Puebla

Fondée en 1531 par les Espagnols, la ville de Puebla a conservé un magnifique centre historique, aujourd’hui classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. Nous profitons de notre deuxième jour dans la région pour visiter les rues bordées de bâtiments coloniaux, ornés d’azulejos, et d’églises, plus belles les unes que les autres. En effet, la ville compte un grand nombre d’édifices religieux, de diverses époques, dont la plupart sont coiffés de coupoles colorées dépassant au-dessus des toits. Cela est dû à une volonté des colons espagnols d’en faire rapidement un centre catholique important, capable de rayonner dans toute la région, et de supplanter le site religieux précolombien de Cholula, situé non loin. Le but était non seulement de montrer la puissance de l’Espagne et de sa religion aux peuples indigènes, mais surtout de garantir la maîtrise du territoire, stratégique, car situé entre la capitale et le golfe du Mexique. Initialement baptisée Ciudad de los Angeles (cité des anges), la ville prit rapidement le surnom de Puebla de los Angeles (« Angelopolis »), à l’origine de son nom actuel. Des panneaux explicatifs en anglais et en espagnol, disposés un peu partout dans le centre colonial, permettent d’en apprendre plus sur les principaux édifices et leur histoire.

Nous commençons notre visite par la Casa de la Cultura, l’ancien palais épiscopal transformé en centre culturel. L’immense façade du bâtiment est ornée de briques rouges et d’azulejos, ces carreaux de faïence bleue et blanche. Célèbre depuis toujours pour son artisanat, Puebla a développé un style spécifique de poteries et céramiques bleues et blanches, appelées talaveras. Dans le centre culturel, nous visitons la bibliothèque Palafoxiana, datant de 1646. Ses rayonnages en bois massif, qui abritent des ouvrages très anciens, contrastent très joliment avec son plafond blanc. Juste en face du bâtiment se trouve l’entrée Sud de la cathédrale, dont les coupoles rouges surplombent le Zócalo, la place principale de la ville. Avec ses deux tours de 69m – les plus hautes du Mexique – et un intérieur richement décoré, l’édifice est monumental. L’autel et les différentes chapelles situées de chaque côté fourmillent de détails et l’impressionnant orgue, comme à Mexico, occupe une place centrale. En revanche, la façade, noircie par le temps, est assez austère et tranche avec les couleurs vives des constructions coloniales. Nous passons la place principale, qui est en fait un petit parc, pour emprunter de petites rues qui nous emmènent plus à l’Ouest, vers le Paseo Bravo. Tout est mignon à Puebla: tout au long de notre parcours, nous passons devant des petits cafés accueillants, des hôtels charmants, des patios verdoyants et des placettes carrelées. Les façades sont toutes différentes, tantôt couvertes de brique ou de faïence, tantôt peintes de toutes les couleurs, du vif au pastel. Le Paseo Bravo est un agréable petit parc faisant face à la jolie église de Nuestra Señora de Guadalupe. On y trouve une fontaine et une petite tour d’horloge, mais à part l’ombre appréciable des arbres, pas de quoi nous y attarder vraiment.

L’heure tournant, l’appétit se fait sentir, aussi nous nous rendons au marché des saveurs, un grand hall spécialement aménagé pour recevoir des stands de nourriture typique de la région. Nous faisons un détour par le mercado classique, assez limité, situé juste en face, avant de revenir et de nous décider: nous allons goûter les cemitas, des sandwichs poblanos*! L’expérience n’est en fait pas aussi satisfaisante qu’espéré, les sandwichs sont certes énormes, mais pas très goûteux… Nous aurons essayé! Ce repas copieux nous donne envie d’une pause à l’ombre, mais le soleil est au zénith et celle-ci se fait rare. Nous marchons donc, dans l’espoir de digérer, et retraversons le centre pour rejoindre le parc tout récent de la Zona Histórica de Los Fuertes (zone historique des forts). Pour cela, il faut sortir du quartier colonial: passées les rues rénovées, la ville n’est plus si jolie et, par mauvais temps, pourrait même sembler sinistre. Mais le soleil brille et même les monuments les plus délabrés trouvent un certain charme par ce temps superbe. Nous trouvons rapidement l’entrée du parc, consacré principalement à la date clé du 5 mai, l’équivalent poblano de notre fête nationale. En effet, en 1862, alors que la France lance son expédition au Mexique** et tente de faire tomber Puebla pour ensuite gagner Mexico, les forces mexicaines parviennent à repousser l’armée française, plus nombreuse. C’était le 5 mai et, depuis, cette victoire est célébrée tous les ans par des processions avec chars et des festivités exubérantes. En revanche, personne ne semble se souvenir qu’en 1863, Puebla a perdu sa deuxième bataille contre les troupes de Napoléon III, qui ont ensuite occupé le pays jusqu’en 1867! D’ailleurs, la ville s’appelle officiellement Heroica Puebla de Zaragoza, du nom du général qui a repoussé les Français ce fameux 5 mai, et le fort de Loreto abrite le « musée de la non intervention », rappelant que les soldats qui le gardaient à cette date n’ont même pas eu besoin d’intervenir, tant la victoire fut facile…

Le parc des forts est très moderne et comporte, de fait, deux anciens forts, qui accueillent des musées, et une sympathique petite promenade autour d’un lac artificiel. Nous sommes en plein milieu de semaine et à l’heure la plus chaude de la journée, il n’y a donc pas beaucoup de monde, mais nous imaginons que le weekend, les lieux doivent être très prisés. La vue sur la ville depuis cette petite colline est vraiment belle: les coupoles des églises et surtout les tours de la cathédrale se détachent nettement sur les nuages d’orage qui s’accumulent au loin. Par beau temps, les montagnes les plus hautes du Mexique, situées non loin, seraient même visibles. Nous profitons du panorama un instant, avant de redescendre vers le centre, pressés de trouver un peu d’ombre et un peu inquiets de l’orage qui se prépare. La rue des forts, qui serpente jusqu’au pied de la colline, est surplombée de magnifiques demeures, cachées derrière de grands portails. En bas, nous traversons une petite place avec fontaine couverte de faïence, juste avant le temple et l’ancien couvent de San Francisco de Asis. Encore une fois, la façade décorée vaut le détour. Un peu plus loin, nous retrouvons les ruelles et les jolies maisons à patio du centre colonial. Un marché artisanal permanent se tient dans de petits locaux de brique rouge, non loin du « quartier des artistes ». Dans cette zone, les rues piétonnes offrent de belles vitrines exposant quantité de talaveras et des terrasses qui donnent envie de s’y arrêter pour regarder les passants. Nous nous offrons un rafraîchissement dans l’un des bars fréquentés par des étudiants, avant de regagner l’hôtel. C’est la fin d’année scolaire et nous croisons un grand nombre de Poblanos en tenue de diplômés, avec toques et robes universitaires. Dans les boutiques, les habits de gala et les cartes de félicitations sont en promotion et il règne dans la ville une ambiance détendue de début de vacances. Nous devrons attendre que l’orage passe, en fin d’après-midi, pour ressortir et admirer les édifices éclairés sur le Zócalo, en savourant une bonne glace. Le lendemain, nous prendrons un bus pour l’état de Campeche et le bord de mer: pour nous aussi ce sera le début des vacances!

*Poblano = issu de Puebla.

**Pour rappel sur l’expédition française au Mexique, voir Wikipédia

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