Weekend animé à Ollantaytambo

Ce weekend à Ollantaytambo, c’est la fiesta. Le village célèbre l’une de ses festivités les plus importantes de l’année, dans un joyeux mélange de traditions ancestrales et de ferveur catholique. On nous a prévenus: la musique va s’entendre jusqu’au bout de la nuit! Samedi matin nous nous levons donc dans l’idée de profiter des animations organisées sur la Plaza de Armas. Le début officiel des célébrations n’est qu’à 16h, mais déjà, à 10h, nous voyons passer sous notre balcon des groupes costumés, la plupart du temps accompagnés d’une fanfare. L’euphorie est palpable parmi la population, surtout pour les enfants, qui ont le droit de se déguiser, de manger des sucreries et de veiller. Nous sortons de notre hôtel en milieu de journée, pour prendre la température: sur la place principale, c’est déjà l’effervescence. Des tribunes ont été installées en face de la petite église, dont le parvis est en cours de décoration par de jolies fresques réalisées à partir de poudres et de pétales colorés. L’ambiance de fête qui s’annonce nous donne envie de churros, que nous achetons avant de nous promener dans la vieille ville. A notre retour sur la Plaza de Armas, les gradins se sont bien remplis; certaines personnes sont là depuis le matin pour réserver une bonne place. Nous décidons de jouer les touristes, pour une fois, et de monter dans l’un des restaurants surplombant la place et dont les balcons nous donneront vue panoramique des événements, tout en étant assis confortablement. Il faut avouer que la météo n’est pas très clémente et que les éclaircies ne sont pas vraiment franches. Il fait même froid lorsque les gros nuages gris parviennent à passer devant le soleil et nous plaignons les Péruviens assis, avec ou sans parapluie, sur les tribunes.

Une plaquette d’information est distribuée dans le restaurant, ce qui nous permet d’en savoir plus sur la fête du jour. Il s’agit en réalité d’une commémoration catholique, en l’honneur du Christ de Choquekilka. Cette croix en bois serait apparue à un prêtre à proximité du lieu-dit Choquekilka (« les voix qui racontent », en quechua) et d’un pont Inca, suite à un apéritif un peu arrosé*! La croix aurait été repêchée dans la foulée, par les habitants venus aider le pauvre prêtre tombé à la rivière et aurait, depuis, accompli maints miracles. Elle est donc célébrée chaque année, au moment de la Pentecôte, par des processions accompagnées de musiques, de danses et de chants. Depuis que nous sommes en Amérique du Sud, nous avons plusieurs fois remarqué, aux abords des églises, des croix parées d’une tunique et d’ornements. Il s’agirait à chaque fois d’un « Señor » vénéré, souvent pour des miracles accomplis, associé à Jésus et célébré lors de grandes festivités spécifiques à la ville. Ici, cela dure 4 jours, et l’on vient de toute la région pour assister aux défilés, prier avec ferveur dans la journée et danser jusqu’au petit matin. Nous observons donc, depuis notre perchoir, les préparations de cette fête si importante et, constatons qu’effectivement, les locaux prennent les choses au sérieux. Les gradins se remplissent rapidement et personne ne quitte sa place, qu’il pleuve ou qu’il vente, de peur de la perdre! Chaque grande famille de la ville est représentée par un groupe costumé et une fanfare, qui vont et viennent bruyamment sur la place. C’est un véritable festival de couleurs et de musiques! A voir la finesse des tenues, nous imaginons que leur confection a pris une bonne partie de l’année.

La plaquette donne, en plus du programme, une liste des derniers miracles attribués à la croix, mais aussi quelques exemples de malheurs survenus à ceux qui l’ont discréditée! Un comité de gestion est nommé pour deux ans et apparemment, le statut de Président est extrêmement respecté. Les familles-groupes de danseur doivent se rendre devant le Comité pour obtenir l' »autorisation » de célébrer ce jour, puis ils rejoignent la place centrale, sous nos yeux, grands ouverts pour ne rien manquer. Les costumes sont variés, tantôt rappelant l’habit traditionnel Péruvien, tantôt dans le style colonial. Certains portent des masques au visage pâle et aux yeux bleus, d’autres arborent de très longs nez: tous semblent avoir pour vocation de parodier les colons espagnols (et les touristes?). D’ailleurs, les attributs des descendants Incas sont bien différents: cagoules noires et tuniques colorées, ornées de pompons et de franges. Les pas de danses, eux-aussi, permettent d’identifier qui joue le rôle de qui: là, un Inca qui avance avec grâce, ici un gringo à la démarche grossière. Les groupes ne font que traverser la place, puisque le top des festivités n’est pas encore donné. Vers 16h, lorsque le Comité arrive, portant d’immenses gerbes fleuries au bras, c’est le signal du début de ce long weekend de libations. Le premier groupe de danseurs peut alors entamer sa procession vers l’église, où la croix est récupérée. Placée sur un brancard de procession et revêtue d’une tunique ajourée et de quantités d’ornements, elle est sortie de l’édifice par une partie du groupe qui fait alors office de porteurs. Ils piétinent ensuite les jolies fresques fleuries, dessinées quelques heures auparavant, puis font le tour de la place au rythme des tambours qui animent la procession. Nous choisissons ce moment pour faire une pause (cela fait des heures que nous grelottons sur notre balcon) et rentrer rajouter quelques couches de vêtements pour profiter de la soirée dans les meilleures conditions. En effet, une fois la partie religieuse passée, tous les groupes de danse pourront se produire sur la Plaza de Armas, à tour de rôle, et la fête pourra alors battre son plein.

Malheureusement, à peine rentrés, nous nous rendons compte que quelque chose ne va pas: nous sommes tous les deux prix de nausées et passerons la soirée aux toilettes. Est-ce une malédiction de la croix de bois? Dehors, la musique se fait de plus en plus forte et en même temps, des travaux de cimenterie sont en cours juste sous nos fenêtres, faisant un vacarme assourdissant. Cela durera jusqu’à minuit, heure à laquelle Franck aura le courage de se lever pour demander du silence aux travailleurs. Bizarrement, la musique se sera arrêtée avant et nous pourrons reprendre quelques forces jusqu’au dimanche matin. Cette journée ne nous verra pas sortir plus de 30 minutes, pour prendre l’air et acheter de l’eau, car il nous est impossible de nous nourrir et nous risquons la déshydratation. Déçus de ne pas voir la corrida, organisée à 14h, nous nous consolons en apercevant quelques danseuses sur la place principale. Mais la forme n’étant pas au rendez-vous, la fête est bien terminée pour nous et nous quittons Ollantaytambo, le lendemain matin, sans avoir réellement profité de cette grande célébration. A peine arrivés à Cusco, nous prenons contact avec notre assurance qui nous indique une clinique: Franck va mieux, mais je ne parviens toujours pas à manger et je manque vraiment d’énergie. En début d’après-midi, nous sommes fixés: intoxication à la salmonelle et déshydratation sévère… Ah! Ce fromage andin n’était finalement pas une si bonne idée! Avouons que nous l’avons acheté dans un stand un peu miteux, à proximité des vendeurs de viande crue… ou comment multiplier les risques! La clinique décide de me placer sous perfusion pour éviter tout rejet d’antibiotique (puisque je n’arrive pas à manger) et je dois rester deux nuits sur place. Le supplice, sachant que nous avions enfin trouvé une guest house des plus confortables! Le mercredi matin, alors que je me sens mieux depuis déjà 24h, nous décidons de forcer la main pour sortir et découvrons que la clinique envoie de faux rapports à l’assurance pour tenter de me garder! Il faut dire que j’ai été choyée pendant deux jours: infirmières présentes en 2min, petits chaussons, couverture supplémentaire et surtout chambre spacieuse avec vue. Il fallait bien que quelqu’un paye! Nous parvenons à trouver un accord – je continue le traitement sous forme de cachets et la clinique s’arrange avec l’assurance pour se justifier – et je suis délivrée en milieu de journée. Finalement, nous n’avons pas invoqué le Señor de Choquekilka, mais tout est bien qui finit bien!

*Oui, c’est écrit comme cela dans la plaquette d’information! Modulo mes compétences de traduction depuis l’espagnol!

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2 réflexions sur “Weekend animé à Ollantaytambo

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