Teotihuacán

C’est sous la bruine que nous quittons Mexico dimanche matin. Après presque une heure de métro, nous avons atteint la gare routière du Nord de la ville pour prendre un bus en direction des pyramides de Teotihuacán. Le trajet ne dure qu’une heure, mais n’est pas des plus agréables en termes de paysages: zones commerciales et industrielles, banlieues cimentées ou terrains barbelés, ce n’est pas encore la campagne! Nous nous laissons déposer à l’entrée du site mais nous ne visitons pas aujourd’hui: il est midi, c’est l’heure de fréquentation maximale et qui plus est nous sommes dimanche, il doit y avoir un monde fou! Nous longeons la clôture qui entoure le site pour rejoindre, un kilomètre plus loin, notre maison d’hôtes. La pluie s’est arrêtée et nous profitons quelques instants de la terrasse en attendant la préparation de notre chambre: nous avons vue sur les pyramides et, comme nous le pensions, il y a foule au sommet! La météo est tout de même incertaine et plusieurs averses se succèdent dans l’après-midi, nous empêchant toute promenade. Heureusement, quelques restaurants situés non loin sont encore ouverts et nous pouvons aller dîner entre deux ondées. Les spécialités mexicaines sont délicieuses, mais déchiffrer la carte est une véritable épreuve! Il nous faut réapprendre tout le vocabulaire culinaire, car l’espagnol ici est vraiment différent de celui d’Amérique du Sud!

Le lendemain matin, nous nous hâtons de prendre notre petit-déjeuner pour arriver à l’entrée du site à l’heure d’ouverture. Il est tout juste 9h lorsque nous passons les grilles de la porte n°5 (il y a 5 accès au site) et il y a déjà quelques personnes au sommet de la plus haute des pyramides. Le chemin qui y mène en fait le tour et nous permet de prendre toute la mesure de ses dimensions: avec ses 70m de haut pour une base carrée de 220m de côté, elle est très impressionnante vue d’en bas. Nous sommes loin de la hauteur des pyramides égyptiennes (celle de Kheops fait 137m de haut), mais la Pirámide del Sol se classe deuxième en volume sur le continent américain*. A son sommet se serait auparavant trouvé un temple dédié au dieu Soleil, d’où sa dénomination par les archéologues. En effet, construit entre l’an -150, pour les premiers édifices, et l’an +600 environ, époque de son apogée, le site a par la suite été abandonné et recouvert par la végétation. La plupart des édifices doivent leur état de conservation à une épaisse couche de terre qui en a protégé la base contre les éléments, non sans en détruire le revêtement supérieur. A l’arrivée des Espagnols sur le sol mexicain, Teotihuacán était encore un lieu de pèlerinage pour les Aztèques; il reste donc de cette époque quelques traces écrites sur le rôle et l’état des différents monuments au XVIè siècle. Cependant, leurs fonctions et appellations initiales ne sont pas connues et les noms actuels sont ceux donnés par les Aztèques ou déduits par les archéologues. Les traces d’un ancien temple dédié au Soleil, ayant été retrouvées sous la grande pyramide, semblent cependant confirmer l’hypothèse du lieu de culte.

Nous grimpons au sommet de cet imposant monument en gravissant avec peine ses marches abruptes. Un passage est particulièrement périlleux, tant l’inclinaison est forte, mais une fois au sommet la vue est époustouflante. Nous avons une vision globale du site, avec l’allée des morts (Calzada de los Muertes) qui le traverse sur 2km de long, le coupant en deux parties presque symétriques. Au bout de cet axe se dresse la pyramide de la Lune, un peu plus petite que celle du Soleil, mais mieux conservée. Des temples à degrés sont érigés un peu partout et par endroit des ruines semblent en cours de fouilles: la taille de l’ensemble à son apogée étant estimée à plus de 20km², il reste encore beaucoup à découvrir! Nous profitons des lieux dans une atmosphère assez sereine et observons les premiers bus de touristes arriver et partir bruyamment à l’assaut de la pyramide. Le calme aura été de courte durée…! En redescendant, nous nous attardons pour examiner la structure de l’édifice. Il s’agit en fait d’un monticule de terre et de sable, dont la forme pyramidale est assurée par une accumulation assez grossière de pierres volcaniques, maintenues ensemble par du mortier. A intervalles réguliers, sur les pans inclinés, des roches plus longues dépassent: elles ont été placées ainsi pour soutenir un épais revêtement de chaux, qui n’est plus visible aujourd’hui. La pyramide était donc en réalité bien lisse et, qui plus est, de couleur rouge, ce qui est difficile à imaginer devant l’état actuel des choses. Les monuments de grande taille qui encadrent symétriquement la Calzada de los Muertes étaient également chaulés et la vue du site, depuis le centre de cet axe, devait vraiment être frappante. C’est d’ailleurs l’origine de sa dénomination: les Aztèques, impressionnés, pensaient que ces bâtiments étaient les tombeaux des anciens souverains, édifiés par des géants.

En prenant du recul par rapport à la pyramide du Soleil, nous nous rendons compte qu’un étage est bizarrement beaucoup plus petit que les autres. En effet, selon les panneaux explicatifs, l’édifice ne devrait compter que quarte paliers, mais la rénovation du début du XXè siècle, un peu hâtive, en a fait apparaître un cinquième. Cela explique les marches presque à la verticale au milieu de la montée! Nous parcourons l’allée des morts pour remonter vers la place de la pyramide de la Lune, depuis laquelle nous pouvons accéder à quelques édifices en bon état de conservation. Nous entrons tout d’abord dans le Palacio de Quetzalpapálotl (palais du quetzal** papillon), qui est supposé avoir été la résidence d’un prêtre. Les murs restaurés donnent un aperçu de ce à quoi ressemblaient les bâtiments avec leur couverture de chaux et leurs motifs colorés. Nous poursuivons la visite par le Palacio de los Jaguares (palais des jaguars), orné de peintures de félins à crinière (ou à plumes, selon les archéologues), puis par le Templo de los caracoles emplumados (temple des escargots à plume), où les sculptures en forme de coquillages sont en excellent état. Le petit circuit se termine par le passage dans une zone résidentielle, dont il ne reste que la base des murs, mais où les systèmes de drainage des eaux usées sont encore visibles. L’organisation des habitations est assez élaborée quand on sait que les premiers édifices ont été bâtis vers -150. La construction de la pyramide du Soleil est datée de l’an +100, époque à laquelle le site atteignait sa taille maximale et comptait près de 60000 habitants. L’apogée de Teotihuacán, entre 150 et 600 ap. J.C., voit l’édification de la pyramide de la Lune et des principaux édifices qui entourent cette place, d’où leur aspect plus élaboré.

Nous montons au sommet de la Pirámide de la Luna, depuis lequel le panorama sur l’allée des morts et la Pirámide del Sol est superbe. Ici aussi s’élevait un temple, tandis que la grande place au pied du monument semblait destinée à accueillir la foule lors des cérémonies. Fatigués de monter et descendre les marches surdimensionnées de ces édifices et surtout agacés par les innombrables rabatteurs qui vendent des sifflets (dont le bruit désagréable mettrait à mal la patience d’un moine tibétain), nous décidons de nous éloigner un peu de l’agitation du site. Quelques monuments, situés à l’extérieur de l’enceinte barbelée, très peu connus des visiteurs, comportent des fresques bien préservées. Malgré la chaleur qui règne, la balade est agréable et nous fait passer par des quartiers résidentiels bordés de figuiers de barbarie et de cactus. Nous visitons ainsi, quasiment seuls et dans un calme très appréciable, les Palacio de Tetitla et de Atetelco, dont les murs colorés semblent tout de même avoir souffert de l’exposition à l’air libre suite aux excavations. C’est en début d’après-midi que nous retournons dans la zone principale du site archéologique. Nous parvenons à un grand espace entouré de marches et de pyramides, appelé la Ciudadela (citadelle): son emplacement stratégique, au bout de l’allée des morts, en opposition à la pyramide de la Lune, et assez proche de la pyramide du Soleil, laisse penser qu’il s’agissait du cœur névralgique de la cité. Mais il ne s’agit que de suppositions, les historiens ne disposant que de peu d’éléments pour déterminer la fonction initiale des lieux. D’ailleurs, Teotihuacán est un nom donné par les Aztèques, signifiant « lieu de naissance des Dieux » et la civilisation associée à sa construction a été nommée de façon homonyme par les archéologues.

Dans l’enclos formé par les marches se dresse un temple pyramidal dont les décors sculptés, en bon état de conservation, ont été replacés sur les flancs. La structure des monuments est appelée talud-tablero, les sections inclinées étant appelées talud et celles verticales, tablero. Cette pyramide est le Temple de Quetzalcóatl, le dieu serpent à plumes, à l’origine peint en bleu comme l’attestent des restes de murs chaulés à sa base. Une sorte de plateforme se dresse juste devant et recouvrait auparavant le temple, rajout daté d’environ 350 ap. J.C., qui a finalement permis de conserver les nombreuses sculptures de tête de serpent à plume qui ornent les flancs de la pyramide. Des restes de 137 personnes sacrifiées ont été retrouvé au pied du bâtiment, donnant une idée de son importance, et des fouilles archéologiques sont encore en cours à l’heure actuelle. Il fait très lourd et les cris des touristes, accompagnés du sifflet lancinant des rabatteurs, nous poussent vers la sortie. Nous faisons un petit détour par le musée du site, exposant les artefacts retrouvés dans et sous les différents édifices, ainsi que les squelettes humains exhumés avec leurs ornements. Une grande maquette permet d’avoir une vue globale de l’ensemble et d’imaginer les lieux à l’époque préhispanique. Un orage d’été se prépare, comme tous les après-midi: le ciel s’est assombri et le tonnerre gronde au loin. Nous avons le temps de déjeuner sur le chemin du retour et nous évitons de justesse les grosses gouttes qui se mettent à tomber vers 15h. Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir pu profiter du site par beau temps et surtout d’avoir savouré quelques instants de calme au sommet de la pyramide du Soleil! Teotihuacán est un lieu monumental dont les mystères sont loin d’être complètement découverts, ce qui n’est pas pour nous déplaire!

*Après la pyramide de Cholula (aussi au Mexique), aujourd’hui confondue avec une colline, qui mesure 55m de hauteur pour une base de 400m de côté.

**Le quetzal est un oiseau au plumage vert, plus d’infos ici!

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