortie. Nous observons le dernier coucher de soleil à bord, assis sur le pont supérieur devant le poste de navigation. La nuit tombe, puis nous apercevons, au loin, au détour d’un virage, les lumières de la ville. Elle semble gigantesque et malgré l’obscurité nous distinguons nettement les fumées industrielles. L’approche dure environ une heure, pendant laquelle nous observons, impressionnés, le port, les grues et les cargos chargés de contenairs. Une fois arrimés, nous quittons le bateau à la fois soulagés et mélancoliques: c’est la fin d’une aventure! Ou presque. Car c’est en groupe que nous traversons la ville pour rejoindre nos auberges de jeunesse: 5 Français, 1 Suisse, 1 Argentin, guidés par un Américain connaissant Manaus comme sa poche, et tous backpackers*! Une fois nos sacs déposés, nous rejoignons Jennipher et Cédric, qui ont choisi un autre logement, dans un restaurant sur la très jolie place de l’opéra. En effet, cela fait une bonne dizaine de jours que nous voyageons ensemble et nous avons envie de célébrer notre rencontre et de passer un dernier moment convivial avant de nous quitter.

Le mardi matin, nous traînons un peu à l’auberge de jeunesse: cela fait du bien de dormir dans un vrai lit sur la terre ferme et la seule raison qui nous pousse à nous lever est l’heure limite du petit déjeuner! Nos estomacs encore malmenés (nous ne saurons finalement pas s’il s’agissait d’une indigestion ou d’une intolérance au traitement anti-paludique), nous tentons de reprendre des forces en compagnie de Peter, qui nous narre ses derniers exploits. Nous n’avons malheureusement pas le temps de visiter la ville de Manaus, mais l’aperçu rapide de la place de l’opéra, la veille, nous a laissé une impression très positive. Il nous faut quitter l’auberge vers midi pour nous rendre à l’aéroport. Nous avons un premier vol vers São Paulo, suivi d’une escale de nuit dans ce grand aéroport, avant un second vol vers Lima. En décollant, nous apercevons la ligne de démarcation des eaux du Rio Negro et de l’Amazone: le premier étant un fleuve noir, le flot est vraiment plus foncé et ne se mélange pas immédiatement aux eaux café au lait du plus grand fleuve amazonien. Notre périple au Brésil s’est donc achevé aujourd’hui, avec en conclusion une belle aventure sur le plus grand fleuve du monde. Merci à Jennipher et Cédric d’avoir partagé un bout de chemin, nous aurons plaisir à les revoir!

Pour un aperçu de nos conditions de voyage, allez voir cette vidéo!

*Voyageurs en sac à dos. On peut dire qu’on se reconnaît quand on préfère marcher 3km plutôt que prendre un transport, même économique!

Certaines des photos ci-dessous ont été prises par Jennipher (indiqué par un « J » dans le nom de la photo).

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