Trek du Chemin de l’Inca: jour 1

Vendredi 26 mai, à 18h, nous avons rendez-vous avec l’agence organisatrice du trek pour un briefing avant le départ. Nous rencontrons deux membres du groupe: Lisa et Rachel, sympathiques Américaines, et nous attendons les 3 autres. Ça commence bien… Ils sont en sortie organisée et arriveront finalement entre 30min et 1h plus tard, mais le briefing débute à peu près à l’heure prévue. Nous faisons ainsi la connaissance de Francisco, un Péruvien, qui sera notre guide pour les 4 prochains jours. Il nous distribue une carte et nous explique le déroulé du trek, qui nous semble très light, après les nombreuses randonnées que nous avons fait! Il faut dire qu’avant de quitter la France, nous n’avions aucune notion de difficulté sur des treks de plusieurs jours et le fait de passer par une agence nous rassurait. Le trek du Chemin de l’Inca étant de toute façon inaccessible en indépendant, nous n’avons plus vraiment le choix, mais nous sommes assez sceptiques quant à la qualité des prestations que nous allons recevoir. Et surtout, nous n’avons jamais participé à un tour organisé et nous ne savons pas si la vie en groupe « imposé » nous conviendra. Mais pour l’heure, nous laissons nos à priori de côté et écoutons religieusement les explications:

  • Premier jour: Cusco – départ de la randonnée (Piscacucho) – premier campement (Wayllabamba). 12km, 350m D+;
  • Deuxième jour: Wayllabamba – deuxième campement (Pacaymayu). 10km, 1200m D+, 600m D-;
  • Troisième jour: Pacaymayu – troisième campement (Wiñay Wayna). 16km, 300m D+, 1300m D-;
  • Quatrième jour: Wiñay Wayna – Porte du Soleil (Inti Punku) – Machu Picchu. 3km, 200m D+, 400m D-.

Le jour censé être le plus difficile est le deuxième, avec le passage d’un col à 4200m, mais le troisième jour s’annonce assez traître: 1300m de descente, nous en aurons plein les jambes en fin de journée! Le groupe est constitué de 5 personnes, en plus de nous deux, que nous apprendrons à connaître au fil des jours: Lisa et Rachel, mère et fille Américaines en vacances, Leslie et Paul, couple Britannique aussi en congés « courts » et Laureen, Britannique très dynamique, en voyage pour trois mois en Amérique du Sud. Les présentations faites et les dernières recommandations données, nous ne nous attardons pas à l’agence. Un programme chargé nous attend: dîner avec nos amis, préparation des sacs et lever à 5h, pour un départ vers 6h30. Puisqu’il va falloir parler anglais les prochains jours, adaptons-nous de suite: let’s go!

Le réveil est un peu rude le samedi matin : le message d’annulation du petit-déjeuner n’a pas été correctement communiqué et, à 4h, nous sommes sortis de notre sommeil par des coups frappés à la porte. La pauvre jeune femme a bravé le froid pour nous apporter un café, aussi Franck trouve le courage de lui ouvrir, mais pas question de se lever de suite. A 5h30, c’est le réveil qui sonne et bien sûr, le café a refroidi entre-temps ! Dernière douche chaude avant 4 jours, petit-déjeuner frugal, fermeture des sacs : nous sommes prêts un peu en avance et partons attendre le minibus. Celui-ci arrive avec quelques minutes de retard, ce qui nous laisse le temps de faire les provisions d’eau : quelque chose nous dit que les bouteilles, sur le chemin, seront hors de prix. A bord du van, nous retrouvons les membres du groupe, rencontrés la veille, notre guide et quelques porteurs. Ceux-ci vont transporter le matériel commun (tentes, tabourets, tables, etc.), mais c’est à nous de porter nos affaires et même les gros matelas fournis par l’agence (!), à moins d’avoir choisi une option « Premium », qui inclut un porteur supplémentaire. Evidemment c’est hors budget, d’autant que nous trouvons le tarif de base déjà assez élevé. Nous avons donc refusé les matelas « gracieusement » fournis, puisque nous en avons des très légers et compacts, et avons choisi de ne prendre qu’un sac pour 2 (l’autre étant resté à l’hôtel), en limitant l’équipement au minimum. De toute façon, sans douche pendant 4 jours, il n’est pas nécessaire de prévoir plus de deux tenues ! Le trajet jusqu’à Ollantaytambo, dernière ville avant le départ du trek, dure normalement 1h30, mais nous effectuons quelques arrêts pour récupérer des porteurs dans les villages traversés.

Un stop est prévu peu avant la ville, soi-disant la dernière possibilité d’acheter à déjeuner, à boire ou encore du petit matériel (spray anti-insectes, crème solaire, barres énergétiques). Bien évidemment, c’est une arnaque et les prix pratiqués sont encore plus élevés qu’en Europe ! Nous boycottons le buffet et la boutique et attendons impatiemment le redémarrage du bus. Nous traversons ensuite la charmante petite ville d’Ollantaytambo, où un grand nombre de boutiques et restaurants proposent à prix raisonnable des formules petit-déjeuner, et nous nous arrêtons au pied des ruines pour attendre le reste de l’équipe des porteurs. Là, il nous est interdit de descendre du véhicule pour faire des provisions… La raison ? « Le stationnement est interdit… Si vous descendez, on devra payer une amende… » Vraiment, ce trek commence bien mal et nous prenons sur nous pour ne pas nous en prendre au guide. Une fois l’équipe au complet, nous repartons pour quelques kilomètres, jusqu’au véritable départ de la randonnée : le kilomètre 82. Comme il y a un tout petit village et que nous sommes « libres » pour une pause toilettes de 5 minutes, nous en profitons pour acheter une douzaine de pains pour…2 soles (0,60€) ! Il faut ensuite se préparer : tandis que les porteurs préparent et pèsent leur chargement, limité à 30kg par personne, nous déployons nos bâtons de marche. Et c’est à ce moment-là que nous apprenons qu’il faut des embouts spéciaux pour ne pas abîmer le Chemin de l’Inca… Fort heureusement et comme la vie est bien faite, de jeunes femmes vendent justement ces embouts en caoutchouc, pour une somme ridiculement élevée ! Nous n’avons pas le choix et négocions pour le principe, mais Franck décide de mettre les choses au clair immédiatement avec le guide : pas question de payer une sole de plus dans des attrape-touristes, ou notre compte-rendu sur l’agence sera incendiaire. Pour nous calmer, Francisco décide de nous distribuer des snacks : bananes et petits gâteaux. C’est étrange, sachant que certains viennent de dépenser l’équivalent d’une nuit d’hôtel pour se payer un petit-déjeuner et que nous devons faire la pause repas dans moins de 2h. Mais soit, nous n’allons pas les jeter et les gardons de côté pour plus tard.

Vers les dix heures, nous sommes enfin prêts à partir : les porteurs passent le poste de contrôle avant nous (les sacs sont pesés), pendant que nous prenons une photo souvenir devant le panneau de départ. Au moment de franchir le bureau de pointage, le passeport de Franck pose problème : la modification, suite à l’erreur repérée quelques jours plus tôt, n’a pas été actualisée dans le système et il nous faut négocier et sortir une autre pièce d’identité. Mais finalement, tout le monde passe et c’est parti ! Enfin, pas avec tant d’enthousiasme : l’ambiance est un peu plombée par les déceptions matinales et le rythme de marche est extrêmement lent. Heureusement, Francisco se rattrape bien en jouant le parfait guide : il nous donne des informations sur la flore et répond à toutes nos questions sur la région et les coutumes locales, si bien que les accrocs sont vite oubliés. La météo n’est pas vraiment avec nous : il fait très gris et les nuages s’accrochent aux montagnes, masquant les sommets. Le chemin longe dans un premier temps le Rio Urubamba, rivière serpentant dans toute la Vallée Sacrée. Notre guide nous apprend que la nature et les astres avaient une importance particulière pour les peuples précolombiens et que le fleuve, s’écoulant selon la course du soleil, tout en étant parallèle à la voie lactée, revêtait un caractère sacré pour eux et s’appelait alors Willkanuta. Un pic enneigé surplombe tous les autres : il s’agit du Mont Verónica (5750m), nommé ainsi par les Espagnols, mais sommet sacré pour les Incas. Côté flore, nous redécouvrons le figuier de barbarie et l’agave, ressemblant à l’aloe vera et dont le tronc de l’unique fleur est utilisé pour construire des toitures. Il y a une quantité impressionnante d’eucalyptus, non endémiques et donc un peu invasifs, dont l’huile est utilisée par les populations locales contre le rhume. Sur certains cactus, de grosses taches blanches sont semblables à de la moisissure ; il s’agit en fait de centaines cochenilles. Francisco en récolte quelques-unes (ce sont de minuscules insectes) et les écrase : le blanc cendré laisse place à un rouge écarlate. Autrefois utilisés comme colorant pour les céramiques, les cochenilles sont aujourd’hui exportées en Europe pour l’industrie cosmétique et agroalimentaire : eh oui, on en trouve dans nos bonbons chocolatés enrobés rouges !

Après 2h de marche, ponctuées de nombreuses pauses explicatives et de ravitaillements auprès des petits villageois (toilettes payantes, boissons hors de prix, il faut bien faire vivre l’économie locale…), nous atteignons le camp pour le déjeuner. Juste le temps de poser les sacs sous une bâche et de s’abriter sous la tente du repas, qu’une averse se déclenche. Une fois arrêtés, il fait franchement froid, mais la préparation du repas créé de la chaleur et l’odeur nous met en appétit. Une toile nous sépare de la « cuisine » et nous tentons de capter discrètement ce qu’il s’y passe. Lorsque les plats arrivent sur la table, c’est l’étonnement : quel menu sophistiqué ! Pour commencer, un apéritif à base de guacamole et de chips de patates douces nous est servi. Puis nous enchaînons sur des boulettes de viande en sauce aigre-douce, accompagnées de riz, de pommes de terre grillées et de purée de potiron. Nous n’avons jamais fait de trek avec de tels repas et nous nous régalons ! Pour clore ce déjeuner de rois, nous recevons chacun une dose de thé à la coca, cette plante locale (base minime de la cocaïne) chiquée par les porteurs pour supporter l’altitude. Nous reprenons notre chemin sous la pluie, pendant que les porteurs rangent le campement provisoire. Nous sommes tellement lents et eux tellement agiles qu’ils nous doubleront sans difficulté en peu de temps. D’ailleurs notre guide insiste sur le fait que nous devons être vigilants et serrer le côté montagne: entre les porteurs qui courent avec leur paquetage et les mules qui passent à vive allure, il est facile de se faire éjecter du sentier!

Le ciel se dégage à peine lorsque nous atteignons Patallacta, un site en ruines, à la confluence de trois vallées. Francisco nous explique l’importance stratégique de son emplacement pour le commerce des denrées: à la croisée des chemins entre la côte (Lima), Vilcabamba (l’Amazonie) et Cusco. Chaque lieu ayant une altitude et un climat donnés, l’agriculture y était adaptée et les produits échangés le long de grandes routes commerciales, dont le site que nous avons devant les yeux était un nœud important. Après la bataille de Sacsayhuaman, qu’il a failli remporté, l’Inca Manco Yupanqui s’est d’abord réfugié à Ollantaytambo, avant de fuir vers Vilcabamba, en Amazonie. En chemin, il aurait ordonné à la population d’abandonner et de détruire les sites afin que le Chemin de l’Inca et particulièrement le Machu Picchu ne soient jamais découvert. Et effectivement, Patallacta, comme le Machu Picchu, n’ont été redécouverts par l’Occident qu’au XXè siècle, lorsque l’archéologue Hiram Bingham a mené ses recherches dans la région. Après cette pause culturelle, nous explorons le fort en surplomb, qui servait à surveiller les routes et la zone de stockage. Il est déjà 15h, nous sommes un peu en retard sur le programme, aussi Francisco accélère le pas. Le groupe se disloque: devant, Laureen marche d’un bon pas et discute avec le guide. Franck et moi suivons tranquillement, à peu près au même rythme que Lisa et Rachel. Leslie et Paul s’arrêtent régulièrement pour prendre des photos, ce qui fait que nous les perdons de vue de temps à autres, mais nous arrivons tous ensemble au campement, à 17h15. Les tentes sont déjà montées et de petites bassines d’eau chaude nous attendent pour la toilette. L’eau chaude est payante, mais personne n’a le courage de se doucher tant il fait froid dehors!

Le soleil se couche vite et nous observons le ciel s’allumer doucement, en attendant la préparation du repas. Nous logeons dans le jardin d’une petite ferme, qui arrondit ses fins de mois en vendant quelques ravitaillements aux trekkeurs; nous nous faisons deux copains: le petit garçon de la ferme et un chaton, avec qui nous jouons quelques minutes. Le dîner, bien chaud et copieux, est réconfortant, même si la journée n’a pas été très intense. Nous avons tous hâte de nous coucher pour être en forme pour le fameux deuxième jour, mais avant cela, l’équipe de porteurs nous est présentée. Les pauvres sont assez timides et certains ne parlent que le quechua, la langue locale, ce n’est pas un exercice facile pour eux! Francisco fait la traduction en anglais:: l’équipe est constituée de 7 porteurs et un chef cuisinier, les âges variant de 21 à 53 ans. A part le cuisinier, tous sont fermiers et pratiquent le métier de porteur comme complément de revenus, la plupart depuis moins de 4 ans. Une dernière tasse de thé à la menthe locale (ramassée en chemin) et il est temps pour nous de rejoindre nos tentes, malheureusement assez humides. Nous savourons nos bons sacs de couchage et, malgré le terrain en pente, dormirons à peu près correctement.

Pour en savoir plus sur les civilisations péruviennes, ce site est très complet.

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