Villages péruviens au bord du lac Titicaca

Samedi 17 juin, nous quittons la quiétude de Copacabana et la Bolivie pour reprendre la route vers le Pérou, d’où nous devrons prendre l’avion mardi pour le Mexique. Comme nous disposons d’encore un peu de temps et que nous n’avons pas envie de le passer dans la ville de Puno, nous avons décidé de nous arrêter dans des petits villages des rives du lac Titicaca pour profiter pleinement de nos derniers jours au Pérou. Le trajet de Copacabana au village péruvien de Juli s’avère plus simple que nous le pensions : après avoir fait nos adieux aux aimables propriétaires de l’hôtel où nous logeons, nous nous rendons sur la place principale pour prendre un taxi partagé. Le prix est très abordable et une fois le véhicule plein (ce qui ne prend que 10 minutes !), le chauffeur nous emmène au poste frontière de Kasani. Nous tombons dans une heure creuse d’activité (pas de bus à l’horizon) et il nous faut moins de 2 minutes pour être officiellement sortis du territoire bolivien. Le temps de dépenser nos derniers bolivianos dans du chocolat (il fallait bien trouver quelque chose… !), un homme nous aborde : « vous allez à Puno ? – Non, à Juli. – Ah ça tombe bien je suis né là-bas ! ». Tandis qu’il court arrêter son bus pour nous attendre, nous passons aussi vite que possible les formalités péruviennes. Nous montons ensuite dans le véhicule tout confort et presque vide ; le trajet nous coûte quasiment autant que pour revenir à la capitale de la Province, mais au moins nous n’avons pas attendu qu’un colectivo veuille bien nous prendre. Et surtout, à la descente du bus à Juli, nous faisons plus ample connaissance avec notre bon samaritain, Theophilo. Il nous indique les principaux points d’intérêts de la ville et nous explique qu’auparavant cette petite bourgade était très touristique. Les bus s’y arrêtaient pour déverser un flot continuel de visiteurs, qui devaient ensuite traverser le lac en bateau pour se rendre en Bolivie. Theophilo était alors employé par l’une des nombreuses compagnies de bus qui effectuaient le trajet entre Cusco et Juli. Depuis que la route est bitumée jusqu’à Copacabana, le village est tombé dans l’oubli et seuls quelques voyageurs prennent le temps de s’y arrêter. Le vieil homme effectue, depuis, le trajet entre Puno et la Bolivie plusieurs fois par semaine. Il nous aide à trouver une chambre d’hôtel, avant de nous quitter en nous donnant de dernières recommandations : vraiment trop gentil ! Nous nous installons dans notre logement un peu vieillot mais confortable, en imaginant à quel point il devait être tendance à l’âge d’or de la ville, puis nous sortons nous promener.

La place du village est déserte (il n’est que 10h) et nous sommes contents que l’afflux de touristes ait tant baissé : c’est triste pour l’économie, mais l’ambiance est vraiment authentique ! Il fait bon et chaud au soleil et la balade est agréable dans les rues calmes qui mènent à la gare routière. Celle-ci, construite pour accueillir de nombreux passagers, est aujourd’hui complètement vide et a des airs de bâtiment fantôme. A l’extérieur, les colectivos ont pris possession des quais dimensionnés pour les grands bus de tourisme – seulement une compagnie semble encore s’arrêter ici. Nous montons à bord d’un véhicule en partance pour Ilave : nous avons en tête de visiter la « Porte des Dieux », située à mi-chemin entre les deux villages. Ce monument, ou plutôt cette roche sculptée en forme de porte, attire les amateurs de mystère et d’ésotérisme du monde entier. La légende raconte qu’un prêtre de l’époque pré-hispanique, Amaru Muru, voulant cacher un disque d’or d’une grande valeur, aurait disparu à proximité de cette porte. De nos jours, les théories les plus folles parlent de « Stargate » ou de portail spatio-temporel. La taille de cette sculpture et le magnétisme naturel de la roche font partie des caractéristiques qui alimentent les fantasmes. Des cérémonies ont encore lieu certains soirs à proximité du site, qui serait important pour la population locale; le lieu-dit, appelé Hayu Marca est d’ailleurs situé dans une région où l’on trouve encore des chamanes. Pour faire cesser les cultes païens, l’église catholique aurait renommé le lieu en « Porte du diable » à l’époque coloniale, répandant l’idée qu’il s’agissait de l’accès aux Enfers pour dissuader les Aymaras d’en approcher. Pour notre part, nous y allons plutôt par curiosité, étonnés de savoir qu’un site d’une telle ampleur supposée soit en même temps aussi délaissé. En effet, nous devons arrêter le colectivo au milieu de nulle part pour y accéder : seul un petit panneau indique la direction à prendre sur un chemin de terre. La « porte », visible depuis la route, a été gravée au début d’un ensemble impressionnant de reliefs de roche rouge. Sans même prendre en compte le « monument », le site naturel est déjà très beau et vaut le déplacement : au milieu de champs jaunis par le soleil, un îlot de verdure est transpercé par de grandes flèches écarlates. C’est comme si les strates du sous-sol s’étaient soulevées et renversées à la verticale, avant que l’érosion ne les sculpte en formes complexes. Le bleu du ciel, sans nuage aujourd’hui, vient compléter cette belle palette de couleurs contrastées. En nous retournant, nous pouvons admirer le lac, puis, sur l’autre rive, en Bolivie, la Cordillera Real et ses sommets enneigés.

Deux femmes attendent dans une petite cahute qui marque l’entrée du site, pour faire payer une somme modique aux rares visiteurs (nous sommes seuls). La taille de la roche sculptée est en effet impressionnante de près et des vestiges de feux de camp et de bougeoirs témoignent des veillées régulières qui ont lieu ici. Une niche en forme de T est creusée dans la grande porte : il s’agirait de l’entrée pour les Hommes, l’autre étant pour une espèce supérieurement intelligente et à priori beaucoup plus grande (?). Mais nous sommes perplexes : le travail de taille de la pierre est très grossier et surtout, il n’y a aucune ruine alentours. Nous trouvons étrange de construire une « porte » qui ne s’ouvre pas en plein milieu de la campagne: si toutefois il s’agissait réellement d’un lieu de culte important, il devrait y avoir des restes d’un temple ou d’une construction de ce type. Mais, aussi belles et complexes que soient les formes de la roche qui nous entoure, elles semblent complètement naturelles, forgées par les éléments. De plus, si le site est sacré (la présence de touristes ne serait pas toujours bienvenue pour les locaux, ce qui expliquerait le peu d’aménagements pour y accéder), pourquoi l’avoir sculpté juste au début des formations rocheuses, visible depuis la route et le lac, alors que, quelques mètres plus loin, les reliefs forment un labyrinthe naturellement protecteur ? Peu importent les questions sans réponses, nous profitons des superbes paysages et prenons plaisir à escalader les roches aux formes biscornues pour profiter de beaux points de vue sur la plaine qui s’étend tout autour. Vers midi, le soleil cognant un peu fort, nous reprenons la direction de Juli. Mais comme nous sommes entre deux villages, il n’est pas évident d’arrêter un colectivo (ils sont tous pleins !) et nous marchons encore une demi-heure avant qu’un véhicule ne veuille bien nous ramener ! Nous faisons une pause déjeuner équilibrée dans une rôtisserie (50% poulet – 50% frites, c’est équilibré!), avant d’envisager une sieste digestive à l’hôtel. Il fait chaud et, vue l’activité du village, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée. Mais c’est sans compter sur l’intelligence de notre logeur, qui a fermé la porte d’entrée avant de se volatiliser : coincés dehors, nous devons prendre notre mal en patience et décidons alors d’avancer notre visite de la ville.

Surnommée « la petite Rome d’Amérique » pour la présence de 4 églises de l’époque coloniale, Juli est une bourgade très calme. L’activité se concentre surtout sur la place principale (hors heures de sieste), joliment décorée d’arbustes taillés et au marché. Le dimanche est d’ailleurs jour de feria (foire ou plutôt marché régional) et les rues sont alors peuplées de stands en tous genres. Les églises étant fermées en ce début d’après-midi, nous ne pourrons en admirer que l’extérieur. Sur la place du village se dresse le Templo de San Pedro Mártir, bâti en 1565 par les Dominicains. L’église a été bien rénovée, tout comme les bâtiments qui entourent la place. Nous nous prenons à imaginer l’ambiance à l’époque où Juli était une ville de transit: les hôtels, aujourd’hui déserts, devaient tourner à plein régime et les bâtiments vides devaient être des restaurants avec vue. Derrière le bel hôtel de ville, nous longeons ce qui nous semble être un hôtel de luxe qui n’a jamais pu ouvrir ses portes, faute de clients. En nous dirigeant vers l’Est, nous atteignons l’église Jésuite du XVIè siècle (Templo museo Nuestra Señora de la Asunción), dont le clocher a été fortement endommagé. La restauration n’est apparemment pas complète, mais le parvis est plutôt joli avec son arche, précédée d’une fontaine sculptée en forme de lions. Nous redescendons vers le lac, pour trouver une jolie vue, puis le Templo museo San Juan Bautista de Letrán, une église mixte puisque commencée par l’ordre dominicain et achevée par les Jésuites peu avant leur expulsion du pays (comme partout en Amérique du Sud). Juste à côté, des ruines couvertes de toits en tôle, probablement pour éviter une détérioration plus avancée, devaient être auparavant l’Iglesia de Santa Cruz de Jerusalén. Détruite par un orage au début du XXè siècle, sa reconstruction demande trop de ressources pour le village, qui ne peut qu’en protéger les vestiges des intempéries avec les préaux de fortune ajoutés récemment. Notre balade se termine alors que nous retournons sur la place principale et nous regagnons l’hôtel, que nous trouvons encore fermé… Nous tambourinons, sonnons, allumons la lumière à plusieurs reprises avant qu’enfin le jeune gérant (qui était en fait présent mais probablement sur le toit (?) ne vienne nous ouvrir! Ils n’ont vraiment plus l’habitude des touristes à Juli!

Le lendemain matin, nous traversons la fameuse foire du dimanche pour nous rendre à la gare routière, non sans nous arrêter pour un petit déjeuner local! Les stands sont colorés et les vendeurs, qui sont venus des villages alentours, proposent toutes sortes de produits: des boîtes en plastique aux jupons, en passant par les beaux tissus andins et les fruits et légumes frais. Nous prenons ensuite un colectivo en direction de Puno; le véhicule traverse les magnifiques paysages qui bordent le lac et dont nous savons déjà qu’ils nous manqueront dans quelques jours. Après presque 1h de trajet, nous nous arrêtons à Chucuito, un petit village où les bus en direction de Copacabana s’arrêtent quelques minutes pour une curiosité locale: l’ancien temple Inca Uyo. La particularité de ces ruines tient dans les monolithes en forme de champignons qui se trouvent à l’intérieur: interprétés comme des phallus, ils amènent certains archéologues à penser qu’il s’agissait d’un temple dédié à la fertilité. De nos jours, ces vestiges sont visités par des bus de touristes en partance pour Copacabana, ou quelques locaux en mal d’enfants. Lors de notre passage, nous assistons d’ailleurs à une étrange cérémonie, durant laquelle la femme s’assied sur l’une des pierres taillées, tandis que l’homme verse en offrande du vin rosé aux quatre coins de l’édifice… Apparemment, le temple est encore en fonction! Après avoir trouvé une chambre d’hôtes où passer la nuit, nous entrons un peu au hasard dans un restaurant pour déjeuner. Il est encore tôt et nous sommes parmi les premiers. La cour intérieure est très jolie et la salle, ainsi que la terrasse, qui nous semblaient disproportionnées pour la taille du village se remplissent au fur et à mesure de notre repas. Des familles entières viennent pour le déjeuner dominical, à tel point qu’une heure plus tard, certains repartent bredouille, faute de place! Il faut dire que l’adresse vaut le déplacement: le repas est excellent et indécemment copieux… Lorsque nous sortons, nous constatons que la place centrale du village s’est remplie de véhicules et les terrasses débordent de monde. Toute la région s’est donné rendez-vous pour un déjeuner à Chucuito! Nous visitons rapidement le bourg: outre l’église de la place principale, une autre jolie chapelle se dresse à proximité du site d’Inca Uyo. Nous descendons vers le lac, à proximité duquel quelques hôtels de luxe ont élu domicile. A travers les grandes baies vitrées, nous observons les employés préparer l’arrivée de la haute saison. Lorsque le soleil descend lentement derrière les collines, le village se vide et retrouve son calme. Le froid revient également et nous pousse à rentrer; nous profitons des grandes fenêtres de notre chambre pour admirer une dernière fois les lagunes peuplées de flamands roses, éclairées de la douce lumière orange du soleil couchant.

Nous quittons Chucuito le lundi matin et rejoignons Puno en moins de 30min en colectivo. La ville ne nous avait pas vraiment manqué, mais elle est mieux desservie et il est plus commode d’y prendre un taxi pour l’aéroport. Nous déjeunons près du port, sur le bord du lac, avant de remonter vers le centre-ville, où nous avons pris une chambre. En arrivant dans la rue de l’hôtel, nous reconnaissons la musique folklorique locale: une fête est en cours! Il s’agit en réalité d’un défilé, qui passe juste dans la rue de notre logement, nous permettant ainsi d’en profiter depuis l’intérieur. Puno est réputée capitale folklorique du Pérou et à l’approche des festivités de l’Inti Raymi (fête du solstice d’hiver), les manifestations se multiplient. Nous assistons à un magnifique défilé: les costumes, colorés, sont très variés, tout comme les airs joués et les pas de danses. Chacun semble représenter une région du pays et les participants sont très nombreux. Entre la procession de Choquekilka à Ollantaytambo, la fête de la communauté Yumani sur l’Isla del Sol en Bolivie et ce défilé, nous avons de la chance d’avoir pu être témoins, par hasard, de toutes ces célébrations! Le lendemain, en milieu de matinée, nous prenons la navette pour le petit aéroport de Juliaca. N’étant pas conçu pour accueillir un grand nombre de passagers, il déborde un peu lorsque deux vols se retrouvent en même temps à l’enregistrement. Nous nous envolerons vers 13h30 pour Lima, où nous passerons une nuit avant de reprendre l’avion le lendemain matin, pour Mexico.

 

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