Salinas et Moray

Le vendredi matin, nous débutons la journée par un petit-déjeuner Andin. René, le propriétaire de l’hôtel, n’a apparemment pas prévu de salle à manger, mais il pallie le problème en nous emmenant au marché, à deux pas d’ici. Alors qu’au rez-de-chaussée tous types de produits frais sont vendus sur des stands assez sommaires et parfois à terre (fruits et légumes, graines, viandes, etc.), l’étage est dédié aux étals de restauration. Nous nous arrêtons devant une minuscule échoppe, où une femme s’affaire à servir des clients assis sur de petits tabourets. Tout est millimétré : à l’arrière, des casseroles sur le feu contiennent les boissons qu’elle sert sur sa petite table faisant office de comptoir. Au choix, maca (un genre de racine qui a le goût du fruit à pain) ou quinoa (oui, oui en boisson !). René nous aide à commander et nous incite à goûter. C’est étonnant pour nous qui sommes habitués au café le matin, mais bourré d’énergie ! Nous avons ensuite le choix entre un gâteau de maïs ou de petits sandwichs au fromage. En voyant certains clients commander le « mixto » (avocat, fromage, œuf), nous sommes déjà prêts à revenir le lendemain pour y goûter ! C’est donc prêts à affronter une bonne randonnée que nous quittons la ville, 1h plus tard, à bord d’un colectivo. René nous a expliqué comment atteindre le site de Salinas à pied : nous devons descendre en plein milieu de nulle part et traverser un pont ! Heureusement, aidés du GPS, nous savons quand faire signe au chauffeur de s’arrêter. Encore faut-il y arriver… Apparemment notre accent n’est pas encore bien rodé et il faut l’aide des autres usagers pour que le message passe et que minibus stoppe ! Nous n’avons ensuite que quelques mètres à parcourir avant de trouver le pont qui enjambe l’Urubamba. De l’autre côté, nous devons acheter les billets d’entrée pour Salinas – apparemment un grand nombre de personnes évitait de payer en arrivant par ici, mais ce n’est plus possible aujourd’hui !

Nous entamons ensuite notre randonnée à travers des paysages de plus en plus irréels. La roche et la terre autour de nous sont d’un intense rouge qui contraste avec la végétation. Cette dernière est loin d’être dense et se compose surtout de cactées et autres plantes acclimatées aux milieux arides. Nous grimpons un sentier un peu ardu sous un ciel sans ombre. Au début, c’est très agréable, puis rapidement nous avons beaucoup trop chaud ! Persuadés de trouver un vent froid, nous nous sommes équipés de nos pantalons de neige et nous n’avons pas pris beaucoup d’eau… Heureusement, la randonnée est assez courte et nous atteignons très rapidement le site incroyable de Salinas, ou Salineras. Il s’agit de bassins salants, aménagés en terrasse : l’eau chargée en minéraux provient d’une source chaude au sommet du canyon et est acheminée par un ingénieux système de petits canaux. Le fait de trouver une production de sel à cette altitude (3300m) est déjà incongru, mais le paysage blanc et ocre qui en résulte est carrément insensé ! D’autant que ces puits salants dateraient de l’époque Inca… Comme nous arrivons par un chemin peu fréquenté, nous profitons de la vue sans aucun touriste à l’horizon. La seule présence humaine est le personnel de la compagnie qui revend le sel, occupé à entretenir les bassins. Ceux-ci sont en terre, directement creusés dans la montagne et alimentés par d’étroits canaux qui distribuent l’eau lorsque nécessaire. Une fois le réservoir rectangulaire plein, l’apport d’eau est fermé et la chaleur solaire fait son effet : par évaporation, les cristaux de sel se forment lentement. En remontant vers l’entrée officielle du site, nous longeons les bassins à différents stades de la production et pouvons ainsi observer l’étrange formation de ces cristaux. A contresens des groupes de touristes, nous esquivons les magasins de souvenir mais prenons le temps de nous ravitailler en eau avant de reprendre la randonnée.

Nous avons pour objectif de rejoindre le petit village de Maras, à 4km de là. Mais nous avançons très lentement : entre l’altitude et la chaleur, c’est une véritable épreuve ! Heureusement, les paysages sont superbes et nous nous arrêtons régulièrement pour reprendre notre souffle tout en contemplant la vue. Nous croisons quelques VTT qui descendent à toute allure la pente que nous avons tant de mal à monter et aussi une femme pas rassurée du tout qui préfère faire le circuit à côté de son vélo! A notre arrivée au village, le mot « sieste » nous vient immédiatement à l’esprit: tout est désert, comme si les habitants étaient justement en plein repos. Il faut dire que nous sommes à l’heure la plus chaude de la journée et qu’aucun minibus de touriste ne semble s’être arrêté sur la petite place centrale. A l’ombre d’un arbuste, nous déjeunons d’empanadas achetés le matin même dans une bonne boulangerie d’Ollantaytambo. Nous devons reprendre des forces car la marche ne s’arrête pas là. Nous ne nous attendions pas à trouver un village aussi endormi à Maras, mais nous avions de toute façon prévu de continuer jusqu’au site de Moray, tout près de là. Evidemment, « tout près » est une notion qui se nuance lorsque l’on enchaîne le dénivelé au dessus des 3500m! Après quelques hésitations dans les ruelles pavées, nous trouvons le sentier pédestre, qui monte vers les champs. Encore une fois, nous nous régalons du paysage tout en souffrant de la chaleur. Moray n’est que 100m plus haut que Maras, mais nous tombons rapidement face à un canyon… Autrement dit, nous descendons pour remonter de l’autre côté! Les jambes commencent à tirer et nous sentons les coups de soleil se former sur nos bras. Heureusement les alentours restent très agréables: dans le creux des canyons, creusés par des ruisseaux, la végétation est abondante. Cela contraste joliment avec les plateaux arides et, en arrière plan, les sommets enneigés.

Nous passons entre des champs de plantes non identifiées et apercevons le village de Moray, au loin, sur les pentes d’une colline. Nous n’irons pas jusque là, puisque le site qui nous intéresse est situé en contrebas. A l’entrée, il ne semble pas y avoir trop de monde et nous nous avançons vers les barrières qui délimitent le passage, pour découvrir les fameuses terrasses de Moray. Leur particularité tient d’abord de leur forme, parfaitement circulaire, puis de leur rôle. Il s’agirait en effet d’un laboratoire agricole: les Incas auraient réalisé ces plantations en étage pour déterminer l’influence de l’altitude et de l’hygrométrie sur différentes cultures. Chaque niveau fait 3m de haut, il y a donc environ 30m d’écart entre le point le plus haut et le plus bas. La variation de température entre le centre (plus chaud) et chaque étage, ainsi qu’un système d’irrigation complexe permettent de créer plusieurs microclimats qui auraient permis de cultiver jusqu’à 250 espèces différentes! Le site, composé de 3 ensembles de terrasses, ressemblant à de grands amphithéâtres, est assez impressionnant. Nous n’avons pas le courage de descendre entre les différents niveaux et nous nous contentons des vues dégagées depuis un sentier aménagé sur la partie haute. Nous n’avons marché qu’une dizaine de kilomètres, mais nous nous sentons épuisés par la chaleur et prenons un taxi pour rejoindre l’intersection qui mène à Urubamba. De là, nous devons héler un colectivo en espérant qu’il aille jusqu’à Ollantaytambo. Nous avons de la chance: un véhicule passe au bout de 2 minutes et c’est le bon! Nous atteignons la place centrale du village vers 16h et faisons un détour par le marché pour acheter du fromage andin et du pain. De quoi faire un bon goûter après une journée de marche pas aussi simple que nous l’imaginions!

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