Plongée dans l’histoire Inca

Notre curiosité attisée par la visite du plus important site Inca de la région de Cusco, Qorikancha, nous décidons de gravir la colline de San Blas pour accéder aux ruines de Sacsayhuamán. L’altitude ne nous aidant pas (nous sommes tout de même à 3400m au dessus du niveau de la mer!), l’ascension est assez pénible et les pauses photos sont de bons prétextes pour reprendre notre souffle. Après un enchaînement d’escaliers joliment pavés, nous parvenons à l’entrée du site, où nous faisons poinçonner notre ticket: ça y est il est rentabilisé! Les efforts ne sont pas terminés, puisqu’il faut encore marcher le long d’une pente raide avant d’atteindre les premiers vestiges.

Sacsayhuamán

Le site, occupé par les Incas à l’arrivée des Espagnols au XVIè siècle, a été détruit progressivement et il n’en reste aujourd’hui que 20 à 30%. Pendant des années, les pierres de cette ancienne place religieuse et militaire ont été distribuées à la population, moyennant quelques soles, pour construire les habitations alentours. Il faut dire que la taille des pierres est impressionnante et que 3 d’entre elles suffisent pour fabriquer un beau mur! Sacsayhuamán était, selon les archéologues, un fort servant à la protection de Cusco, ce qui est cohérent avec sa position en surplomb de la ville (3700m d’altitude) et sur la route de Pisac, une ville Inca située dans la vallée voisine. Le site a joué un rôle important dans la dernière et sanglante bataille entre Incas et Espagnols. Il ne reste pas grand chose des 3 rangées de remparts, autrefois hauts de plusieurs mètres et nous déambulons sur la partie la plus haute du site, contenant les vestiges de trois tours. Nous savons que le soin apporté à la construction des édifices varie en fonction de leur rôle; ainsi, les terrasses et bâtiments d’habitation sont bien souvent construits avec des pavés taillés et assemblés grossièrement, tandis que les édifices religieux comportent des pierres parfaitement ajustées et lisses. Plusieurs zones sont donc identifiables en se promenant à travers les ruines: des terrasses, des vestiges d’aires d’habitation ou de stockage de denrées (il est dit que le bâtiment abritait un temps près de 5000 guerriers), et les remparts. Ceux-ci forment des zigzags constitués d’énormes blocs de granit, taillés en formes polygonales qui s’ajustent parfaitement: même une feuille de papier ne passe pas entre les pierres! L’élément le plus imposant mesure plus de 9m de haut et pèserait près de 350 tonnes! Notre curiosité est piquée au vif quant à la façon dont ces mastodontes ont pu être réalisés et transportés avec les moyens de l’époque. En observant attentivement la structure, il nous semblerait que le chantier a pu avoir lieu sur plusieurs époques, tant les styles et techniques sont différents dans la partie basse et la partie haute du monument. En contrebas, un vaste champ accueille les festivités de l’Inti Raymi, le solstice d’hiver le 24 juin, nous imaginons que cela doit être grandiose.

Nous continuons la visite pour monter sur une colline rocheuse, de l’autre côté de la pelouse, dans laquelle des genres de sièges ont été taillés. Là encore, il n’y a pas vraiment d’explications quant à la fonction de cette partie du site. Au premier abord, la surface de la roche fait penser à une érosion naturelle, mais en réalité, elle a dû être travaillée pour obtenir une forme cylindrique de plusieurs mètres de long. Un peu plus loin, à l’abri des regards, d’autres ruines sont dispersées dans la nature. Certaines terrasses comportent l’alignement caractéristique des édifices religieux et un bassin avec canal d’irrigation est encore visible: il devait y avoir un temple à proximité. D’ailleurs, une énorme pierre taillée semble avoir été cassée et renversée: les degrés faisant penser à une pyramide ou un escalier sont à l’envers. L’après-midi passe vite, alors que nous jouons aux explorateurs parmi les ruines, et le froid tombe rapidement, à mesure que le jour décline, nous rappelant qu’il est temps de rentrer. A peine arrivés à l’hôtel, nous nous renseignons sur les mystères de Sacsayhuamán et décidons d’explorer les autres ruines Incas situées près de Cusco dès le lendemain. Mais pour l’heure, nous avons rendez-vous avec un couple rencontré au Chili, Estelle et Alex, justement à Cusco pour quelques jours. C’est autour d’une pizza qu’ont lieu les retrouvailles et nous passons une excellente soirée, entre récits de nos aventures respectives depuis le Chili et théories ésotériques sur les mystères des civilisations péruviennes!

Plus d’informations sur Sacsayhuamán: Wikipédia ou ce site avançant d’autres théories

Autres sites de la Vallée Sacrée

Le jeudi matin, nous prenons un colectivo en direction de Tambomachay, l’un des sites en ruines situé sur la route de Pisac. L’idée est de visiter plusieurs anciennes places incas (Tambomachay, Pukapukara, Q’enqo) tout en randonnant sur le chemin retour, en descente, vers Cusco. Le petit bus nous dépose à l’entrée de Tambomachay, où déjà quelques groupes de touristes sont en visite. Les explications sur place parlent d’un lieu de villégiature pour les Incas, qui venaient ici pour se baigner et chasser. A l’entrée, quelques femmes en costume traditionnel, très coloré, posent avec leurs lamas contre quelques soles. La situation des vestiges, un peu en retrait de la route, a permis qu’ils soient plutôt bien conservés. Là encore, nous découvrons l’architecture typique des temples Incas: pierres ajustées, fenêtres trapézoïdales et murs inclinés. Cette façon d’édifier les murs avec un certain angle sur la partie extérieure leur a permis de résister aux séismes qui ont détruit la plupart des édifices coloniaux de Cusco. Le site comporte un bain en pierre et une fontaine, toujours en service, ce qui amène les archéologues à penser qu’il pourrait être associé au culte de l’eau. Nous faisons le tour des ruines et gravissons les collines alentours. Au loin, des terrasses sont visibles sur les reliefs: il doit y avoir des vestiges incas cachés partout dans la végétation! Notamment les canaux d’irrigation, taillés dans la roche, semblent parcourir des kilomètres avant d’arriver jusqu’ici.

Juste de l’autre côté de la route se trouve le site de Pukapukara. Bien exposée au pillage, il ne reste plus grand chose de cette ancienne forteresse. Son nom signifie « fort rouge », du fait du matériau utilisé, mais avec le temps nuageux, nous avons bien du mal à voir cette couleur sur les pierres! Cette fois, pas d’ajustement parfais: la construction, ou ce qu’il en reste, est assez grossière et fait apparaître d’anciennes pièces d’habitation. Bien que l’édifice semble avoir été assez imposant, il semblerait qu’il n’ait pas eu d’importance religieuse et qu’il ait plutôt servi de pavillon de chasse ou simplement de halte pour les voyageurs. Encore une fois, les théories sont diverses et les seuls indices dont disposent les archéologues sont les pièces de céramiques et autres vestiges retrouvés dans les sous-sols des ruines. Il y a bien des témoignages écrits de l’époque espagnole, les conquistadors ayant documenté leur invasion, mais cela ne donne des informations que sur l’époque Inca. En effet, toutes les civilisations pré-incas, dominées par l’empire de Pachacútec, n’ont laissé aucune trace écrite et n’ont eu aucun contact avec les Espagnols, il ne reste donc que peu de témoignage de leur existence, bien qu’elle ait marqué plus profondément l’histoire archéologique du Pérou que le jeune peuple Inca. Il est donc aujourd’hui très difficile de réellement dater la construction des édifices qui ont, de toute évidence, été occupés sur plusieurs civilisations.

Nous quittons Pukapukara et quelques mètres plus loin, traversons un petit village, où nous nous arrêtons pour la pause déjeuner. Le menu est excellent pour un  prix minime, c’est probablement la meilleure affaire de tout le Pérou! Rassasiés, nous reprenons notre randonnée et débutons la descente vers Cusco. Il fait un peu frais, mais le cadre est très agréable: des petites maisons sont agglutinées au pied de collines verdoyantes et dans les champs, des  colibris colorés viennent butiner les fleurs les plus odorantes. Le chemin est très facile, puisqu’en pente douce, mais nous manquons de nous perdre car il faut traverser des propriétés privées. Heureusement, le tracé GPS indique même les bons points de vue et nous atteignons le Temple de la Lune en moins d’une heure. Ces ruines, non indiquées sur notre guide, semblent totalement à l’abandon. Nous gravissons un tertre qui donne une vue d’ensemble des vestiges: un alignement de pièces d’habitation, faites de pavés grossiers. Mais en redescendant, nous remarquons que le granit qui constitue la base de la colline est en fait travaillé. Certains pavés, au sol, sont parfaits mais semblent avoir été abandonnés là (car trop lourds?). Cette fois encore, le site a probablement été édifié à une époque, avec un style particulier et dans un but religieux, avant d’être complété par des bâtiments d’habitation, certainement à l’époque Inca, puis pillé par les générations suivantes pour construire d’autres édifices.

Nous traversons une zone un peu marécageuse et arrivons au site de Q’enqo, où les touristes ne se pressent pas encore en masse. Il n’est plus possible de monter au sommet des impressionnants rochers de granit pour admirer les autels taillés directement dans la pierre. Mais le tour est tout de même intéressant, avec un passage souterrain et un grand nombre de roches travaillées. Les avis concernant cette place sont divisés, certains y voyant un important lieu religieux, d’autres un amphithéâtre, du fait de sa forme circulaire. Comme beaucoup d’édifices découverts par les Espagnols, le nom originel n’est pas connu. Lorsqu’ils demandaient aux populations locales, celles-ci répondaient souvent en fonction des caractéristiques du lieu ou du paysage alentours. Ainsi, du fait de l’amas labyrinthique de rochers et des passages souterrains, le site a été nommé « Q’inqu » ou Q’enqo (labyrinthe, en quechua). Un peu en contrebas, le « petit Q’enqo » peut se visiter sans ticket d’entrée. Pourtant, il est tout aussi intéressant que le « grand » puisqu’il est possible de grimper au sommet et d’admirer un bon nombre de pierres taillées. La colline sur laquelle sont disposées ces roches est artificielle et soutenue par un grand mur du même style que les remparts de Sacsayhuamán. Il y a encore quelques autres sites à proximité de la route qui descend vers Cusco, tous attribués au site archéologique de Sacsayhuamán. Mais la journée touche à sa fin et il nous faut penser à regagner la ville avant que le peu de soleil ne disparaisse complètement. Cette exploration de ruines Incas nous a convaincus d’une chose: il y a encore beaucoup de mystères à élucider dans cette région du monde et nous avons hâte de découvrir le site du Machu Picchu!

 

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