Trek du chemin de l’Inca : jours 2 et 3

Nous sommes réveillés par le léger bruit des casseroles, dimanche matin, un peu avant 5h. Il fait froid et humide, mais bientôt un porteur frappe à l’entrée de la tente pour nous apporter notre thé à la coca, bien chaud: un véritable room-service! Nous avons alors 40 minutes pour ranger les affaires et nous rendre dans la tente où est servi le petit-déjeuner. Franck porte son grand sac, chargé uniquement des sacs de couchage et de vêtements, je (Nadia) porte juste le petit sac à dos, avec les snacks, les lunettes et la crème solaires et, habituellement, l’eau. Mais comme il s’agit de la journée la plus difficile et que ce petit sac n’est pas ergonomique, c’est Franck qui porte les bouteilles pour cette fois! Nous profitons d’être en avance dans la tente de repas pour manger un bout de pain et de fromage, emportés par précaution (!): pas sûrs que les anglophones apprécient l’odeur dès le matin! D’ailleurs, ils nous regardent d’un œil suspicieux, alors que nous leur proposons de partager les derniers morceaux: « Ah ces Français, toujours avec leur fromage »! Le petit-déjeuner servi par le chef cuisinier est plus classique: boissons chaudes, porridge, pain-beurre-confiture et une petite omelette au… jambon? Malgré les affirmations du guide, les morceaux de viande semblent bien être du porc… Il est vrai que les Péruviens ont déjà du mal à comprendre le végétarisme; pour eux, « sans viande » (sin carne) signifie sans viande rouge. De plus, le saindoux est très utilisé dans leur cuisine, donc le concept de « sans porc » est un peu compliqué à comprendre. Mais nous avons affaire à un tour opérateur international et nous n’apprécions pas du tout cette désinvolture par rapport à mon régime alimentaire!

A 6h30, nous levons le camp. Autrement dit, nous laissons tout en vrac au bon soin des porteurs, qui nous rattraperons au fil de la journée! Il y a 15 petites minutes de marche pour atteindre la limite du hameau de Wayllabamba, où les fermes accueillent une multitude d’autres groupes, eux aussi sur le départ: il y aura du monde aujourd’hui sur le sentier! Ensuite, nous passons sur la partie préservée du Chemin de l’Inca et aucune habitation n’est alors autorisée, nous devrons donc camper dans des emplacements spécifiques. Après avoir patienté quelques instants à un poste de contrôle, le départ est donné: chacun peut partir à son rythme et le guide nous donne quelques points de rendez-vous. Etant donné la disparité dans le groupe, nous avons pour consigne d’attendre 15min tout au plus à chaque étape et de continuer pour ne pas se refroidir, le véritable point de rendez-vous étant en réalité le prochain campement, de l’autre côté d’un col de 4200m. Le groupe se disperse: Laureen, en pleine forme, part assez vite. Franck n’est pas vraiment dans son assiette et nous décidons de monter ensemble, tranquillement. Lisa et Rachel prennent également leur rythme et Francisco, le guide, reste avec Leslie et Paul, qui monteront plus doucement. Les 1200m de dénivelé positifs qui nous attendent ne seront pas une partie de plaisir et il vaut mieux prendre son temps! Nous mettons un peu moins d’une heure à atteindre le premier point de rendez-vous, à 3300m: Laureen est là et s’apprête déjà à repartir après les 15min de pause. Nous attendons également le temps recommandé et croisons Lisa et Rachel au moment de repartir.

Les 500m de dénivelé positif qui suivent sont assez monotones: nous doublons lentement les groupes qui sont partis vite et qui commencent à peiner par manque d’oxygène. Le sentier pavé n’est pas des plus faciles, parfois des marches de tailles disparates s’enchaînent et il alors difficile de garder un rythme constant. Mais nous atteignons le deuxième « checkpoint » en une heure au lieu des deux annoncées. A cette étape, certains groupes ont décidé de déjeuner. Il n’est que 10h30 et avec l’altitude, nous savons qu’il est risqué de charger les estomacs, aussi nous nous contentons d’un snack léger. Il y a encore quelques stands qui vendent en-cas et boissons: les Péruviens savent bien que les randonneurs mal préparés ont déjà faim et soif! Nous repartons pour la partie la plus difficile: sur la dernière centaine de mètres de dénivelé, le chemin grimpe fort et les marches se font de plus en plus hautes. Le sac de Franck devient pesant et l’air commence à manquer: nous prenons le temps de respirer et faisons des pauses régulières. Les porteurs, impressionnants, ne cessent de nous doubler depuis le début de l’ascension: avec leurs 30kg sur le dos, certains en sandales, ils gravissent les marches en suant à grosses gouttes mais ne s’arrêtent que rarement. Nous sommes chanceux et ne ressentons aucun symptôme du mal des montagnes et atteignons le sommet en seulement une heure supplémentaire. Laureen est arrivée peu de temps avant nous: les derniers mètres étaient vraiment difficiles et nous sommes tous fiers de nous! Il fait froid à 4200m d’altitude, mais nous prenons le temps d’admirer le paysage et de prendre quantité de photos. Le beau temps n’est pas au rendez-vous, mais au moins nous n’avons pas eu trop chaud en montant! De l’autre côté du col, la descente qui nous attend est impressionnante: 600m de dénivelé sur des marches pavées…

Après 30min, ne voyant aucun autre membre du groupe à l’horizon, nous nous engageons sur la suite du sentier. Le vent se calme, et le soleil fait quelques apparitions qui nous vaudrons de belles couleurs en fin de journée. La végétation n’est pas très dense sur ce versant de la montagne et la descente nous parait interminable. Nous atteignons le bord de la rivière vers midi, où le campement vient à peine d’être monté. Avec Laureen, nous avons été un peu vite pour les porteurs, qui doivent également mettre en place la tente de repas et préparer le déjeuner! Comme nous avons un peu de temps avant l’arrivée des suivants, nous profitons de la chaleur qui règne sous les tentes pour nous reposer, jusqu’à l’heure du repas. Nous terminons tout juste le déjeuner (gargantuesque!), lorsque tous les autres membres arrivent en même temps, vers 15h: c’est une belle performance! Nous les laissons déjeuner tandis que nous allons faire une bonne sieste, la journée de marche et les variations de météo nous ont tout de même bien assommés! Vers 17h30, le réveil est difficile: bien installés dans la tente, il faut nous motiver à sortir sous la pluie… Mais l’odeur des pop corn est trop tentante et nous rejoignons le groupe qui prend le goûter à l’abri: thé et crackers accompagnent les pop corn et nous nous empiffrons, tout en sachant que le dîner sera servi dans moins d’une heure! L’ambiance est détendue et il règne une certaine euphorie, chacun savourant son exploit personnel du jour: le plus dur est passé! Ou pas… Francisco nous rappelle le programme du lendemain: nous devrons marcher 16km et encaisser quelques 1000m en descente sur les pavés Inca, de quoi faire souffrir les genoux! Il nous recommande aussi de faire attention en nous rendant aux toilettes, de l’autre côté de la rivière: nous risquons fort de croiser des renards, voire des ours à lunettes, attirés par les résidus de nourriture! Nous allons donc faire en sorte de ne pas nous lever cette nuit, d’autant que la pluie n’est pas prête de s’arrêter!

A l’aube du lundi matin, nous sommes une fois de plus réveillés par le thé de coca servi à l’entrée de la tente. Les jambes sont douloureuses, déjà, mais le petit-déjeuner nous réchauffe et nous donne de l’énergie: rien de tel que des pancakes pour démarrer la journée! Nous quittons le camp avant la plupart des autres groupes, ce qui nous permet de faire la première partie du chemin relativement tranquillement. Nous sommes censés rester ensemble aujourd’hui, pour pouvoir bénéficier des informations sur les nombreux sites Incas que nous croiserons en chemin. Mais dès les premiers mètres, le groupe se disperse encore et notre guide décide de nous donner l’itinéraire avec les points d’attente pour que chacun puisse marcher à son rythme. Il faut dire que le sentier grimpe immédiatement à la sortie du campement! Le lever de soleil est masqué par la forte couverture nuageuse, mais la lumière, derrière les sommets enneigés, est magnifique. Nous atteignons un premier site Inca, Runkurakay, de forme circulaire, qui servait probablement d’habitation pour les voyageurs de passage ou les messagers. Les Incas avaient en effet développé un système de communication très efficace, basé sur les chasquis: ces messagers parcouraient des distantes courtes et se relayaient tout au long des Chemins Incas pour faire parvenir les messages importants à l’Inca. Comme il n’y avait pas de système d’écriture, les informations étaient communiquées sous forme de cordelettes nouées et colorées, mais les archéologues peinent aujourd’hui à en décrypter le sens. Une grande partie des ruines Incas qui longent le Chemin de l’Inca sont donc destinées au repos de ces messagers de l’extrême, capables de courir sur les sentiers pavés. Nous apprenons du même coup que le record local, pour le marathon du Chemin de l’Inca (43km), est détenu par un porteur et seulement de 3h!

Nous continuons notre ascension vers le deuxième col de notre trek, culminant à 3900m. La vue à l’arrivée est sublime et nous escaladons les rochers alentours pour prendre quelques clichés en attendant le reste du groupe. Francisco nous explique que les monticules de pierre accumulés aux sommets ont ici une signification « religieuse » et font office d’offrande à la Pachamama, la Terre Mère. Les Incas laissaient auparavant des textiles, céramiques et autres cadeaux pour remercier la nature de leur avoir permis d’arriver jusque-là; aujourd’hui, les Andins accumulent des rochers, mais l’idée reste la même. Nous entamons ensuite la descente sur l’autre versant de la vallée. La végétation change radicalement de ce côté et nous traversons des sous-bois touffus, aux arbres chargés de mousse: il s’agit des forêts de nuage. Nous approchons doucement de l’Amazonie et nous descendons en altitude, les températures sont donc moins fraîches et l’humidité augmente. Nous atteignons les ruines de Sayacmarca, accessibles par un long escalier qui en rebute quelques-uns. Pas encore fatigués, nous grimpons sur le contrefort rocheux qui accueille les vestiges de cette place dont le rôle n’est pas très clair: son emplacement et la qualité de la maçonnerie pourraient faire penser à un fort. Mais des détails, comme les trous dans certaines pierres, la forme de certains murs ou la présence, au sol de trous circulaires, font penser à un lieu d’observation astronomique. Nous n’aurons malheureusement pas vraiment d’explications sur ces ruines, notre guide étant resté avec la deuxième moitié du groupe. Après la visite, il ne nous reste pas très long à marcher pour rejoindre le campement.

A notre arrivée, le soleil fait quelques belles apparitions et nous réchauffe, tandis que l’un des porteurs nous sert du jus de fruit de la passion: c’est un peu une randonnée de luxe! Laureen, qui est en compétition avec le chef cuisinier depuis le début du trek (celui-ci est impressionné par ses performances de marcheuse), a proposé de participer à l’élaboration du repas. Elle se voit donc affectée la difficile tâche d’émincer des oignons, sous le regard amusé et curieux de l’équipe de porteurs! Pendant ce temps, le reste du groupe arrive à son tour et se détend; des lamas font leur apparition, créant des rassemblements de randonneurs en quête de selfie! Le repas est, comme toujours, épatant et copieux: ceviche de truite, poulet à la sauce passion ou encore gâteau de spaghetti coiffé d’un oiseau taillé dans un concombre font le bonheur des yeux autant que des papilles! La motivation est difficile à trouver après une telle pause déjeuner, mais nous avons encore plus de la moitié du chemin à parcourir! Nous reprenons la marche sur ce que notre guide appelle le « plat andin »: un enchaînement de montées et de descentes, toujours sur les pavés incas. La végétation est luxuriante et nous apercevons un grand nombre de colibris, plus colorés les uns que les autres. Mais nous devons prendre garde à nos pas: la pluie fait son apparition, rendant le chemin glissant. D’autant que celui-ci longe un ravin de plus en plus profond… nous devons rester très vigilants et laisser passer les porteurs, qui risquent de nous envoyer dans le précipice si nous ne prenons pas garde. Nous passons le dernier col du trek, à 3700m, peu avant 14h. N’ayant pas assez pris de sucres rapides pendant le déjeuner (et les snacks du jour ayant « disparus »), je commence à fatiguer. Encore près de 1000m de D- nous attendent et je sais que cette partie sera la plus difficile pour moi.

Nous visitons de belles ruines surplombant la vallée de l’Urubamba, près desquelles des bains en cascade fonctionnent encore, avant d’entamer la descente. Le crachin incessant ne nous facilite pas la tâche et nous perdons beaucoup d’énergie à franchir avec précaution les volées de marches qui s’enchaînent sans discontinuer. Les porteurs semblent voler par dessus les degrés et ne glissent absolument jamais! Pour ajouter à la difficulté, nous devons passer deux tunnels Incas. A ces endroits, les Indiens ont creusé la montagne sur de courtes distances, pour permettre le passage du sentier. Mais la pente reste la même et il faut deviner la présence des escaliers dans la semi pénombre, tout en se dépêchant, car les porteurs arrivent en courant derrière nous! Après une bonne heure d’efforts, nous arrivons aux dernières ruines Incas: des cultures en terrasses, semblables à celles de Pisac, surmontées de vestiges que nous n’avons pas le courage d’explorer. De plus, une grosse averse se déclenche au moment où nous descendons les marches abruptes du site; c’est aussi le moment que choisi mon genou pour lâcher, je ne peux donc pas courir m’abriter! Nous terminons la randonnée sous la pluie et sommes étonnés de constater, en arrivant au campement, que nous sommes les deuxièmes (devinez qui est déjà là? Laureen, bien sûr!) malgré notre rythme réduit et que les tentes viennent à peine d’être installées. Nous nous séchons comme nous le pouvons sous la tente et nous nous endormons, épuisés. L’arrivée du reste du groupe, vers les 16h30, nous sortira à peine de notre sommeil, tant les sacs de couchage sont confortables après une journée de marche! En manque de sucre, je me lève tout de même pour le goûter – beignets de pomme et pop corn! – mais Franck, trop fatigué, restera couché jusqu’au lendemain.

Tous les autres membres du groupe sont en forme pour cette dernière soirée ensemble. Le trek touche à sa fin et chacun approche, du bout du doigt, la réalisation d’un rêve: nous avons marché sur le Chemin de l’Inca et demain matin, nous serons au Machu Picchu! Nous dînons d’un repas assez léger, dans la bonne humeur, puis Francisco nous rejoint pour faire le point. Il y a de nombreux groupes qui dorment au même camp que nous, ce qui représente plus de 200 personnes et nous devons passer un point de contrôle, demain matin, afin de rejoindre la Porte du Soleil, par laquelle nous arriverons au Machu Picchu. Le premier arrivé à ce checkpoint est le premier qui atteindra la Porte du Soleil et qui bénéficiera donc d’une vue dégagée sur le site le plus célèbre du Pérou. De plus, nous devons lever le camp très tôt (3h!) pour permettre aux porteurs de ranger le camp et rejoindre en courant, avant 5h, le seul train de la journée qui est au tarif local et qui leur permettra de rentrer chez eux. Sauf que… le fameux poste de contrôle que nous devons passer n’ouvre qu’à 5h! Autrement dit, nous allons nous lever à 3h pour attendre ensuite 2h le droit de continuer sur le Chemin de l’Inca! Et nous devons de plus déterminer ensemble si nous souhaitons nous lever plus tôt pour arriver à ce poste avant tous les autres groupes! Motivés, nous déterminons une heure de lever à 2h50, pour un départ à 3h, en espérant que tout le monde n’ait pas la même idée! La soirée se termine autour d’un magnifique gâteau, confectionné par le chef: saveur orange et couverture de crème fouettée, une réalisation incroyable dans le contexte actuel! Vient ensuite le difficile exercice des pourboires, puis Laureen se fait porte-parole et se lance dans un beau discours en espagnol pour remercier toute l’équipe, porteurs, chef cuisiner et guide. Un peu euphoriques et pressés d’être au lendemain, nous rejoignons enfin nos tentes respectives pour une courte nuit. Le but ultime de notre trek approche!

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