Les ruines perdues de Cantona

Après une petite journée de transports depuis Teotihuacán (avec un passage obligé par Mexico), nous voici à Puebla, capitale de l’Etat de… Puebla! Avec un centre colonial classé au Patrimoine mondial de l’Unesco et une réputation de ville étudiante, nous espérons y passer quelques jours agréables. Surtout, nous avons repéré, à quelques kilomètres, une cité précolombienne qui présente quelques différences avec les autres sites de la même période. Avec une apogée estimée entre 600 et 1000 ap. J.C., Cantona se serait développée alors que Teotihuacán déclinait. Dès le lendemain de notre arrivée à Puebla, nous entreprenons donc de nous rendre sur les lieux, dont le cadre surréaliste de paysages volcaniques recouverts de cactus est largement vanté sur Internet. Mais c’est une épreuve digne de Pékin Express qui nous attend! Contrairement aux pays d’Amérique du Sud où les colectivos sont légion et permettent de circuler très facilement, le Mexique privilégie le véhicule personnel. Il y a bien des transports collectifs, mais ils relient surtout les grandes villes par l’intermédiaire d’autoroutes… comme en France en fait! Nous débutons notre parcours du combattant par une marche sous la pluie pour rejoindre l’arrêt des bus urbains qui relient la gare routière. De là, nous trouvons assez rapidement le guichet des bus à destination de Zaragoza, la grande ville la plus proche au Nord, dont l’itinéraire passe par Oriental, un village où nous devrons descendre. Nous embarquons dans un véhicule presque vide à 10h, pour être déposés 1h30 plus tard dans cette bourgade perdue au milieu de la campagne. Heureusement, les combi pour Cantona partent depuis une rue juste à côté du « terminal » (en fait un local de vente de ticket) où nous avons échoué. Nous avons faim et décidons de déjeuner tôt, sans nous rendre compte que le fait de reporter notre départ à une heure ultérieure va nous compliquer la tâche. En effet, entre midi et 14h, il n’y a plus de transport direct pour le site archéologique! Nous devons donc prendre un combi qui nous dépose, après un interminable trajet à 30km/h avec détours par tous les villages perdus du coin, dans le hameau de Tepeyahualco. Un taxi attend patiemment les voyageurs qui osent s’aventurer jusqu’ici sans véhicule personnel pour effectuer le dernier tronçon de trajet jusqu’à Cantona, à un prix, heureusement, raisonnable.

Nous avons donc mis 3h pour y arriver, mais cela valait le déplacement! En chemin, nous avions remarqué que nous nous approchions des montagnes, laissant les champs de maïs derrière nous. Les rumeurs étaient vraies: le cadre est superbe. Le sol de lave solidifiée, très fertile, s’est recouvert avec le temps d’un moelleux tapis d’herbe et de mousse. Des cactus et des pins ont poussé, çà et là, sans pour autant constituer une forêt compacte, laissant apparaître les vestiges de Cantona. La végétation devait sûrement recouvrir ses murs lors de leur restauration au XXè siècle, mais le site que nous visitons aujourd’hui est très bien reconstitué. Ce qui fait la particularité de ces vestiges est son plan urbain: des allées pavées surélevées ont été bâties pour relier les différents bâtiments. De plus, aucun mortier n’a été utilisé pour maintenir les pierres entre elles, ce qui est unique dans toute la Mésoamérique. Le site est très étendu et donne à voir un nombre impressionnant de pyramides et de terrains de jeu de balle. Craignant qu’un orage ne se déclenche bientôt, nous passons l’étape du musée et profitons du temps ensoleillé pour explorer la zone archéologique. La visite commence par un espace résidentiel, constitué d’habitations accolées et reliées entre elles par les fameuses avenues pavées. Nous suivons ces artères qui montent progressivement le long d’une colline où se trouvent les bâtiments de vie commune. Des panneaux expliquent la fonction supposée des différents édifices; l’accès à la zone associée aux rôles administratifs et sacrés était contrôlé et limité par le biais d’escaliers abruptes. Nous les gravissons pour nous retrouver face aux premiers temples pyramidaux et terrains de jeu de balle. Contrairement aux autres sites de cette époque, les murs n’étaient pas chaulés et colorés, ce sont donc des vestiges presque dans leur configuration d’origine que nous visitons. Surtout, la vue depuis le sommet de la colline est à couper le souffle: les pierres empilées qui constituent les murs se mêlent harmonieusement à la végétation, comme si les lieux étaient ainsi depuis la nuit des temps. Le vert tendre du tapis mousseux et des cactées qui poussent sur la zone archéologique contraste avec la forêt, plus sombre, qui s’étend à ses pieds, tandis que de hautes montagnes constituent l’arrière plan de ce tableau. Le soleil brille au dessus de nous, mais partout autour, de sombres nuages d’orage se rapprochent, semblant vouloir se rejoindre juste sur nos têtes.

Nous continuons notre visite, grimpant au sommet des édifices et parcourant le sentier balisant qui nous conduit à travers les vestiges. Cantona devait être, en son temps, une grande cité, puisque plus d’une vingtaine de terrains de jeu de balle y ont été retrouvés. Ce « jeu », courant dans les traditions des civilisations de Mésoamérique mettait en opposition deux équipes faisant des passes avec une balle en caoutchouc, comme dans une partie de football. Mais pas question de simuler: souvent associée à des cérémonies sacrées (rituels pour la fertilité des terres, la venue de la pluie ou encore les récoltes), la partie était prise au sérieux et la moindre faute de jeu pouvait impliquer une décapitation! D’ailleurs, les membres de l’équipe perdante étaient parfois sacrifiés à l’issue du match… Chaque terrain est bordé, d’un côté, d’un temple plus ou moins important selon la nature des cérémonies qui s’y déroulaient. La visite est d’autant plus agréable qu’il n’y a presque personne sur le site. Chaque fois que nous gravissons un temple pyramidal, nous découvrons un nouveau point de vue fantastique. Estimée à 12km², la superficie de l’ensemble n’a pas été entièrement restaurée; parmi les pins et les palmiers, en contrebas de la colline comportant les plus grands édifices, de petites buttes semblent cacher quelque vestige non dévoilé. L’occupation de la cité, d’environ -1000 à +1000, serait l’une des plus longues de l’histoire du pays et les ruines que nous parcourons ne sont représentatives que de l’époque la plus récente.

L’orage grondant, nous nous hâtons de redescendre vers l’entrée du site et le musée, qui nous offre un abri bienvenu, juste au moment où l’averse se déclenche. Les pièces de céramique et surtout d’obsidienne retrouvés dans la zone sont exposés dans des vitrines toutes neuves. Une importante carrière de cette pierre, ou plutôt de ce verre volcanique se trouve en effet à proximité de Cantona et le commerce de l’obsidienne aurait fortement contribué à l’essor de cette cité. Plus de 900 espaces de travail de cette pierre ont été retrouvés par les archéologues parmi les quelques 3000 habitations dénombrées. L’emplacement stratégique de ce centre urbain a également été un facteur important dans son développement: dans une vallée fertile, arrosée de nombreux cours d’eau et surtout sur un axe reliant Mexico (Tenochtitlán) à la côte du Golfe du Mexique, parfait pour les échanges commerciaux. Etant donné les contraintes du terrain volcanique, le plan urbain aurait été adapté pour se fondre harmonieusement dans le paysage, ce qui expliquerait, selon les archéologues, une structure asymétrique, inhabituelle des agglomérations préhispaniques. Le musée est très intéressant, mais l’heure tourne et nous ne voulons pas manquer le combi retour, qui nous a été indiqué à 15h30. Il pleut dru, alors que nous attendons le véhicule sur la route qui passe devant la zone archéologique. Heureusement, nous interceptons rapidement notre transport, qui nous ramène à Tepeyahualco, où nous changeons de combi. Nous n’arrivons à Oriental qu’une heure plus tard et il nous faut patienter 45min de plus pour prendre le bus retour vers Puebla. Nous ne voyons pas passer le trajet: épuisés par la pluie et nos pérégrinations, nous nous endormons rapidement. A l’arrivée à Puebla, le mauvais temps s’est dissipé et un coin de ciel bleu fait son apparition: nous allons pouvoir regagner l’hôtel au sec! Ce fût une véritable expédition, mais visiter de tels vestiges, dans un cadre aussi isolé, cela se paie!

Pour les hispanophones, Wikipédia donne quelques explications complémentaires…

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